iPad, innovant ou pas ? : Le Rédacteur en chef d\'Industrie & Technologies Ridha Loukil prend la parole vous présente son regard sur la technologie d\'hier, d\'aujourd\'hui et de demain.

Postes comportant le mot clé ‘Technologie’

avr 02

iPad, innovant ou pas ?

Edito | Mots clés:

display_20100127L’innovation, ce n’est pas que de la technologie ! N’en déplaise aux techno-addict, les produits qui révolutionnent leur marché ne sont pas toujours ceux qui embarquent le plus de nouveautés techniques. Prenons l’iPad d’Apple. Peut-on dire qu’il est innovant alors qu’il n’utilise que des technos bien maîtrisées ? “Non, me répondront les puristes. C’est un artefact marketing. Un iPhone -ou plutôt un iTouch géant-, rien de plus.” Et ils n’auront pas vraiment tort… si l’on ne se concentre que sur le produit et ses composants. Mais regarder l’iPad seulement sous cet angle, c’est justement faire abstraction du cœur du sujet, de toute la partie innovante de l’iPad : l’ergonomie, l’écosystème, le business-modèle.

 

1. L’ergonomie : la science de l’usage. Elle est devenue la marque de fabrique d’Apple depuis ses débuts. La firme à la pomme ne possède aucun brevet sérieux sur des technologies pures et dures. La plupart de sa propriété industrielle est consacrée aux interfaces. But du jeu : que les technos soient vraiment utiles à l’utilisateur final. Pas seulement “good to have” mais “good to use”. Concrètement, elles ne sont utilisées que lorsqu’elles peuvent devenir totalement indolores. L’iPad profite à plein de cette science de l’usage mise au point la première fois pour l’iPhone. l’interface y est extrêmement intuitive, l’écran tactile demeure le plus performant du marché et l’accès aux fonctionnalités se fait de manière très facile. Question en forme de bémol : les applications proposées réussiront-elles à jouer à fond cette carte de l’ergonomie ?

 

2. L’écosystème : seul, l’iPad n’est rien. Imaginer un produit seul sans prendre en compte son environnement, c’est justement ce qu’Apple ne veut plus faire. Dès le départ, la firme à la pomme a pensé son produit dans un écosystème… et a suscité le développement d’un écosystème autour de son produit. Pas question de se lancer seul dans ce chantier dantesque. Elle s’appuie sur son réseau de fans -sérieusement étendus par le succès de l’iPhone- pour développer des applications spécifiques pour iPad. Penser que faire un copier-coller de celles développées pour l’iPhone suffira est une erreur. L’iPad lance un challenge à l’imagination comme le dit David Barroux des Echos. Les développeurs devront reconcevoir totalement les applis qu’ils proposent. 10 000 seraient d’ailleurs disponibles dès son lancement. Et une foule de créateurs de contenus -des journaux, des éditeurs de livres ou de jeux vidéo, des nouveaux entrants- se disent prêts à s’embarquer sur l’iPad. Ils n’y vont pas pour profiter du buzz marketing mais pour tirer profit du marché que créera cette tablette. Du moins l’espère-t-il en écoutant les prophéties de Morgan Stanley qui promet 6 millions d’iPad vendus dès cette année.

 

3. Le business-modèle : les petites applis font de gros revenus. Comment Apple gagne-t-il de l’argent et réussit-il à en faire gagner aux autres ? En revisitant complètement le business-modèle des marchés où ils tentent de pénétrer. Ce n’est plus seulement le produit -le hardware- qui crée la marge mais le service qui lui est associé. Avec l’iPod, Apple a ainsi expliqué que l’on pouvait vendre de la musique sur Internet. Et il a développé pour cela la plate-forme iTunes qui rend totalement indolore le fait d’acheter les morceaux qui nous plaisent. Avec l’iPhone, il a recyclé cette tactique en inventant les applis. Vendus quelques euros à des centaines de milliers voire des millions d’exemplaires, elles permettent de générer beaucoup de revenus. Le marché est estimé à 6,2 milliards de dollars cette année. Apple réussira-t-il à rééditer son exploit avec l’iPad ? On peut le penser notamment pour le monde de la presse. Pour la première fois, les éditeurs de journaux ont peut-être les moyens de remettre en cause le mythe de l’information gratuite… en vendant beaucoup d’applications à petit prix.


jan 31

Qui a peur de la technologie ?

