Nano : le goût du risque : Le Rédacteur en chef d\'Industrie & Technologies Ridha Loukil prend la parole vous présente son regard sur la technologie d\'hier, d\'aujourd\'hui et de demain.

Postes comportant le mot clé ‘nanotechnologies’

mar 30

Nano : le goût du risque

Analyse Edito | Mots clés:

Salle-blanche-Leti-2Le risque nanotechnologies vaut-il le coup d’être couru ? En fin de compte, cette question est la seule qui vaille. Celle que nous devrions nous poser sereinement avant de condamner ou d’encenser cette nouvelle source d’innovations. L’extrémisme, dans l’un ou l’autre sens, ne fait qu’alimenter le moteur de la peur. Celle qu’ont rencontrée parfois nos journalistes au cours de leurs enquêtes dédiées aux nanomatériaux. Certains industriels rechignaient même à se livrer de crainte d’associer leur marque de trop près à ce préfixe.

Il faut démystifier le sujet. Oui, les nanoparticules ne sont pas sans impact sur nos organismes ou sur l’environnement. Oui, les risques qu’elles génèrent doivent être sérieusement évalués au regard des bénéfices attendus, comme le souligne l’Agence française de sécurité sanitaire. Les industriels doivent avouer sans crainte qu’ils ne saisissent pas encore tous les ressorts de cette découverte prometteuse. Il est d’ailleurs étonnant de voir que les process de production ne sont pas totalement bien compris.

Cela ne veut pas dire que tout ce qui est nano n’est pas bon pour nous. Pour ne parler que du domaine des matériaux, l’infiniment petit devrait contribuer à apaiser notre faim de matière première sur une Terre où la ressource s’épuise. Mais, pour rendre tangibles ces promesses, il faut donner sa chance à cette technologie. Et faire confiance aux chercheurs. Leur seule ambition, après tout, est de résoudre les problèmes que leur pose notre société notamment en matière d’environnement ou d’énergie. Et dans ces domaines, les pistes les plus prometteuses se cachent dans le nanomonde.

Pour en savoir plus sur les nanotechnologies, surfez sur notre site et consultez notre dossier “Matériaux : la Nano Révolution” dans notre du mois d’avril.

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jan 31

Qui a peur de la technologie ?

Edito | Mots clés:

Ce n’est pas encore un procès en sorcellerie mais quelque part cela y ressemble. On retrouve dans le débat national organisé pour démystifier les nanotechnologies autant d’irrationnel dans les accusations portées contre l’infiniment petit que dans celles lancées au Moyen-âge contre des femmes qualifiées hâtivement de sorcières. Aujourd’hui les nanos sont cloués au pilori, hier c’était les OGM, et demain c’est la technologie tout entière qui pourrait être suspectée de porter ”le mal”.

Ce retournement est inquiétant. Après avoir bénéficié pendant près d’un siècle d’une aura unique, la technologie et la science se retrouvent au banc des accusés. On fait d’elles les symboles d’une société folle où la machine aurait pris le pas sur l’homme. Ces jugements, teintés de peur, sont biaisés. Ils érigent la technologie en idéologie. C’est lui faire beaucoup d’honneur !

Les technologies sont avant tout des objets et ne portent pas en elles de projets de société. Elles n’imposent pas de mode de gouvernement. Mais, selon leur application, leur usage et la place qu’on veut bien leur donner, elles impactent le ”vivre ensemble”. Avec plus ou moins de bonheur. Si la mise en place des e-mails a facilité la communication, elle l’a aussi dépersonnalisé. Le développement du téléphone portable constitue un fil à la patte mais contribue à sauver des vies par sa capacité à être utilisé n’importe où (ou presque…).

Est-ce que cela veut dire que nous devons refuser toute innovation sous prétexte qu’elle bouscule nos schémas de pensée, nos modes de vie ? Est-ce que nous devons passer sous silence tous les bénéfices attendus des avancées scientifiques ? Non, bien au contraire. Nous devons nous servir de la technologie comme d’un aiguillon pour questionner les valeurs qui font le socle de notre société. Abusons d’elle en mettant la technologie au coeur de nos débats. Mais ne l’accusons pas des maux que nous nous forgeons.


jan 25

Nanotechnologies : débat ou combat ?

Analyse | Mots clés:

ActuHP_debnanotech2_151009Débattre ce n’est pas combattre. Débattre, c’est partager son point de vue, comprendre celui de son interlocuteur, entendre les nuances, apprivoiser la complexité d’un sujet sans a priori. Sans se donner un ordre du jour à respecter ou un objectif à atteindre. Mais, force est de constater que ces principes de dialogue ont tout simplement été battus en brèche lors du grand débat national organisé autour des nanotechnologies. Par trois fois au moins, la consultation a tourné court à Grenoble, Rennes ou Lyon. Sans chercher à imputer à une partie ou l’autre la responsabilité de ces pugilats, trois leçons sont à retenir de cet échec.

1. La culture du consensus n’existe toujours pas en France. S’il y a débat, il doit y avoir forcément un vainqueur. C’est-à-dire un parti qui impose ses vues de manière unilatérale à l’autre. Les scientifiques, drapés dans leur connaissance, sourient souvent face aux arguments de citoyens forcément amateurs en matière d’infiniment petit mais légitimement inquiets. Quant aux associations, comme les amis de la Terre ou le collectif Pièces et mains d’œuvre, elles surfent sur les peurs et en profitent pour exiger un moratoire sur ces technologies, jugées dangereuses a priori.

 2. Un débat ne saurait être téléguidé… comme ce fut le cas pour ce débat autour des nanotechnologies. Les consultations organisées en région ont été systématiquement encadrées par un ordre du jour précis, mettant généralement en valeur le savoir-faire nanotechnologique de la région hôte. En apparence, tout le monde avait voix au chapitre, mais, dans les faits la parole a été très canalisée… en laissant de côté les appréhensions des concitoyens face aux promesses de l’infiniment petit.

3. L’aversion au risque, enfin, ne cesse de croître dans notre pays. Pour la première fois en France, le débat sur les nanos nous donnait l’occasion d’appliquer vraiment le principe de précaution en décidant sereinement et collectivement des risques que nous acceptions de prendre au regard des opportunités que recelait la technologie. Mal compris et mal appliqué, le principe a, au contraire, laissé penser à un nombre croissant de personnes qu’en cas de doute sur une technologie il valait mieux s’abstenir et cesser là toute recherche. Ce malentendu pourrait s’avérer extrêmement coûteux à terme pour la capacité d’innovation de notre pays.