Objets intelligents : ne manquez pas le coche : La Rédactrice en chef d\'Industrie & Technologies Muriel de Véricourt vous présente son regard sur la technologie d\'hier, d\'aujourd\'hui et de demain.

Postes comportant le mot clé ‘Technologie’

sep 04

Objets intelligents : ne manquez pas le coche

Edito | Mots clés:

Le paratonnerre Rodlinks enregistre et transmet les paramètres du courant de foudre par SMS - DR

Comment faire face à la crise et à la concurrence des pays à bas coût de main d’œuvre, pour les industriels proposant des produits de base ? En y injectant davantage de technologie. Industriels et politiques, tous les participants à l’université d’été du Medef l’ont une nouvelle fois rappelé sur tous les tons : hors de l’innovation, point de salut. La multiplication des solutions destinées à rendre les objets les plus variés sensibles à leur environnement, connectés entre eux ou capables de fournir davantage d’informations à leurs utilisateurs apparaît donc comme une bonne nouvelle. Des transports urbains connectés aux équipements de suivi médical à domicile en passant par les véhicules automatiques, les compteurs d’électricité et d’eau intelligents et les machines outils bardées de capteurs pour affiner les procédés de fabrication, l’ajout d’un supplément de matière grise, sous forme de composants électroniques, dans des produits divers s’avère prometteur. Voici trois bonnes raisons de s’y intéresser de près.

  1. Casser la logique du plus bas prix

    Combien seriez-vous prêt à débourser pour un simple sparadrap ? Sans doute pas une somme faramineuse, en tant que simple particulier, et peut-être encore moins en tant qu’acheteur pour une structure collective. Pour les industriels commercialisant des produits peu onéreux ou à faible valeur ajoutée, proposer des fonctionnalités innovantes est une façon de sortir par le haut de la spirale qui tend à tirer les prix à la baisse. A l’image d’Urgo, qui travaille à la mise au point de pansements agrémentés de capteurs pour analyser la plaie voire délivrer un principe actif.

  2. Diminuer les coûts

    L’idée peut paraître contre intuitive et pourtant, ajouter de l’intelligence dans un produit peut en limiter le coût de fabrication. Le développement de briques logicielles permettant de déduire certaines informations sans capteur physique dans les lave-linge a par exemple permis de diminuer leur coût de production.

  3. S’inscrire dans une filière

    L’Internet des objets n’est pas seulement un concept à la mode. C’est aussi une véritable opportunité industrielle. Rendre de simples machines capables  de transmettre des informations permet d’imaginer des filières intégrées. Les réfrigérateurs capables de commander du lait lorsque les stocks sont épuisés ou les pèse personnes permettant de suivre et de gérer son poids via un smartphone ont beau apparaître comme de simples gadgets, ils dessinent une logique d’intégration d’objets du quotidien dans des filières de commercialisation de services associés. Une perspective prometteuse, tous secteurs industriel confondus.


aoà 28

2 ou 3 choses que je sais d’elle

Edito | Mots clés:

DR

Elle n’aime rien tant que de faire bouger les lignes. Provoquer, surprendre, désarçonner pour mieux séduire, c’est dans sa nature. Car elle mise tout sur notre attrait pour la nouveauté, notre soif d’inattendu. Mais elle a beau cultiver son originalité, l’innovation est une rassembleuse. Elle est même  l’un des rares objets de consensus au sujet des entreprises : les dirigeants et les salariés, les clients, les analystes et les hommes politiques l’appellent unanimement de leurs vœux.

Qu’on ne s’y trompe pas : dès qu’il s’agit de la qualifier, cette belle unanimité vole en éclats. Qu’est- ce que l’innovation pertinente ? A cet égard, le récent arrêt d’un tribunal de Californie en défaveur de Samsung, condamné à verser un milliard de dollars pour violation de brevets, offre un éclairage fortuit. Sur quelles nouveautés porte ce nouvel épisode de la guerre des brevets ? Sur des éléments de design, dont certains peuvent paraître dérisoires. « La législation [est] manipulée pour donner à un groupe un monopole sur les rectangles avec des coins arrondis », s’est ainsi étranglé Samsung, qui s’est également fait taper sur les doigts pour avoir adopté l’agrandissement des images en écartant le pouce et l’index et l’ajustement de leur taille en tapotant l’écran.

