Près de 400 pages pour un livre coup de poing, on a déjà vu pamphlet plus svelte ! Mais, quand Claude Allègre se met derrière sa plume, l’ex-ministre au verbe généreux ne saurait être avare de son savoir… surtout lorsqu’il s’agit de parler de la science et de sa place dans la société. Car, au final, le dernier ouvrage du géochimiste de l’Institut du Globe de Paris ne parle que de cela. Sous couvert d”un exercice prospectif, il ne fait que tirer le signal d’alarme pour mettre en garde ses lecteurs sur les dangers et les risques de se détourner de la science, en la laissant faire son œuvre seule dans son coin. « L’ignorance de ses réalités provoquera des lendemains brutaux !, avertit celui qui fut membre du gouvernement Jospin. D’autant que les progrès de la science qui s’annoncent pour le XXIe siècle vont être d’une ampleur bien plus considérable que ceux du passé. La science va concerner la Terre, la Vie et l’Homme, le cerveau, la reproduction, la mort… » Bref, tous les besoins fondamentaux qui permettent à l’homme de vivre sur Terre.
Pour étayer son propos et démontrer le rôle que la Science a joué dans l’avènement de telle ou telle civilisation, Claude Allègre s’appuie sur les grandes épopées du siècle dernier. Le retard de l’Europe sur les Etats-Unis prend racine dans les années 1900, selon l’auteur, avec le peu de foi du Vieux continent dans une énergie pleine d’avenir : l’électricité. « A-t-on conscience que la puissance croissante de l’Amérique du XXe siècle et sa domination sur le monde prennent leurs racines dans le coup de génie d’un jeune émigré serbe, Nikolas Tesla, qui eut l’idée d’utiliser le courant alternatif pour transporter l’électricité sur de grandes distances, rendant disponible l’éclairage électrique à tout un chacun dans les grandes villes de la côte est ? », interroge l’auteur. Avouons-le, le fait nous avait échappé.
Convaincant lorsqu’il dresse une très rapide histoire des découvertes scientifiques (même s’il se trompe sur la paternité d’Internet, attribué au Cern plutôt qu’à la Darpa), Claude Allègre perd en force dès qu’il s’essaye à la prospective. Il le reconnaît lui-même : il n’est pas à l’aise dans cet exercice de prévisions que tout un chacun sait être erronée par essence. Mais sa vision sur le poids et la place que la science doit occuper dans la société demeure. « L’histoire des civilisations humaines est d’abord le résultat des progrès de la science et de la technique, affirme-t-il. Demain, l’homme pourra modifier la vie, peut-être aussi les phénomènes planétaires, le climat, le cycle de l’eau. Elle permettra à l’homme de pénétrer chaque jour un peu plus dans le domaine de Dieu. » Se désintéresser de questions aussi sensibles, c’est laisser le champ libre aux apprentis sorciers à l’éthique douteuse. Et ça, Allègre veut le combattre.







