Machines à innover : La Rédactrice en chef d\'Industrie & Technologies Muriel de Véricourt vous présente son regard sur la technologie d\'hier, d\'aujourd\'hui et de demain.

Postes comportant le mot clé ‘R&D’

oct 02

Machines à innover

Edito | Mots clés:

C’est un début de semaine chargée pour l’industrie, d’ArcelorMittal à Sanofi en passant par Petroplus. A Florange, la nouvelle morose – quoiqu’attendue- du non redémarrage des hauts fourneaux a presque occulté les déclarations plus engageantes –quoiqu’il ne s’agisse que de déclarations- sur l’intérêt renouvelé du groupe pour les efforts de recherche et développement menés dans le laboratoire voisin de Maizières-lès-Metz.

Mittal n’a d’ailleurs pas caché avoir acquis Arcelor bien plus pour sa R&D, capable de concevoir des aciers de grande qualité, plutôt que pour ses capacités de production, les pays de l’Est étant notoirement plus compétitifs pour fabriquer. Une stratégie logique, dans le contexte d’une industrie européenne qui glisse, ou devrait glisser, de la fabrication de produits à l’invention de services. Et qui, pour rester à proprement parler industrielle, doit apprendre à produire ces inventions à la chaîne.

L’exemple de Sanofi en est une illustration saisissante. Pour avoir échoué à conserver un nombre suffisant d’innovations dans son pipe, le groupe est en effet gravement menacé à court terme par  la tombée dans le domaine public de ses médicaments blockbusters. C’est dans ce contexte incitant au branle-bas de combat que le géant pharmaceutique a annoncé une nouvelle coupe claire dans ses effectifs de R&D.  Le groupe, qui mise de façon croissante sur les partenariats de recherche public-privé, affirme en revanche ne pas avoir l’intention de supprimer de sites industriels en France. Reste que pour assurer leur pérennité, relancer la machine à innover est une nécessité urgente.


aoà 21

La R&D, envers et contre tout

Edito | Mots clés:

4,2% : ce chiffre devrait redonner le sourire aux ingénieurs. Il s’agit en effet de l’augmentation annuelle que les grosses entreprises de l’Union européenne envisagent pour leur budget R&D au cours des trois prochaines années, selon une enquête annuelle que vient de publier la Commission. C’est un peu moins que l’objectif de 5% affiché l’an dernier par les répondants, mais c’est malgré tout un signe plutôt encourageant en cette période morose.

Sans surprise, les professionnels de l’informatique et du logiciel sont ceux qui prévoient de faire progresser le plus leurs dépenses dédiées à l’innovation (+11% par an), tandis que les secteurs de la pharmacie et des biotechnologies se situent en dessous de la moyenne des entreprises, puisqu’ils ne prévoient de faire croître leur budget R&D que de 3% par an, soit un ralentissement par rapport à la période 2007-2010.

Autre enseignement de cette étude : l’innovation paie. Parmi les répondants, 187 entreprises de grande taille contribuant de manière significative à l’effort de recherche européen, celles qui évoluent dans des secteurs où la recherche est intensive affirment que pas moins d’un tiers de leurs ventes provient de produits et de services innovants, introduits au cours des trois dernières années. Et même pour les entreprises positionnées sur des créneaux plus traditionnels, 10% des revenus sont liés à de récentes mises sur le marché. Des chiffres de nature à encourager la poursuite de l’effort de recherche, même (ou surtout) en contexte incertain.


jui 17

PSA : coup de frein à l’innovation

Edito | Mots clés:

PSA

1400 sur 8000. La R&D paie un lourd tribut dans le plan d’économies annoncé en fin de semaine dernière par PSA. Le constructeur automobile a beau assurer avoir conduit une rationalisation fructueuse et avoir appris à produire plus de savoir avec moins de moyens, cette diminution de 10% des effectifs de chercheurs, d’ingénieurs et de techniciens du constructeur automobile est une mauvaise nouvelle. D’autant plus qu’elle a valeur de symbole. D’abord parce que l’automobile pèse d’un poids déterminant dans l’effort d’innovation en Europe. Ensuite parce que, comme Industrie & Technologies le rappelait dans son numéro du mois de juin 2012 consacré à la R&D en France, PSA est la première entreprise française en nombre de brevets déposés. Dans un contexte de réflexion autour de la migration des centres de R&D, à la fois pour les rapprocher des marchés émergents et pour limiter leurs coûts, la décision de PSA, dont plus des deux tiers des effectifs dédiés à la R&D sont actuellement implantés sur le territoire français, est donc emblématique. Et ce même si le constructeur repousse l’idée d’une délocalisation de la production de savoir. Seule bonne nouvelle dans ce sombre tableau : plusieurs grands groupes, d’EADS à Safran en passant par la SNCF ou Airbus ont d’ores et déjà fait savoir que les compétences techniques des personnels de R&D du constructeur les intéressaient. Le bilan s’avère donc préoccupant pour la filière et sa capacité d’innovation, mais il est rassurant de constater que le savoir-faire des ingénieurs et des techniciens formés à l’école de PSA ne sera pas perdu.


jui 03

Kodak vend ses clics et ses clacs

Edito | Mots clés:

A saisir. 1100 brevets sur secteur en pleine expansion, peu servi. C’est confirmé : Kodak, en dépôt de bilan depuis le début de l’année pourra bien procéder au cours du mois d’août à la mise aux enchères de son butin technologique pour tenter de se renflouer. Le tribunal chargé de son redressement judiciaire lui a en effet accordé, lundi 2 juillet, cette autorisation, sollicitée début juin.

Ironie de l’histoire, le sort du pionnier de la pellicule dépend donc des résultats de ses travaux de R&D sur la capture, la manipulation et le partage d’images numériques. Précisément parce que la société n’a pas su s’appuyer sur eux pour prendre le virage du numérique.

Le bras de fer judiciaire entre Kodak à Apple est à cet égard emblématique. Kodak a estimé que certaines de ses technologies lui ont été volées et reprises sur les tablettes iPad, les téléphones iPhone et les baladeurs iPod. Autrement dit : intégrées dans un produit fini ergonomique pour être valorisées. Exactement ce qui a tant contribué au succès d’Apple. Exactement ce que Kodak n’a pas su faire.

Muriel de Vericourt


mai 22

Redressement productif

Edito | Mots clés:

On a beau essayer, depuis six jours, de s’y accoutumer, l’intitulé du nouveau ministère de l’industrie continue à sonner étrangement aux oreilles. Sans doute du fait des associations d’idées qu’il provoque, évocations d’une économie administrée, voire planifiée, si ce n’est franchement orwellienne. Est-il bien raisonnable de vouloir susciter le retour de la croissance et de l’emploi industriel par décret ? Mais au-delà de ces troublants échos, retenons une bonne nouvelle : l’industrie, placée au cœur des débats entre candidats pendant une campagne électorale rythmée par les menaces de fermetures d’usines, n’a pas été oubliée dès le soir du deuxième tour – François Hollande a même pris soin de préciser dans son tout premier discours qu’il tenait le redressement de la production pour l’une de ses priorités.

Pour aller au-delà des mots, le défi qui attend Arnaud Montebourg est de taille. Le défenseur de la « démondialisation » et du « patriotisme industriel », envoyé spécial de François Hollande dans les entreprises touchées par un plan social pendant la campagne, a souhaité, lors de sa prise de fonction, faire de son ministère celui de la « reconquête » des emplois industriels détruits. Pour ce faire, il devra faire preuve de réalisme. Notamment en actant l’interdépendance étroite des économies nationales et le fait que le succès des entreprises implantées sur notre territoire dépend pour une large part …de leurs clients et de leurs fournisseurs à l’international. C’est le sens de l’avertissement que lui a adressé dès mercredi la Confédération générale des petites et moyennes entreprises, dont le président a été reçu hier au ministère, ainsi que plusieurs représentants des syndicats et la présidente du Medef Laurence Parisot.