Edito | Mots clés:

Ce n’est pas encore un procès en sorcellerie mais quelque part cela y ressemble. On retrouve dans le débat national organisé pour démystifier les nanotechnologies autant d’irrationnel dans les accusations portées contre l’infiniment petit que dans celles lancées au Moyen-âge contre des femmes qualifiées hâtivement de sorcières. Aujourd’hui les nanos sont cloués au pilori, hier c’était les OGM, et demain c’est la technologie tout entière qui pourrait être suspectée de porter ”le mal”.

Ce retournement est inquiétant. Après avoir bénéficié pendant près d’un siècle d’une aura unique, la technologie et la science se retrouvent au banc des accusés. On fait d’elles les symboles d’une société folle où la machine aurait pris le pas sur l’homme. Ces jugements, teintés de peur, sont biaisés. Ils érigent la technologie en idéologie. C’est lui faire beaucoup d’honneur !

Les technologies sont avant tout des objets et ne portent pas en elles de projets de société. Elles n’imposent pas de mode de gouvernement. Mais, selon leur application, leur usage et la place qu’on veut bien leur donner, elles impactent le ”vivre ensemble”. Avec plus ou moins de bonheur. Si la mise en place des e-mails a facilité la communication, elle l’a aussi dépersonnalisé. Le développement du téléphone portable constitue un fil à la patte mais contribue à sauver des vies par sa capacité à être utilisé n’importe où (ou presque…).

Est-ce que cela veut dire que nous devons refuser toute innovation sous prétexte qu’elle bouscule nos schémas de pensée, nos modes de vie ? Est-ce que nous devons passer sous silence tous les bénéfices attendus des avancées scientifiques ? Non, bien au contraire. Nous devons nous servir de la technologie comme d’un aiguillon pour questionner les valeurs qui font le socle de notre société. Abusons d’elle en mettant la technologie au coeur de nos débats. Mais ne l’accusons pas des maux que nous nous forgeons.


sep 22

Technologie n’est pas tabou

Analyse | Mots clés:

user309387_pic3132_1250720601La techno serait-elle une sorte de nouvelle religion animiste qui érigerait l’innovation au rang de divinité et les ingénieurs au rang de grands-prêtres ?

C’est en somme la question que nous pose Hervé Kempf, journaliste au journal Le Monde dans une tribune baptisée « La pensée magique ». Son propos n’est pas de fustiger la technologie en tant que telle, mais de souligner plutôt ce que nous, les hommes, y investissons.

Selon le journaliste, pour ne pas affronter la réalité en face, nous serions prêts à croire dans une technologie toute puissante, apte à sauver notre civilisation de tous les dangers qui la menace, tel le réchauffement climatique ou les déchets nucléaires. Cette « pensée magique » nous éviterait ainsi de trop penser aux conséquences de nos actes présents.

C’est un peu vite jugé. C’est surtout oublier que les ingénieurs –ce ne fut pas toujours vrai par le passé- ne développent plus des produits pour la beauté du geste, pour la prouesse technologique… mais pour répondre à des problèmes précis. Ils ont renoué en somme avec leurs premiers amours : résoudre des énigmes a priori insolubles grâce à leur créativité et leurs connaissances techniques.