Reste que les clients de Samsung ont apprécié de retrouver ces briques technologiques
devenues familières, à tel point que certains analystes estiment que l’amende d’un milliard de dollars de Samsung représente une somme modique pour un permis de copier. C’est une tautologie : introduire une nouveauté sur le marché n’a de sens que si elle est de nature à créer de la valeur, c’est-à-dire si les clients désirent l’acheter.


jui 12

Iter, colosse aux pieds d’argile

Edito | Mots clés:

C’est l’un des plus grands chantiers technologiques de notre temps. Avec ses dix-huit bobines d’acier visant à reproduire la réaction de fusion nucléaire qui se produit au cœur du soleil, Iter sera la plus grande installation de ce type au monde. Mais comme l’ont révélé nos confrères de la Provence, le colosse pourrait avoir un talon d’Achille. Des fissures ont été détectées par l’autorité de sûreté nucléaire dans le béton de ses murs de soutènement. O,5 mm à peine. Mais Iter étant une installation nucléaire, la fiabilité et les règles de sécurité ne doivent évidemment pas y être prises à la légère. L’autorité de sûreté nucléaire a d’ailleurs fait savoir que le projet devrait désormais se conformer étroitement à ses directives, sous peine de pénalités.

Mais si l’information intéresse au-delà du cercle des spécialistes
, c’est parce qu’elle fait écho au doute récurrent de notre époque. Croyons-nous encore suffisamment au progrès pour tolérer l’existence d’un risque technologique  ? S’il existe un risque acceptable, il dépend à l’évidence des bénéfices attendus et de la probabilité de les obtenir effectivement. Deux sujets qui divisent promoteurs et adversaires d’Iter. Pas étonnant, donc, que le doute s’insinue, même au travers de microfissures.

Muriel de Vericourt


mai 22

Redressement productif

Edito | Mots clés:

On a beau essayer, depuis six jours, de s’y accoutumer, l’intitulé du nouveau ministère de l’industrie continue à sonner étrangement aux oreilles. Sans doute du fait des associations d’idées qu’il provoque, évocations d’une économie administrée, voire planifiée, si ce n’est franchement orwellienne. Est-il bien raisonnable de vouloir susciter le retour de la croissance et de l’emploi industriel par décret ? Mais au-delà de ces troublants échos, retenons une bonne nouvelle : l’industrie, placée au cœur des débats entre candidats pendant une campagne électorale rythmée par les menaces de fermetures d’usines, n’a pas été oubliée dès le soir du deuxième tour – François Hollande a même pris soin de préciser dans son tout premier discours qu’il tenait le redressement de la production pour l’une de ses priorités.

Pour aller au-delà des mots, le défi qui attend Arnaud Montebourg est de taille. Le défenseur de la « démondialisation » et du « patriotisme industriel », envoyé spécial de François Hollande dans les entreprises touchées par un plan social pendant la campagne, a souhaité, lors de sa prise de fonction, faire de son ministère celui de la « reconquête » des emplois industriels détruits. Pour ce faire, il devra faire preuve de réalisme. Notamment en actant l’interdépendance étroite des économies nationales et le fait que le succès des entreprises implantées sur notre territoire dépend pour une large part …de leurs clients et de leurs fournisseurs à l’international. C’est le sens de l’avertissement que lui a adressé dès mercredi la Confédération générale des petites et moyennes entreprises, dont le président a été reçu hier au ministère, ainsi que plusieurs représentants des syndicats et la présidente du Medef Laurence Parisot.

Formons un vÅ“u : celui que l’attention –légitime- portée aux installations vieillissantes ou menaçant de fermer n’empêche pas le ministre de s’intéresser aussi aux ruptures technologiques, susceptibles de créer de la valeur. Que la volonté de conjurer la relégation dans le passé de pans entiers de notre activité industrielle aille de pair avec une politique ambitieuse, capable de catalyser l’émergence de secteurs novateurs, prometteurs pour l’avenir. Que l’importance, pour le maintien des lignes de production, du dynamisme des centres de R&D soit bel et bien mise en exergue, reconnue et soutenue. Le rôle de Fleur Pellerin, ministre déléguée aux PME, à l’Innovation et à l’Economie numérique, sera déterminant à cet égard. Autre acteur-clé : la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Geneviève Fioraso. Qui préconisait hier, lors d’une visite au Cnrs, de  « maintenir une fiscalité privilégiée pour toute entreprise innovante en croissance” , à condition que ces sociétés favorisent l’emploi et ne délocalisent pas  leurs départements de R&D. Une feuille de route pour un redressement technologique, en quelque sorte.


mai 15

L’entrée en bourse est-elle bonne pour l’innovation ?

Analyse | Mots clés:

Les entreprises qui misent sur la technologie ont-elles intérêt à être cotées en bourse ? C’est l’une des questions que permettra d’éclairer l’apparition des premières actions Facebook, désormais imminente. Prévu vendredi 18 mai, l’évènement a déjà fait couler beaucoup d’encre, sur fonds de mauvais souvenirs d’explosion de la bulle Internet. Les analystes sont divisés sur le réalisme de la valorisation du réseau social, qui espère lever 14,7 milliards de dollars sur le Nasdaq, sur la base d’une nouvelle fourchette de valorisation record, de 93 à 104 milliards de dollars.

