Radio numérique : le casse-tête des normes : Le Rédacteur en chef d\'Industrie & Technologies Ridha Loukil prend la parole vous présente son regard sur la technologie d\'hier, d\'aujourd\'hui et de demain.

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Radio numérique : le casse-tête des normes

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Au point mort depuis 5 ans, la radio numérique terrestre (RNT) va-t-elle être relancée ? Une chose est sûre : les conditions techniques ont toutes les chances de changer. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) envisage l’adoption de la norme de radiodiffusion numérique DAB+ pour les bandes de fréquences III (174 – 230 Mhz) et L (1452-1492 Mhz). La décision devrait être officialisée cette semaine par une demande auprès d’Eric Besson, ministre en charge de l’Industrie, de l’Energie et de l’Economie numérique.

Si cette proposition est confirmée, elle lèvera un obstacle majeur au démarrage de la RNT. En 2007, le gouvernement a opté pour la norme T-DMB dans les bandes III et L pour remplacer les radios analogiques actuelles dans la bande FM. La radio numérique devait arriver en 2009. Mais jusqu’à ce jour, il n’y a rien. La cause : la guerre des standards.

T-DMB et DAB+ découlent pourtant de la même technologie de radiodiffusion numérique : la DAB (Digital Audio Brodcasting) développée dans le projet européen Eureka 147 et normalisée en 2005 par l’ETSI, l’organisme de standardisation des télécoms en Europe. La version T-DMB est une évolution multimédia adaptée à la diffusion, non seulement de la radio, mais aussi de la télévision mobile codée en Mpeg-4. Cette transition technique est l’œuvre notamment de la société Robert Bosch, en Allemagne. La version DAB+ se contente d’améliorer la qualité du son en adoptant le même format de codage audio que le T-DMB, le HE-AAC V2, au lieu et place du format MP3 dans la version DAB.

En choisissant la norme T-DMB, le gouvernement voulait favoriser l’émergence de services ambitieux avec des informations associées sous forme non seulement de texte mais aussi d’images. Ainsi, l’auditeur peut voir sur l’écran de son récepteur des cartes de prévisions météo au même temps qu’il écoute les commentaires audio. Mais ceci a un coût : la diffusion en T-DMB revient près de 2 fois plus chère qu’en DAB+. A ce jour, cette norme est adoptée principalement en Asie par des pays comme la Corée du Sud, la Chine et l’Inde, d’ailleurs plus pour la télévision mobile que pour la radio. En Europe, seule la France l’a retenue, alors que les pays, où la radio numérique se déploie déjà comme la Grande-Bretagne ou la Suisse, font appel à la norme DAB+. Cette exception française prive le marché national des gains d’échelle déjà réalisés dans les récepteurs. En clair, les récepteurs de RNT seraient plus chers en France qu’en Grande-Bretagne ou en Suisse.

Le CSA ne propose pas de revenir sur le choix de 2007. Il veut retenir la norme DAB+ en plus de la norme T-DMB. Ensuite libre aux chaines radio d’adopter celle qui leur convient le mieux. Conséquence : il y aurait dans l’offre radiophonique en France non pas une seule norme, comme c’est le cas dans la télévision numérique ou le téléphone mobile, mais plusieurs. Si on ajoute la norme DMR pour la réception de la radio numérique en bandes AM, il faudrait des récepteurs combinant trois standards. On serait loin de la rationalisation industrielle. La concrétisation de la RNT est peut-être à ce prix.