Les effets pervers de l’Open Innovation : Le Rédacteur en chef d\'Industrie & Technologies Ridha Loukil prend la parole vous présente son regard sur la technologie d\'hier, d\'aujourd\'hui et de demain.

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nov 21

Les effets pervers de l’Open Innovation

Edito | Mots clés:

Les patrons R&D des grandes entreprises ne jurent plus que par l’Open Innovation, un modèle de recherche et développement fondé sur la coopération avec des partenaires extérieurs. PSA Peugeot Citroën en est l’un des fervents pratiquants en France. Or le groupe automobile vient d’annoncer la suppression de 3 800 emplois, dont la moitié en R&D. Les syndicats crient à la délocalisation de la recherche. C’est faux. Délocaliser une activité, c’est la transférer dans un autre pays pour ensuite en rapatrier les résultats, avec à la clé une baisse des coûts. Comme tous les grands groupes français, PSA Peugeot Citroën procède plutôt à l’internationalisation de sa R&D, avec un renforcement tout particulier dans les pays émergents. Quoi de plus normal que de vouloir adapter ses produits à la demande locale ? D’autant que la Chine est en passe de devenir le premier marché mondial de l’automobile.

Il n’empêche que les constructeurs automobiles révisent globalement à la baisse leur R&D. C’est vrai pour Renault qui a enregistré deux diminutions consécutives de 24 % en 2009 et 11 % en en 2010. PSA Peugeot Citroën, qui n’a pas jusqu’ici beaucoup touché à ses investissements dans ce domaine, semble contraint aujourd’hui de suivre le mouvement général. Et la faute n’est pas à la délocalisation, mais à l’internationalisation et peut-être aussi à l’Open Innovation.

Dans un contexte de crise exacerbée du marché automobile, le recours à ce modèle s’explique par le souci d’améliorer l’efficacité de la R&D. L’idée est de faire plus avec moins, en partageant l’effort avec des partenaires. La conséquence est que vous pouvez assurer les mêmes résultats avec moins de moyens. Donc la réduction annoncée des effectifs de R&D chez PSA Peugeot Citroën ne signifie pas nécessairement une baisse de sa capacité d’innovation. Elle signifie le redéploiement des moyens au profit des marchés les plus porteurs, ceux de pays émergents comme la Chine. Elle se fait au détriment de la R&D interne, mais aussi des ingénieristes tels que Sogeti, Altran, Alten, Assystem, Segula Technologies…

Les constructeurs automobiles disposent de deux pistes pour améliorer l’efficacité de leur R&D. La première consiste à codévelopper et partager des plates-formes technologiques à plusieurs. Une voie qui offre les avantages de réduire les risques, de baisser les coûts et de favoriser la standardisation. C’est-ce que PSA Peugeot Citroën fait avec BMW sur le véhicule hybride et Mitsubishi Motors sur le véhicule électrique.

L’autre piste consiste à reporter la R&D sur les équipementiers. Mais pour que l’opération de transfert soit rentable, le constructeur doit partager les résultats avec d’autres, se privant ainsi du moyen de se différencier sur le marché. L’un des effets pervers est de remplacer les équipes de R&D chez les constructeurs sur le même sujet par une seule équipe chez l’équipementier. C’est efficace sur le plan économique. Mais c’est terriblement destructeur pour l’emploi en R&D. L’Open Innovation, c’est aussi cela.


jan 13

Automobile : la Clio, une question d’identité nationale ?

Analyse | Mots clés:

 

La Clio, quatrième génération. L'objet du scandale.
La Clio, quatrième génération. L’objet du scandale.

La sémantique des industriels a ses secrets que nos politiques ignorent… C’est en tout cas ce qu’illustre la polémique née autour du choix possible du site turc de Renault pour assembler la nouvelle Clio. Si le ministre de l’Industrie, Christian Estrosi, s’époumone face à ce qu’il voit comme une décision bien peu patriotique au regard des subsides étatiques accordés aux constructeurs (200 millions d’euros notamment accordés à Flins pour produire des batteries et des voitures électriques), il oublie un peu vite que Renault et, dans une moindre mesure, PSA n’ont pas attendu cette crise pour “localiser” (pour reprendre leur expression) leurs sites de production dans une Europe élargie comme le prouve ce petit inventaire des pays de naissance des voitures françaises vendues en Europe :

 

 

Twingo : slovène

 107 et C1 : tchèque

C3 Picasso : slovaque

C3 : française ou espagnole

206+ : française

207 : française, espagnole ou slovaque

Clio : française, espagnole ou turque

 Mégane : espagnole ou française

C4, 307, 308 : française

Scénic : espagnole ou française

C4 Picasso : espagnole

Berlingo et Partner : portugaise ou turque

Boxer et Jumper : italienne

Expert et Jumpy : française

C8 et 807 : française

  

Nos constructeurs ont de longue date déporté leur centre de gravité industriel hors de France. La Renault Mégane lancée à Palencia (Espagne), la C4 Picasso et les utilitaires Berlingo ou Partner assemblés à Vigo, la Twingo sous pavillon slovène, la Clio break qui opte pour la Turquie, la Peugeot 107 en République tchèque, la 207 en partie produite en Slovaquie… L’essentiel des nouveaux modèles, lancés par les trois marques françaises depuis trois ans, est assemblé dans des usines étrangères (à l’exception de la 308, des berlines C5 et de Laguna III). 76,5% des véhicules de Renault et 55% chez PSA sortent de sites basés hors de France. La tendance ne va pas s’inverser. Les sites français, très anciens pour la plupart, soutiennent mal la comparaison face aux installations flambant neuves et très performantes en termes de qualité, de productivité et de coût du travail des pays émergents. Chez Renault, on reconnaît volontiers que la meilleure usine du groupe est celle de Bursa en Turquie. Chez PSA, on ne cesse de citer en exemple Trnava, la slovaque.
Si l’harangue du ministre est sincère, elle semble -dans ce contexte- totalement anachronique. La lame de fond des délocalisations a déjà terassé un certain nombre d’usines françaises… et bon nombre de sous-traitants. Des sites, comme celui de Renault à Flins, de Citroën à Aulnay, ne peuvent espérer au mieux récupérer que des petites séries : voiture premium ou électrique. La marge réalisée sur des petites voitures produites est bien trop faible pour se permettre de les produire massivement dans notre pays. Alors évitons de faire de la Clio IV une question d’identité nationale pour notre industrie… Cela revient à se battre contre des moulins…