Les patrons R&D des grandes entreprises ne jurent plus que par l’Open Innovation, un modèle de recherche et développement fondé sur la coopération avec des partenaires extérieurs. PSA Peugeot Citroën en est l’un des fervents pratiquants en France. Or le groupe automobile vient d’annoncer la suppression de 3 800 emplois, dont la moitié en R&D. Les syndicats crient à la délocalisation de la recherche. C’est faux. Délocaliser une activité, c’est la transférer dans un autre pays pour ensuite en rapatrier les résultats, avec à la clé une baisse des coûts. Comme tous les grands groupes français, PSA Peugeot Citroën procède plutôt à l’internationalisation de sa R&D, avec un renforcement tout particulier dans les pays émergents. Quoi de plus normal que de vouloir adapter ses produits à la demande locale ? D’autant que la Chine est en passe de devenir le premier marché mondial de l’automobile.
Il n’empêche que les constructeurs automobiles révisent globalement à la baisse leur R&D. C’est vrai pour Renault qui a enregistré deux diminutions consécutives de 24 % en 2009 et 11 % en en 2010. PSA Peugeot Citroën, qui n’a pas jusqu’ici beaucoup touché à ses investissements dans ce domaine, semble contraint aujourd’hui de suivre le mouvement général. Et la faute n’est pas à la délocalisation, mais à l’internationalisation et peut-être aussi à l’Open Innovation.
Dans un contexte de crise exacerbée du marché automobile, le recours à ce modèle s’explique par le souci d’améliorer l’efficacité de la R&D. L’idée est de faire plus avec moins, en partageant l’effort avec des partenaires. La conséquence est que vous pouvez assurer les mêmes résultats avec moins de moyens. Donc la réduction annoncée des effectifs de R&D chez PSA Peugeot Citroën ne signifie pas nécessairement une baisse de sa capacité d’innovation. Elle signifie le redéploiement des moyens au profit des marchés les plus porteurs, ceux de pays émergents comme la Chine. Elle se fait au détriment de la R&D interne, mais aussi des ingénieristes tels que Sogeti, Altran, Alten, Assystem, Segula Technologies…
Les constructeurs automobiles disposent de deux pistes pour améliorer l’efficacité de leur R&D. La première consiste à codévelopper et partager des plates-formes technologiques à plusieurs. Une voie qui offre les avantages de réduire les risques, de baisser les coûts et de favoriser la standardisation. C’est-ce que PSA Peugeot Citroën fait avec BMW sur le véhicule hybride et Mitsubishi Motors sur le véhicule électrique.
L’autre piste consiste à reporter la R&D sur les équipementiers. Mais pour que l’opération de transfert soit rentable, le constructeur doit partager les résultats avec d’autres, se privant ainsi du moyen de se différencier sur le marché. L’un des effets pervers est de remplacer les équipes de R&D chez les constructeurs sur le même sujet par une seule équipe chez l’équipementier. C’est efficace sur le plan économique. Mais c’est terriblement destructeur pour l’emploi en R&D. L’Open Innovation, c’est aussi cela.