A Industrie & Technologies, nous ne prêchons pas pour une inflation d’innovations, bien au contraire. Mais nous plaidons pour que l’on ne renie pas, sous prétexte d’aversion aux sciences, des pistes technologiques. Selon nous, la techno n’est pas ”la solution” (et ne doit pas être mise sur un piédestal), mais la solution (à des enjeux comme l’énergie ou le réchauffement climatique) passe en partie par le développement de nouvelles technos.

Thibaut de Jaegher


sep 07

Taxer, emprunter… innover !

Edito | Mots clés:

j0439264Taxe ou emprunt, l’écologie ne serait finalement qu’une affaire d’argent. Ces derniers jours et semaines en tout cas, le débat autour de ces questions s’est concentré autour de deux idées forces. A quelle hauteur sera facturée la tonne de carbone ? Et combien d’argent, l’Etat pourra-t-il emprunter pour réussir à financer son plan de relance/innovation faisant la part belle aux green techs ?

Les experts s’affrontent, alignent les chiffres… C’est un peu vite oublier que les changements climatiques en cours imposent d’abord de changer notre regard et nos fondamentaux. Taxer les tonnes de carbone émises ne servira à rien si nous ne re-concevons pas la plupart de nos produits pour les rendre moins gourmands. Le grand emprunt sera vain si nous ne réussissons pas à réduire la consommation des milliards d’objets en circulation (je pense notamment au parc automobile composé de véhicules âgés de 8 ans en moyenne).

Le défi technologique est énorme. Pour les bureaux d’études et les ingénieurs -en première ligne dans ce combat-, il ne s’agit pas seulement de réussir à développer des objets toujours plus sobres en énergie mais de réussir à transformer les plus gourmands en parangons écologiques.

Thibaut de Jaeger


jui 25

Etonnant, non ?

Analyse | Mots clés:

wiiOn ne s’étonne plus de rien. Nous téléphonons en 5 secondes chrono d’un bout à l’autre du monde. ArianeEspace envoie deux téléscopes à un million de kilomètres au-dessus de nos têtes dans l’univers. On profite de musique dématérialisée grâce au MP3. Nos écrans télé sont si fins qu’ils peuvent s’accrocher aux murs comme des tableaux de maître… Mais tout cela n’étonne plus personne. Tout cela n’intéresse plus grand monde. Qui soupçonne tout le travail pour la mise au point de ces produits ? Du nombre d’ingénieurs mobilisés ou des connaissances scientifiques qu’il faut pour sans cesse miniaturiser, réduire les coûts et la complexité de toutes ces innovations ? Peu de personnes, en vérité.

Vis à vis de la technologie et de la science, notre société est même un peu schyzophrène. Ll’i-phone, la Wii ou les TV écrans plat font désormais partis de nos standards… mais nous ne supportons pas les technologies qui permettent de les faire fonctionner. Que serait l’I-phone sans ces réseaux d’antenne relais dont nous ne voulons pas sur nos immeubles ? Qui sait que la Wii, cette console de jeu conviviale, embarque des nanotechnologies ? L’irrationel a clairement pris le pas sur la raison… jusqu’à l’hypocondrie parfois. La preuve avec ces familles qui étaient persuadées d’être bombardées d’ondes électromagnétiques par des antennes… pas encore en état de marche.

Entre les scientifiques, les ingénieurs et l’opinion, le fossé se creuse. Et les responsabilités sont partagées. Si le grand public ne fait plus l’effort de comprendre « comment ça marche », les industriels et les organismes de recherche ne rivalisent pas non plus de pédagogie pour présenter leurs contraintes à tous.


jui 23

Les 3 dimensions d’IT

Edito | Mots clés:

 Thibaut De JaegherBienvenue dans la troisième dimension d’Industrie & Technologies ! Après un mensuel totalement réinventé que vous pouvez découvrir sur notre site, un site web entièrement rénové et rajeuni, voici notre nouvelle newsletter. Nos newsletters, devrais-je dire. Car nous vous proposons désormais de nous retrouver deux fois par semaine pour suivre toute l’actualité de la technologie. Pour accomplir cette mission, vous recevrez chaque mardi, l’Hebdo de la Techno, et chaque jeudi, la Lettre de la Conception et du Design. La première, que vous lisez actuellement,  a pour ambition de vous faire découvrir les innovations et technologies les plus marquantes des sept derniers jours. La seconde, piloté par l’incontournable Jean-François Prevéraud, vous permettra de suivre toute l’actualité des bureaux d’études.