Formons un vÅ“u : celui que l’attention –légitime- portée aux installations vieillissantes ou menaçant de fermer n’empêche pas le ministre de s’intéresser aussi aux ruptures technologiques, susceptibles de créer de la valeur. Que la volonté de conjurer la relégation dans le passé de pans entiers de notre activité industrielle aille de pair avec une politique ambitieuse, capable de catalyser l’émergence de secteurs novateurs, prometteurs pour l’avenir. Que l’importance, pour le maintien des lignes de production, du dynamisme des centres de R&D soit bel et bien mise en exergue, reconnue et soutenue. Le rôle de Fleur Pellerin, ministre déléguée aux PME, à l’Innovation et à l’Economie numérique, sera déterminant à cet égard. Autre acteur-clé : la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Geneviève Fioraso. Qui préconisait hier, lors d’une visite au Cnrs, de  « maintenir une fiscalité privilégiée pour toute entreprise innovante en croissance” , à condition que ces sociétés favorisent l’emploi et ne délocalisent pas  leurs départements de R&D. Une feuille de route pour un redressement technologique, en quelque sorte.


nov 21

Les effets pervers de l’Open Innovation

Edito | Mots clés:

Les patrons R&D des grandes entreprises ne jurent plus que par l’Open Innovation, un modèle de recherche et développement fondé sur la coopération avec des partenaires extérieurs. PSA Peugeot Citroën en est l’un des fervents pratiquants en France. Or le groupe automobile vient d’annoncer la suppression de 3 800 emplois, dont la moitié en R&D. Les syndicats crient à la délocalisation de la recherche. C’est faux. Délocaliser une activité, c’est la transférer dans un autre pays pour ensuite en rapatrier les résultats, avec à la clé une baisse des coûts. Comme tous les grands groupes français, PSA Peugeot Citroën procède plutôt à l’internationalisation de sa R&D, avec un renforcement tout particulier dans les pays émergents. Quoi de plus normal que de vouloir adapter ses produits à la demande locale ? D’autant que la Chine est en passe de devenir le premier marché mondial de l’automobile.

Il n’empêche que les constructeurs automobiles révisent globalement à la baisse leur R&D. C’est vrai pour Renault qui a enregistré deux diminutions consécutives de 24 % en 2009 et 11 % en en 2010. PSA Peugeot Citroën, qui n’a pas jusqu’ici beaucoup touché à ses investissements dans ce domaine, semble contraint aujourd’hui de suivre le mouvement général. Et la faute n’est pas à la délocalisation, mais à l’internationalisation et peut-être aussi à l’Open Innovation.

Dans un contexte de crise exacerbée du marché automobile, le recours à ce modèle s’explique par le souci d’améliorer l’efficacité de la R&D. L’idée est de faire plus avec moins, en partageant l’effort avec des partenaires. La conséquence est que vous pouvez assurer les mêmes résultats avec moins de moyens. Donc la réduction annoncée des effectifs de R&D chez PSA Peugeot Citroën ne signifie pas nécessairement une baisse de sa capacité d’innovation. Elle signifie le redéploiement des moyens au profit des marchés les plus porteurs, ceux de pays émergents comme la Chine. Elle se fait au détriment de la R&D interne, mais aussi des ingénieristes tels que Sogeti, Altran, Alten, Assystem, Segula Technologies…

Les constructeurs automobiles disposent de deux pistes pour améliorer l’efficacité de leur R&D. La première consiste à codévelopper et partager des plates-formes technologiques à plusieurs. Une voie qui offre les avantages de réduire les risques, de baisser les coûts et de favoriser la standardisation. C’est-ce que PSA Peugeot Citroën fait avec BMW sur le véhicule hybride et Mitsubishi Motors sur le véhicule électrique.

L’autre piste consiste à reporter la R&D sur les équipementiers. Mais pour que l’opération de transfert soit rentable, le constructeur doit partager les résultats avec d’autres, se privant ainsi du moyen de se différencier sur le marché. L’un des effets pervers est de remplacer les équipes de R&D chez les constructeurs sur le même sujet par une seule équipe chez l’équipementier. C’est efficace sur le plan économique. Mais c’est terriblement destructeur pour l’emploi en R&D. L’Open Innovation, c’est aussi cela.


oct 22

L’aide à l’innovation a besoin de constance

Edito | Mots clés:

Ouf ! Les industriels peuvent respirer. Le crédit impôt recherche (CIR) restera presque inchangé. Alors que le gouvernement prévoyait dans le projet de loi de finances de 2011 d’en abaisser le montant de 25%, l’Assemblée Nationale a finalement limité la réduction à environ 7%.