Le pari de l’innovation

Certes, Facebook a deux fois plus d’utilisateurs et trois fois plus de salariés qu’il y a deux ans. Mais il a également annoncé récemment quelques nouvelles moins roses, comme la baisse de 6% de son chiffre d’affaires par rapport à l’an dernier. Pour rassurer les investisseurs, auxquels il aura désormais des comptes à rendre, Mark Zuckerberg devra prêter une attention encore accrue à la rentabilité de son entreprise. Au risque d’être tenté de remiser les technologies qui sembleraient trop éloignées du marché. S’il parvient au contraire à prouver que le pari de l’innovation paie, le jeune dirigeant consacrera définitivement son statut de virtuose de l’entrepreneuriat. Et pourrait inciter d’autres pépites technologiques de la Silicon Valley à franchir le pas de l’entrée en bourse.


avr 24

Présidentielle : haro sur la techno?

Analyse | Mots clés:

DR

Pour un buzz, c’est un buzz. La divulgation des résultats du premier tour de la présidentielle avant la clôture des bureaux de vote des grandes villes, illégale et passible d’amende, a été LE sujet de ces derniers jours dans les médias et sur la Toile. Oseront, oseront pas ? Faut-il ou non faire évoluer la loi ? Faut-il accepter que le citoyen soit désormais baigné en permanence dans un flux d’informations, même juste avant d’entrer dans l’isoloir ? Ces questions ont fait l’objet d’une véritable avalanche de commentaires. C’est, sans surprise, sur les sites des journaux étrangers mais aussi et surtout sur les réseaux sociaux que l’insurrection a été la plus patente. Dimanche, sur Twitter, l’ironique mot-clé #RadioLondres permettait de repérer les messages faussement cryptés, tournant en ridicule l’omerta. (« Carla Bruni serait sur le point de changer son statut Facebook de ‘mariée’ à ‘c’est compliqué’ », « le prix du flan a drôlement augmenté en Guadeloupe mais les Rolex sont en solde. Je répète…», «le Fouquet’s en fermeture pour travaux à partir du 7 mai. Je répète: fermeture pour travaux »).

On en viendrait presque à rêver d’obsolescence programmée, pour les lois. Car au final, la cacophonie qui a résulté de cette interdiction inscrite dans la législation française en 1977 – avant même l’invention du web!- laisse une impression étrange. Celle d’un corpus législatif poussiéreux, complétement dépassé par la technologie et auquel les blagues potaches des Internautes assènent le coup de grâce. Pour ne pas subir le même sort, les entreprises pourraient avec profit tirer parti de ce chahut pour s’interroger sur leurs propres pratiques industrielles, leurs propres réactions face à l’apparition de nouvelles technologies et de nouveaux usages.

L’innovation suscite en effet trois types de réactions. D’abord, le désintérêt ou le rejet, qui conduit à lui tourner purement et simplement le dos. Ou bien au contraire, une adhésion de façade, qui masque la volonté d’assurer la pérennité d’un modèle bien ancré. Accepter que tout change pour que rien ne change, à l’instar du héros du célèbre film le Guépard, c’est prendre acte des changements d’usages et s’en accommoder pour préserver ses profits, mais sans les transformer en nouvelles opportunités. La dernière attitude est celle qui consiste à tirer réellement parti des innovations, à s’appuyer sur elles pour inventer de nouveaux produits ou de nouveaux services. A l’évidence, c’est la plus porteuse…à vous d’imaginer comment elle peut s’appliquer à votre secteur d’activités.


avr 02

iPad, innovant ou pas ?

Edito | Mots clés:

display_20100127L’innovation, ce n’est pas que de la technologie ! N’en déplaise aux techno-addict, les produits qui révolutionnent leur marché ne sont pas toujours ceux qui embarquent le plus de nouveautés techniques. Prenons l’iPad d’Apple. Peut-on dire qu’il est innovant alors qu’il n’utilise que des technos bien maîtrisées ? “Non, me répondront les puristes. C’est un artefact marketing. Un iPhone -ou plutôt un iTouch géant-, rien de plus.” Et ils n’auront pas vraiment tort… si l’on ne se concentre que sur le produit et ses composants. Mais regarder l’iPad seulement sous cet angle, c’est justement faire abstraction du cÅ“ur du sujet, de toute la partie innovante de l’iPad : l’ergonomie, l’écosystème, le business-modèle.

