C’est un sujet presque tabou. Rares sont les entreprises qui osent en parler. Et pourtant, l’espionnage industriel revient de façon récurrente sur la scène publique. Après Valeo en 2007 et l’histoire de la stagiaire chinoise, c’est au tour de Renault de défrayer la chronique. Alors ce problème est-il un mythe ou une réalité ? Sommes-nous victimes de manipulations par les industriels qui en parlent ? Il est difficile d’y voir clair.
Une chose est sûre : l’espionnage industriel n’est pas nouveau. Mais avec la mondialisation de l’économie, la fin de la guerre froide et la montée des pays émergents, la menace s’est globalisée et est devenue multiforme. Des futurs dragons industriels en Chine, en Corée du Sud, au Brésil ou en Russie sont en quête de secrets de tout genre qui les aideraient à se développer plus vite et moins cher. Dans des domaines aussi sensibles que la défense, l’aéronautique, l’automobile, le pétrole, la pharmacie ou la microélectronique, les grands groupes sont conscients de la menace. Tout en voulant se protéger vis-à-vis de l’extérieur, beaucoup pratiquent l’intelligence économique, une façon plus élégante de désigner l’activité d’espionnage. Et pour cela, tous les moyens sont bons : débauchage de collaborateurs clés, faux entretiens d’embauche, intrusion dans le système d’information, récupération du papier des poubelles, interception des communications des dirigeants, vol d’ordinateurs portables, etc.
A l’heure de la profusion des canaux de communication, à l’heure d’Internet et des réseaux sociaux, à l’heure de la globalisation des échanges, on peut aujourd’hui s’interroger sur l’efficacité des solutions de protection mises en œuvre aujourd’hui, qu’elles soient techniques, organisationnelles ou juridiques. Car souvent, on se rend compte que l’homme reste le maillon faible. On le voit avec Renault et Valeo. On le voit aussi avec les fuites de WikiLeaks. Même les informations les mieux gardées du monde ont du mal à résister à la volonté humaine de les subtiliser et de les transmettre à qui veut les exploiter.
Une question plus fondamentale se pose : la culture du secret, poussée jusqu’à la paranoïa à un certain moment chez Michelin ou Sagem, a-t-elle aujourd’hui un sens ? Pas vraiment. L’information scientifique et technologique finit toujours par se savoir. D’ailleurs, il est admis que tout le monde est aujourd’hui à un niveau comparable dans ce domaine. Cacher une innovation est un vieux réflexe compréhensible. Mais dans le monde d’aujourd’hui, il frise l’absurde. Mieux vaut la partager et la diffuser. Ceci profiterait à tout le monde. Et si l’innovation est stratégique au point de mériter une protection, il existe une parade : le brevet. Ceci ne l’empêche pas de devenir publique. Mais au moins, elle donnerait à son détenteur un répit avant qu’un autre ne fasse mieux.








