L’heure de la télévision Oled a-t-elle sonné ? : Le Rédacteur en chef d\'Industrie & Technologies Ridha Loukil prend la parole vous présente son regard sur la technologie d\'hier, d\'aujourd\'hui et de demain.

Postes comportant le mot clé ‘Télévision’

jan 10

L’heure de la télévision Oled a-t-elle sonné ?

Edito | Mots clés:

Au CES, le salon d’électronique grand public, qui a ouvert ses portes à Las Vegas le 10 janvier, LG  présente un téléviseur à écran Oled de 55 pouces. Samsung  expose un poste similaire. A la différence des éditions précédentes, il s’agit, non pas de prototypes de démonstration destinés à étonner les visiteurs, mais de produits finalisés susceptibles d’être commercialisés dès cette année. Alors l’heure de la télévision Oled grand format a-t-elle sonné ? L’histoire des écrans plats incite à la prudence.

On se souvient des écrans SED de Canon aux promesses techniques alléchantes. Avec des pixels qui se présentaient comme des tubes cathodiques miniatures, ils devaient rendre les téléviseurs encore plus plats, plus sobres et surtout plus performants en termes de qualité d’image. Leur commercialisation a été sans cesse repoussée jusqu’en 2007. Le numéro Un mondial de la bureautique s’est allié en 2003 à Toshiba pour lancer la production. En 2008, c’est la déception. Le projet est purement et simplement abandonné.

Tout aussi prometteurs, les écrans FED de Sony ont connu le même sort. Présentés avec fierté à plusieurs éditions du Ceatec, le salon de l’électronique japonais, ils devaient entrer en production de masse en 2008, d’abord pour des moniteurs professionnels puis pour des téléviseurs de 26 pouces et plus. Il n’en sera rien. Sony se sépare en 2009 de cette activité en créant la société Field Emission Technology, rachetée début 2010 par AU Optronics, numéro un taïwanais des écrans LCD.

La télévision à écran Oled pointe le nez avec deux sérieux handicaps. Le premier est lié à une question de timing. Les technologies LCD et plasma bénéficient d’une courbe d’expérience de 17 ans. Depuis leur introduction en 1995 dans la télévision, ils ont énormément progressé tant en performances qu’en prix. Si bien qu’aujourd’hui, le plus apporté par les écrans Oled paraît minime, alors que le surcoût est considérablement amplifié. On les aurait lancés 5 ou 10 ans plus tôt, le contexte aurait été radicalement différent.

Le second handicap est le prix. On murmure que le téléviseur de LG pourrait se vendre aux alentours de 6 000 euros, alors que son équivalent LCD ou plasma se négocie aujourd’hui à partir de 1 000 euros. Certes, la technologie offre des améliorations en termes de minceur, de poids et de consommation par rapport aux écrans plasma, et de contraste, de temps de réponse et d’angle de vue par rapport aux écrans LCD, mais ce n’est pas la révolution. Le consommateur accepte de payer cher une nouvelle technologie quand elle apporte un changement radical comme l’a été le passage du tube cathodique à l’écran plat. Mais pas quand on passe d’un écran plat à un écran juste plus plat. Il faudra beaucoup de temps avant que la courbe des prix des téléviseurs Oled rejoigne celle des téléviseurs LCD et plasma.

Toutefois, le fait que LG et Samsung jouent les pionniers dans la télévision Oled est un changement profond dans le paysage de l’électronique grand public. Jusqu’ici, les fabricants coréens avaient pour habitude de laisser les autres défricher le marché et de ne faire leur entrée qu’une fois que la technologie commence à rencontrer du succès. Pour la première fois, ils acceptent de prendre des risques. Le succès dépendra cette-fois de leur capacité à baisser rapidement les coûts, comme ils ont su le faire avec brio dans les technologies LCD et plasma.

Ceci étant, il existe un créneau où les écrans Oled présentent une valeur ajoutée suffisamment différenciatrice pour rencontrer un succès: celui des écrans souples enroulables. Le consommateur acceptera de payer le surcoût pour des usages où l’écran enroulable ou souple est plus adapté que les écrans LCD et plasma. Ce marché niche constitue peut-être le débouché de départ en attendant la maturation de la technologie et la baisse des prix, les deux conditions nécessaires avant le développement d’un marché de masse dans la télévision.


oct 18

Télévision: l’avenir de la TNT en suspens

Edito | Mots clés:

Quel sera la TNT dans le futur ? La question reste entière. Contrairement aux recommandations du rapport de Michel Boyon, président du Conseil supérieur de l’audiovisuel, François Fillon n’a décidé, ni la généralisation du format de compression Mpeg-4, ni le passage à la technologie de diffusion DVB-T2. Au contraire, le Premier ministre a choisi le statu quo technologique, tout en laissant les portes ouvertes pour une transition en douceur vers la TNT de prochaine génération.

