Le hold-up asiatique sur les brevets américains : Le Rédacteur en chef d\'Industrie & Technologies Ridha Loukil prend la parole vous présente son regard sur la technologie d\'hier, d\'aujourd\'hui et de demain.

Postes comportant le mot clé ‘Samsung’

jan 16

Le hold-up asiatique sur les brevets américains

Edito | Mots clés:

Le classement des 50 entreprises déposant le plus de brevets outre-Atlantique, publié par le cabinet d’études IFS Claims Patent Services, fait ressortir une tendance inquiétante pour les Etats-Unis. Certes, IBM reste, pour la 19e année consécutive, en tête avec 6 180 brevets enregistrés en 2011. Mais les firmes asiatiques dominent largement et devancent de plus en plus leurs homologues yankees.

Dans le dernier classement, les entreprises américaines n’occupent plus que 17 places, contre 25 pour leurs homologues asiatiques. IBM et Microsoft sont les deux seules firmes yankees à figurer au Top 10, les huit autres places étant détenues par des sociétés japonaises, coréennes ou taïwanaises. La domination asiatique est encore plus flagrante dans les brevets protégeant des applications, avec 28 places occupées, contre seulement 14 pour les américains.

Deux entreprises symbolisent cette montée en puissance de l’Asie : Samsung Electronics et Hon Hai Precision Industry. Avec 4 894 brevets obtenus en 2011, Samsung Electronics arrive en deuxième place, derrière IBM. Mais sur le terrain des applications, le géant coréen de l’électronique devance Big Blue depuis 2010, avec près de 5 600 brevets, contre environ 5 000 pour son homologue américain.

Bien qu’il soit numéro Un mondial dans les puces mémoires, les écrans LCD ou la télévision, Samsung Electronics n’est pas encore un bailleur de technologies. Sa prospérité repose sur des inventions réalisées essentiellement aux Etats-Unis et au Japon. Son appétit pour les brevets s’explique par le souci de minimiser le coût de licences qui dépasse le milliard de dollars par an. Sans compter les frais judiciaires, car Samsung Electronics est probablement l’entreprise la plus attaquée au monde pour contrefaçon de brevets. Disposer d’un portefeuille de brevets bien garni constitue un atout pour s’en sortir à moindre frais en négociant un accord de licence croisée, comme il l’a fait avec Panasonic dans les écrans plasma, ou avec Sharp dans les écrans LCD.

Le cas de Hon Hai Precision Industry est énigmatique. L’entreprise taïwanaise, connue aussi sous le nom de Foxconn Electronics, occupe la dixième place avec 1 514 brevets enregistrés en 2011. C’est la plus grande firme de sous-traitance électronique au monde. Elle fabrique en particulier la tablette iPad d’Apple et la grande majorité des téléviseurs Bravia de Sony. Son effort en propriété industrielle se justifie s’il porte sur des procédés de fabrication. Mais il y a fort à parier que le géant taïwanais veut, au-delà de la sous-traitance, se positionner dans l’avenir comme un fournisseur de produits comme ont su le faire ses compatriotes Asus, Inventec ou BenQ.


sep 12

Innovation : les limites du modèle de Samsung

Edito | Mots clés:

Depuis une décennie, Samsung Electronics est la grande star de l’électronique. Son modèle industriel suscite autant l’admiration que la crainte. Son chiffre d’affaires a bondi de 57,5 milliards de dollars en 2005 à près de 139 milliards de dollars en 2010, faisant du géant coréen un fantastique moteur de croissance du conglomérat Samsung et le premier groupe d’électronique au monde, devant HP, IBM ou Apple. Son succès fulgurant tranche singulièrement avec la déprime de Sony, Panasonic et autres Japonais qui lui ont servi pourtant de modèle. Samsung Electronics s’impose aujourd’hui comme le numéro un mondial dans les mémoires Dram, les mémoires Flash, les écrans LCD et la télévision.

Mais aucun de ces produits n’est une invention de Samsung Electronics. Alors comment s’explique cette réussite ? La recette est simple : ne pas jamais arriver le premier avec une nouvelle technologie, attendre que le marché ait atteint sa maturité pour s’y lancer puis mettre le paquet pour prendre rapidement le leadership. Cette formule a fonctionné dans les mémoires au détriment de Toshiba, dans les écrans LCD au détriment de Sharp ou encore dans la télévision au détriment de Sony. Dans la téléphonie mobile, le géant coréen n’a pas détrôné Nokia mais a réussi tout de même à se hisser à la deuxième place mondiale au détriment de Motorola, l’inventeur du téléphone portable. C’est peut-être injuste mais c’est ainsi.

Seulement voilà : ce modèle a ses limites. La bataille avec Apple autour des brevets en révèle les premiers signes de craquement. La firme à la pomme a réussi à interdire la vente en Europe de plusieurs smartphones et tablettes de son concurrent coréen pour cause de contrefaçon de ses brevets. Certes, Samsung Electronics pourra facilement contourner l’interdiction en modifiant légèrement le logiciel. Mais son image en a pris un sacré coup. Cet épisode fait surgir surtout un problème de fond : la propriété industrielle reste son talon d’Achille. Samsung Electronics a beau investir 6 % de son chiffre d’affaire en R&D et être le deuxième déposant de brevets aux Etats-Unis, juste derrière IBM  (en 2010, il a investi 8,5 milliards de dollars en R&D et déposé 4 551 brevets outre-Atlantique). Il dépend toujours des inventions des autres pour réaliser ses propres produits. Jusqu’ici, il a toujours réussi à résoudre les conflits de propriété industrielle en acceptant de payer à prix d’or des licences (plus de 1 milliard de dollars par an au total). Mais face à Apple, ce type d’arrangement semble exclu.