 

1. L’ergonomie : la science de l’usage. Elle est devenue la marque de fabrique d’Apple depuis ses débuts. La firme à la pomme ne possède aucun brevet sérieux sur des technologies pures et dures. La plupart de sa propriété industrielle est consacrée aux interfaces. But du jeu : que les technos soient vraiment utiles à l’utilisateur final. Pas seulement “good to have” mais “good to use”. Concrètement, elles ne sont utilisées que lorsqu’elles peuvent devenir totalement indolores. L’iPad profite à plein de cette science de l’usage mise au point la première fois pour l’iPhone. l’interface y est extrêmement intuitive, l’écran tactile demeure le plus performant du marché et l’accès aux fonctionnalités se fait de manière très facile. Question en forme de bémol : les applications proposées réussiront-elles à jouer à fond cette carte de l’ergonomie ?

 

2. L’écosystème : seul, l’iPad n’est rien. Imaginer un produit seul sans prendre en compte son environnement, c’est justement ce qu’Apple ne veut plus faire. Dès le départ, la firme à la pomme a pensé son produit dans un écosystème… et a suscité le développement d’un écosystème autour de son produit. Pas question de se lancer seul dans ce chantier dantesque. Elle s’appuie sur son réseau de fans -sérieusement étendus par le succès de l’iPhone- pour développer des applications spécifiques pour iPad. Penser que faire un copier-coller de celles développées pour l’iPhone suffira est une erreur. L’iPad lance un challenge à l’imagination comme le dit David Barroux des Echos. Les développeurs devront reconcevoir totalement les applis qu’ils proposent. 10 000 seraient d’ailleurs disponibles dès son lancement. Et une foule de créateurs de contenus -des journaux, des éditeurs de livres ou de jeux vidéo, des nouveaux entrants- se disent prêts à s’embarquer sur l’iPad. Ils n’y vont pas pour profiter du buzz marketing mais pour tirer profit du marché que créera cette tablette. Du moins l’espère-t-il en écoutant les prophéties de Morgan Stanley qui promet 6 millions d’iPad vendus dès cette année.

 

3. Le business-modèle : les petites applis font de gros revenus. Comment Apple gagne-t-il de l’argent et réussit-il à en faire gagner aux autres ? En revisitant complètement le business-modèle des marchés où ils tentent de pénétrer. Ce n’est plus seulement le produit -le hardware- qui crée la marge mais le service qui lui est associé. Avec l’iPod, Apple a ainsi expliqué que l’on pouvait vendre de la musique sur Internet. Et il a développé pour cela la plate-forme iTunes qui rend totalement indolore le fait d’acheter les morceaux qui nous plaisent. Avec l’iPhone, il a recyclé cette tactique en inventant les applis. Vendus quelques euros à des centaines de milliers voire des millions d’exemplaires, elles permettent de générer beaucoup de revenus. Le marché est estimé à 6,2 milliards de dollars cette année. Apple réussira-t-il à rééditer son exploit avec l’iPad ? On peut le penser notamment pour le monde de la presse. Pour la première fois, les éditeurs de journaux ont peut-être les moyens de remettre en cause le mythe de l’information gratuite… en vendant beaucoup d’applications à petit prix.


jan 31

Qui a peur de la technologie ?

Edito | Mots clés:

Ce n’est pas encore un procès en sorcellerie mais quelque part cela y ressemble. On retrouve dans le débat national organisé pour démystifier les nanotechnologies autant d’irrationnel dans les accusations portées contre l’infiniment petit que dans celles lancées au Moyen-âge contre des femmes qualifiées hâtivement de sorcières. Aujourd’hui les nanos sont cloués au pilori, hier c’était les OGM, et demain c’est la technologie tout entière qui pourrait être suspectée de porter ”le mal”.

Ce retournement est inquiétant. Après avoir bénéficié pendant près d’un siècle d’une aura unique, la technologie et la science se retrouvent au banc des accusés. On fait d’elles les symboles d’une société folle où la machine aurait pris le pas sur l’homme. Ces jugements, teintés de peur, sont biaisés. Ils érigent la technologie en idéologie. C’est lui faire beaucoup d’honneur !

Les technologies sont avant tout des objets et ne portent pas en elles de projets de société. Elles n’imposent pas de mode de gouvernement. Mais, selon leur application, leur usage et la place qu’on veut bien leur donner, elles impactent le ”vivre ensemble”. Avec plus ou moins de bonheur. Si la mise en place des e-mails a facilité la communication, elle l’a aussi dépersonnalisé. Le développement du téléphone portable constitue un fil à la patte mais contribue à sauver des vies par sa capacité à être utilisé n’importe où (ou presque…).

Est-ce que cela veut dire que nous devons refuser toute innovation sous prétexte qu’elle bouscule nos schémas de pensée, nos modes de vie ? Est-ce que nous devons passer sous silence tous les bénéfices attendus des avancées scientifiques ? Non, bien au contraire. Nous devons nous servir de la technologie comme d’un aiguillon pour questionner les valeurs qui font le socle de notre société. Abusons d’elle en mettant la technologie au coeur de nos débats. Mais ne l’accusons pas des maux que nous nous forgeons.