Aujourd’hui, la TNT s’appuie sur la technologie de diffusion DVB-T et utilise deux formats de compression numérique : Mpeg-2 pour les chaines gratuites et Mpeg-4 pour les chaines payantes ou à haute définition. Le format Mpeg-4 divise par deux le besoin de bande passante, tandis que la technologie DVB-T2 améliore l’efficacité spectrale de 50% par rapport à la technologie DVB-T. La migration vers le tout Mpeg-4 et la technologie DVB-T2, comme le recommande le rapport de Michel Boyon, rendrait possible à la fois la génération de la télévision à haute définition et l’augmentation du nombre de chaines sur la TNT. Mais pour accéder aux nouveaux services, le téléspectateur doit acheter soit un nouveau téléviseur compatible, soit un adaptateur TNT nouvelle génération.

Le Premier ministre semble avoir entendu les protestations des consommateurs qui ne souhaitent être forcés d’acheter de nouveaux matériels. Il a également pris en compte les contraintes des fabricants d’électronique grand public qui ont besoin de plus de 18 mois pour mettre sur le marché des produits compatibles avec la technologie DVB-T2.

La prudence du gouvernement a peut-être du bon. Car deux évolutions technologiques encore plus performantes sont en préparation. D’un côté, le format de compression HEVC (High efficiency video coding). Il divise par deux le besoin de débit par rapport au Mpeg-4. De l’autre, la technologie de diffusion DVB-NGH. Elle est 50 % plus efficace sur le plan spectral que la DVB-T2. Ces deux évolutions ont toutes les chances d’être au point autour de 2013. Si transition il y a, autant choisir les technologies les plus évoluées. C’est dans l’intérêt de tout le monde. Du consommateur qui éviterait de changer deux fois de matériel. Des industriels qui auraient ainsi du temps pour s’y préparer. Et de l’Etat qui pourrait satisfaire les besoins d’évolution de la TNT vers la haute définition, la 3D et la diversité de l’offre, tout en libérant des fréquences utiles au monde des télécoms.


sep 19

Télévision : quelle évolution pour la TNT ?

Edito | Mots clés:

On n’arrête pas le progrès, on le sait. Mais dans la télévision, le refrain risque de laisser un goût amer aux spectateurs. Alors que la France se prépare à éteindre les derniers émetteurs analogiques, le 30 novembre 2011, l’avenir de la TNT fait débat autour de deux questions : faut-il généraliser le format de compression numérique Mpeg-4, et faut-il passer à la technologie de télédiffusion numérique DVB-T2, une évolution de la technologie DVB-T à la base de la TNT actuelle ? Dans son rapport remis au gouvernement la semaine dernière, Michel Boyon, président du Conseil supérieur de l’audiovisuel, répond par un double oui. Et il préconise d’imposer cette transition entre 2015 et 2016.

Aujourd’hui, la TNT combine deux formats de compression numérique : Mpeg-2 pour les  chaines gratuites en définition standard, et Mpeg-4 pour les chaines payantes et les 5 chaines en haute définition (TF1, France 2, Canal+ en clair, Arte et M6). Cette situation résulte de la décision en 2004 de Jean-Pierre Raffarin, alors Premier ministre.  Mpeg-4 est aujourd’hui 2 à 2,5 fois plus efficace que Mpeg-2. Sa généralisation favoriserait le développement de la haute définition et se traduirait par un gain de qualité pour le spectateur. Elle demanderait peu d’adaptation puisque plus de 80 % des téléviseurs en services en 2015 devraient disposer d’un tuner compatible avec le format Mpeg-4.

Le passage à la technologie de télédiffusion DVB-T2 est une autre histoire. Aucun téléviseur sur le marché ne l’intègre aujourd’hui. Il faudrait donc que la plupart des foyers s’équipent d’un décodeur DVB-T2. Selon le rapport de Michel Boyon, cette transition devrait être couplée avec l’arrêt de Mpeg-2 afin de permettre à l’ensemble des chaines de TNT diffusées en définition standard de passer à la haute définition. Mais l’intérêt est surtout pour l’Etat qui pourra ainsi récupérer des fréquences et les vendre à prix d’or pour les opérateurs télécoms. En effet, la technologie DVB-T2 nécessite 30 à 50 % moins de fréquences que la technologie DVB-T pour transmettre le même débit de données.

Seulement voilà : on parle des évolutions d’après avec le format de compression HEVC et la technologie de  télédiffusion DVB-NGH. De quoi obliger les spectateurs à adapter encore une fois leur matériel. Alors pourquoi ne pas attendre que ces technologies soient au point pour réaliser un saut technologique? La question est posée. Il n’est pas sûr que le Premier ministre François Fillon l’entende.


sep 06

Quel modèle industriel pour la télévision ?

Edito | Mots clés:

L’industrie de la télévision traverse la plus grave crise de son histoire. Alors que Philips a jeté l’éponge en cédant le contrôle de son activité au chinois TPV, les constructeurs japonais sont englués dans des difficultés sans fin qui les poussent à remettre en cause leur modèle d’intégration verticale. Après avoir abandonné la fabrication des écrans, Hitachi envisage ainsi d’externaliser 100 % de la production de ses téléviseurs, comme l’ont déjà fait Funai et JVC. Toshiba et Sony sous-traitent déjà la moitié de leur production, et prévoient d’accroitre cette part dans l’avenir. Panasonic, le dernier bastion de l’intégration verticale, est en train de prendre un virage à 180 degrés. Il a décidé d’arrêter tout investissement dans la télévision, ce qui suppose le passage par la sous-traitance.