Avec ces deux nouveaux supports, nous maintenons notre engagement de faire d’IT un média en 3 dimensions, à la fois opérationnel, interactif et précurseur.

Opérationnel, d’abord. Chaque article doit vous rendre service, vous aider à repérer les innovations qui feront date et à identifier les meilleures pratiques.

Interactif, ensuite. Certaines innovations sont plus frappantes en vidéo. Certaines technologies se comprennent mieux en infographie. Et certaines idées ne peuvent se partager que par écrit.

Précurseur, enfin. Passionnés par les nouvelles technologies (comme vous !), nous vous ferons partager toutes nos découvertes. Nous traquerons les tendances et dénicherons les innovations.

Ces trois dimensions sont l’ADN de votre média. Dès ce premier numéro, n’hésitez pas à vous émouvoir, à traquer nos erreurs et à pointer les articles qui vous ont le plus marqués. Pour engager ce dialogue à la fois franc, libre et respectueux, nous venons d’ouvrir un espace* qui vous est dédié. Nous vous y attendons !

*sur la plate-forme communautaire Viadeo


jui 05

La techno est une science humaine

Livre/entrevue | Mots clés:

La techno est une science humaine ! Dis comme ça, de but en blanc, cela sonne comme le célèbre phrase du poète Paul Eluard « la terre est bleu comme une orange »… C’est pourtant le titre d’un article, publié dans le dernier numéro de la revue Sciences Humaines et écrit par Yves-Claude Lequin, professeur à l’université de technologie de Belfort-Montbéliard. Son propos ? Prouver que les plus grandes innovations ne naissent pas de spécifications techniques mais de besoins sociétaux. Il démontre ainsi que la 2CV, par exemple, a vu le jour pour répondre aux besoins de mobilité des paysans français. Pierre-Jules Boulanger, le patron de Citroën, présenta en 1935 à ses équipes un cahier des charges d’une simplicité désarmante : « quatre roues sous un parapluie capable de traverser un champs sans casser un seul œuf. » A l’heure où l’innovation fait figure de messie pour notre économie en crise, cet article est salutaire et rappelle que l’usage prime sur la technologie elle-même.

http://www.scienceshumaines.com/la-technologie-est-une-science-humaine_fr_23765.html


jui 04

Back to basic

Analyse | Mots clés:

L’innovation peut-elle sauver notre économie ? A l’heure où nous sentons l’économie se perdre dans les méandres d’une crise bien plus profonde que prévue, les incantations se multiplient. Pas un colloque, pas un discours où l’innovation ne prenne place. De manière un peu irréelle et irrationnelle, presque mystique, les hommes politiques, les chefs d’entreprises et les consultants s’unissent pour faire de cette discipline un demi-dieu capable de relancer la mécanique des marchés. Hélas, ces prières païennes sont vaines. Pour que la technologie nous sauve, nous devrons d’abord apprendre à changer notre regard. Les constructeurs automobiles, par exemple, ne peuvent pas ignorer que le premier besoin d’un automobiliste, lorsqu’ils s’installent derrière un volant, c’est de se déplacer… pas de faire tourner le moteur à combustion que les ingénieurs de PSA et de Renault s’acharne à maintenir en vie. La crise actuelle impose de revenir aux fondamentaux. Au besoin originel de chaque client. « Back to basic », diraient les Américains. Chaque entreprise doit faire de ce gimmick un leitmotiv.