En 2009, le CIR a représenté une aide de 4,9 milliards d’euros à l’effort de R&D des entreprises. « En réduisant les coûts salariaux des chercheurs de 30%, il nous a aidé à conserver l’essentiel des activités de recherche et développement en France », témoigne Dominique Verney, président du pôle de compétitivité Systematic et ancien directeur technique de Thales. Car même la R&D est prise dans la tourmente de la globalisation. « Un chercheur en Chine coûte quatre à cinq fois moins cher qu’un chercheur en France tout étant aussi qualifié. Sans l’aide de l’Etat, le risque est grand de voir les activités de recherche et développement partir dans les pays émergents », souligne Jean-Louis Beffa, président d’honneur de Saint-Gobain.

Dans le discours, tous les gouvernements affichent leur volonté de donner la priorité à la recherche et à l’innovation. Mais aujourd’hui on assiste une sorte de volte-face. Pour résorber les déficits publics, le gouvernement a prévu de raboter les trois dispositifs d’aide à l’innovation : le CIR; le statut de jeune entreprise innovante et l’allègement de l’ISF au titre de l’investissement dans les PME.

Le CIR étant pour l’essentiel sauvé, il faut attendre le sort définitif qui sera réservé au statut de jeune entreprise innovante dont dépendent beaucoup de start-up. Le gouvernement espère économiser 57 millions d’euros sur un total d’engagement de 150 millions par an. Autant dire des économies de bout de chandelles qui ne méritent pas tant de chambardement.

Les entreprises, petites comme grandes, ont besoin d’une visibilité dans le temps, car la R&D est un effort dont le résultat se mesure dans la durée. Elles doivent compter sur une politique d’aide volontariste et surtout stable. Le gouvernement doit faire preuve de cohérence entre ses actes et son discours, ainsi que de constance. Faute de quoi beaucoup d’emplois en R&D finiront par partir ailleurs.


oct 18

Les jeunes entreprise innovantes sacrifiées?

Edito | Mots clés:

Une mauvaise nouvelle pour les jeunes entreprises innovantes. Leur statut fiscal pourrait être raboté. C’est du moins l’intention du gouvernement. Le projet de loi de finances 2011 prévoit un plafonnement des exonérations fiscales de charges sociales et une diminution progressive à partir de la 4ème année. Le gouvernement espère ainsi économiser 57 millions d’euros par an.

Le statut de jeune entreprise innovante (JEI) est mis en place en 2004 pour favoriser le développement de start-ups innovantes. Il bénéficie aux entreprises de moins de huit ans investissant plus de 25% de leur chiffre d’affaires en R&D. Il se traduit par l’exonération de charges sociales pour le personnel de recherche et développement. En 2009, ce dispositif aurait bénéficié à environ 1800 start-ups.
 
Certes, il reste le crédit impôt recherche  (CIR) pour financer l’investissement en R&D. Selon le gouvernement, ce dispositif apporterait 800 millions d’aide par an aux PME. Mais il présente une limite : il ne fait pas la distinction entre une start-up, qui a besoin d’un soutien spécifique pour faire aboutir une innovation de rupture, et une PME mature qui cherche juste à faire évoluer ses produits.
Selon l’Association française des éditeurs de logiciels (AFDEL), opposer JEI et CIR , comme le fait le gouvernement, est une erreur. Les deux dispositifs d’aide à l’innovation sont complémentaires. Le CIR serait peu adapté aux start-ups. Par ailleurs, rendre dégressives les exonérations à partir de la 4ème anné signifie que la jeune entreprise devient moins fragile à partir de la 4ème et qu’elle a donc moins besoin d’aide. Or le cycle d’innovation dans les jeunes entreprises est bien plus long et atteint souvent 10 ans.
 
Quelles conséquences pourraient avoir ce coup de rabot ? Il est fort à craindre que cela entraîne une augmentation du taux de mortalité des start-ups et avec elles des idées d’innovation. Avec à terme des conséquences négatives à la fois sur l’emploi et la croissance.
“Cette décision s’inscrit en nette contradiction avec la stratégie assumée par le gouvernement en termes d’innovation, depuis trois ans, et que le Président de la République a confirmé en conclusion des Etats Généraux de l’Industrie le 4 mars dernier”, déplore Patrick Bertrand, Président de l’AFDEL. Aussi l’Association France Biotech demande l’abandon du projet. Le gouvernement va t-il l’écouter? Ce n’est pas sûr.