Samsung Electronics n’a pas de choix. Il doit revoir son modèle d’innovation pour devenir un créateur de technologies et de concepts de design, qui accepte des prendre des risques. Il en a les moyens. Ce serait plus juste envers tous ceux qui innovent.


mai 13

Apple et Samsung, deux amis ennemis

Edito | Mots clés:

Décidément, rien ne va plus entre Apple et Samsung. Les deux géants de l’électronique s’accusent mutuellement de contrefaçon de brevets. Et Apple, grand client de Samsung dans les semi-conducteurs, envisage de s’orienter vers d’autres sources d’approvisionnement : Elpida Memory, Hynix et Micron Technology pour les mémoires Dram ; Toshiba, Hynix et Micron Technology pour les mémoires Flash ; et le fondeur TSMC pour la fabrication des processeurs A4 et A5 équipant ses iPhone et iPad. Intel est également cité comme un fondeur possible pour ses processeurs. Si ce basculement s’opérait complètement, il représenterait pour Samsung une perte sèche de 17 % de son chiffre d’affaires dans les semi-conducteurs.

Alors pourquoi en sont-ils arrivés à cette situation ? La réponse tient dans un mot : concurrence. Les deux groupes, qui entretiennent des relations anciennes de client -fournisseur, sont aussi concurrents dans les micro-ordinateurs, les baladeurs, les Smartphones et les tablettes numériques. Apple reproche à Samsung de copier son design, l’une des forces clés de ses produits.

La firme de Steve Jobs perçoit aussi le géant coréen comme une menace croissante pour son leadership sur ses segments de marché. Non sans raison. Samsung est une machine de conquête redoutable. Et il l’a démontré dans les puces mémoires, les écrans LCD ou la télévision où il devenu le numéro un mondial au détriment de Toshiba, Sharp et Sony.

Dans l’industrie, les relations sont rarement définies en noir ou blanc. On peut être concurrent et collaborer, comme le font Sony et Samsung dans les écrans LCD de télévision, LG et Hitachi dans le stockage optique ou encore PSA et Renault dans les moteurs automobiles. La collaboration fonctionne tant que les deux partenaires y trouvent chacun son intérêt. La concurrence est respectée tant qu’elle ne franchit pas une certaine limite jugée dangereuse par l’une des parties. C’est cette limite qui semble avoir été franchie dans les relations entre Apple et Samsung. Et la bataille de propriété intellectuelle dans laquelle ils s’engagent n’en est que la partie émergée.


aoà 30

Intel rattrapé bientôt par Samsung?

Edito | Mots clés:

Et si Samsung, actuellement numéro deux sur le marché des semiconducteurs, rattrapait Intel pour lui ravir la place de numéro un ? Cette hypothèse, inimaginable il y a 5 ou 10 ans, n’est plus une idée saugrenue. Selon le cabinet d’études de marché américain IC Insights, qui a analysé le différentiel de croissance des deux géants de l’électronique, elle pourrait devenir une réalité en 2014 ou 2015.

Cette information a fait l’effet d’une bombe outre-Atlantique, et on peut le comprendre. Intel symbolise le retour des américains dans les semiconducteurs après une décennie de suprématie japonaise dans le domaine. Grâce à sa position dominante dans les microprocesseurs, des puces à haute valeur ajoutée au cœur des ordinateurs, la firme de San José, fondée par Gordon Moore et Andy Grove, détient la première place dans les semiconducteurs depuis 1992.

Mais voilà que Samsung vient jouer le trublion. Le géant coréen de l’électronique apparaît comme un rouleau-compresseur auquel rien ne résiste. Il a déjà raflé la première place à Toshiba dans les mémoires Dram et Flash, à Sharp dans les écrans LCD, à Sony dans la télévision… Ses ambitions semblent sans limites. Le chiffre d’affaires visé pour 2020 donne le vertige : pas moins de 300 milliards de dollars, ce qui le mettrait au niveau de majors du pétrole comme Exxon Mobil ou Petrochina. Pour atteindre cet objectif, il a identifié plusieurs moteurs stratégiques de croissance dont les batteries automobiles, les panneaux solaires et les LED, domaines où il est aujourd’hui peu présent. Dans les semiconducteurs, il veut effacer son image de fabricant de « commoditités » que sont les mémoires Dram, Sram et flash. Déjà numéro deux mondial dans les microcontrôleurs, derrière le japonais NEC Renesas, et numéro trois dans les capteurs d’image Cmos, derrière Sony et Panasonic, il met le turbo dans les puces de communication sans fil et autres types de processeurs.

De son coté, Intel cumule les échecs de ses tentatives de diversification. En dehors de l’informatique, il n’a jamais réussi à imposer ses microprocesseurs dans l’automobile, l’électronique grand public ou les téléphones portables. Et ce malgré un énorme effort d’investissement. Dans ces marchés de l’embarqué, son processeur dédié Atom soutient difficilement la comparaison avec ceux de son concurrent britannique ARM. Même si Intel ne s’avoue pas définitivement vaincu et continue à explorer de nouveaux marchés en dehors de l’informatique, la priorité semble aujourd’hui résider dans l’intégration verticale sur le modèle d’IBM. L’heure est à la maitrise d’une grande part de la chaîne de valeur, depuis les processeurs jusqu’aux logiciels applicatifs en passant par les systèmes d’exploitation ou encore les interlogiciels. D’où le rachat de Wind River, éditeur de logiciels embarqués, et récemment de McAfee, éditeur de logiciels de sécurité informatique.

Samsung et Intel suivent, chacun à sa façon, une stratégie active de diversification. Intel réussira t-il pour autant à conserver son avance ? L’avenir le dira.