Le foisonnement d’innovations présentées à l’IFA, la grande messe de l’électronique grand public qui se déroule à Berlin du 2 au 7 septembre 2011, ne doit pas cacher une réalité : la plupart des fabricants vivent une situation d’hémorragie. Ils se posent tous la même question : quel modèle industriel faut-il adopter ? On pense immédiatement à celui à l’œuvre dans le monde des PC. La conception, les approvisionnements de composants et la production des produits sont en général confiés à une poignée de spécialistes taïwanais qui exploitent des bases d’assemblage en Chine. De HP à Toshiba, en passant par Acer, Apple, Asus ou Dell, les marques se contentent de maitriser les deux bouts de la chaîne de valeur : le design et la commercialisation. Avec le passage au numérique, le téléviseur devient un produit proche du PC. N’importe qui peut s’improviser assembleur de télévisions à partir de composants banalisés (écran plat, carte tuner, carte de traitement vidéo…). Les marques traditionnelles ne peuvent plus faire jouer leur savoir-faire historique pour se différencier.

Il n’est pas sûr que l’utilisateur final gagne. Si le modèle de l’externalisation à outrance promet une baisse significative des prix, il faudra s’attendre à une dégringolade tout aussi importante de la qualité et de la durée de vie des produits. On le voit dans les PC portables où 20 % des produits en moyenne tombent en panne dans les deux ans suivant leur achat. Il n’est pas sûr, non plus, que les constructeurs sortent gagnants. Certes, le modèle de la sous-traitance les libère des contraintes d’investissement. Mais il risque d’écraser davantage les marges, comme le montre l’exemple des PC. Ce n’est pas pour rien si IBM, NEC ou Siemens se sont retirés du marché. Même HP, pourtant numéro un mondial, se prépare à le faire.

Dur, dur d’être un fabricant de téléviseurs !


avr 27

Télévision 3D : quels risques pour la santé ?

Edito | Mots clés:

L’image en relief, déjà une réalité dans le cinéma, débarque en force dans le salon. Samsung et Panasonic ont ouvert le bal en lançant les premiers téléviseurs 3D. D’ici cet été, ils seront rejoints par Sony, Philips et autre LG. Le marché est promis à un grand boom, soutenu par le succès phénoménal du film Avatar. Alors qu’une chaine télé par satellite en Angleterre démarre la diffusion de programmes en relief, les matchs de la coupe du monde de football, qui se déroulera en Afrique du Sud, seront filmés et diffusés en 3D.

Seulement voilà, cette déferlante de l’image en relief dans la maison, qui fait le bonheur des fabricants de l’électronique grand public à la recherche de la moindre occasion pour regonfler leur marges, n’a pas que du bon. Aux Etats-Unis comme en Australie, le débat enfle sur les risques pour la santé. Maux de tête, fatigue, inconfort, dégradation visuelle, vertige…Selon l’étude publiée par l’University of California, les effets négatifs relevés sont nombreux sur la frange de population de 18 à 30 ans examinée. A la longue, ils pourraient même créer des maladies graves comme l’épilepsie.

Alors pourquoi ces effets ? L’étude pointe du doigt le coté non naturel de procédé de restitution du relief. Le consommateur est assommé par deux flux d’image à une fréquence élevé de 100 ou 200 Hz selon le fournisseur : l’un pour l’œil droit, l’autre pour l’œil gauche. Qui plus est les images arrivent de façon alternée. L’écran affiche une image pour l’œil droit, puis une image pour l’œil gauche et ainsi de suite. Les yeux doivent donc accommoder en permanence pour s’adapter aux variations de profondeur, tandis que le cerveau doit rassembler à la volée les images pour reconstituer le relief. Ces contraintes physiques expliquent la fatigue et le stress.

Les investigations de l’University of Washington sont encore plus alarmistes. Même si les contraintes physiques imposées aux yeux et au cerveau disparaissaint, d’autres facteurs posent problème comme le phénomène de diaphonie entre les images. Curieusement, ni les lunettes actives, ni les écrans à affichage alterné, ne seraient en cause. Le problème trouverait ses origines dans la façon de produire les films 3D.

Pour l’heure, Samsung est le seul fabricant à prendre position sur le sujet. Peut-être pour éviter les éventuelles actions en justice, le géant coréen de l’électronique a émis des mises en garde contre les risques potentiels pour les téléspectateurs. Pour atténuer les effets négatifs, les études conseillent de regarder la télé le plus loin possible de l’écran, dans l’axe du téléviseur et dans une pièce assez sombre. La télé 3D c’est peut-être une expérience intéressante. Mais par précaution, mieux vaut la consommer avec modération.

Ridha Loukil