L’innovation, ce n’est pas que de la technologie ! N’en déplaise aux techno-addict, les produits qui révolutionnent leur marché ne sont pas toujours ceux qui embarquent le plus de nouveautés techniques. Prenons l’iPad d’Apple. Peut-on dire qu’il est innovant alors qu’il n’utilise que des technos bien maîtrisées ? “Non, me répondront les puristes. C’est un artefact marketing. Un iPhone -ou plutôt un iTouch géant-, rien de plus.” Et ils n’auront pas vraiment tort… si l’on ne se concentre que sur le produit et ses composants. Mais regarder l’iPad seulement sous cet angle, c’est justement faire abstraction du cœur du sujet, de toute la partie innovante de l’iPad : l’ergonomie, l’écosystème, le business-modèle.
1. L’ergonomie : la science de l’usage. Elle est devenue la marque de fabrique d’Apple depuis ses débuts. La firme à la pomme ne possède aucun brevet sérieux sur des technologies pures et dures. La plupart de sa propriété industrielle est consacrée aux interfaces. But du jeu : que les technos soient vraiment utiles à l’utilisateur final. Pas seulement “good to have” mais “good to use”. Concrètement, elles ne sont utilisées que lorsqu’elles peuvent devenir totalement indolores. L’iPad profite à plein de cette science de l’usage mise au point la première fois pour l’iPhone. l’interface y est extrêmement intuitive, l’écran tactile demeure le plus performant du marché et l’accès aux fonctionnalités se fait de manière très facile. Question en forme de bémol : les applications proposées réussiront-elles à jouer à fond cette carte de l’ergonomie ?
2. L’écosystème : seul, l’iPad n’est rien. Imaginer un produit seul sans prendre en compte son environnement, c’est justement ce qu’Apple ne veut plus faire. Dès le départ, la firme à la pomme a pensé son produit dans un écosystème… et a suscité le développement d’un écosystème autour de son produit. Pas question de se lancer seul dans ce chantier dantesque. Elle s’appuie sur son réseau de fans -sérieusement étendus par le succès de l’iPhone- pour développer des applications spécifiques pour iPad. Penser que faire un copier-coller de celles développées pour l’iPhone suffira est une erreur. L’iPad lance un challenge à l’imagination comme le dit David Barroux des Echos. Les développeurs devront reconcevoir totalement les applis qu’ils proposent. 10 000 seraient d’ailleurs disponibles dès son lancement. Et une foule de créateurs de contenus -des journaux, des éditeurs de livres ou de jeux vidéo, des nouveaux entrants- se disent prêts à s’embarquer sur l’iPad. Ils n’y vont pas pour profiter du buzz marketing mais pour tirer profit du marché que créera cette tablette. Du moins l’espère-t-il en écoutant les prophéties de Morgan Stanley qui promet 6 millions d’iPad vendus dès cette année.
3. Le business-modèle : les petites applis font de gros revenus. Comment Apple gagne-t-il de l’argent et réussit-il à en faire gagner aux autres ? En revisitant complètement le business-modèle des marchés où ils tentent de pénétrer. Ce n’est plus seulement le produit -le hardware- qui crée la marge mais le service qui lui est associé. Avec l’iPod, Apple a ainsi expliqué que l’on pouvait vendre de la musique sur Internet. Et il a développé pour cela la plate-forme iTunes qui rend totalement indolore le fait d’acheter les morceaux qui nous plaisent. Avec l’iPhone, il a recyclé cette tactique en inventant les applis. Vendus quelques euros à des centaines de milliers voire des millions d’exemplaires, elles permettent de générer beaucoup de revenus. Le marché est estimé à 6,2 milliards de dollars cette année. Apple réussira-t-il à rééditer son exploit avec l’iPad ? On peut le penser notamment pour le monde de la presse. Pour la première fois, les éditeurs de journaux ont peut-être les moyens de remettre en cause le mythe de l’information gratuite… en vendant beaucoup d’applications à petit prix.



On ne s’étonne plus de rien. Nous téléphonons en 5 secondes chrono d’un bout à l’autre du monde. ArianeEspace envoie deux téléscopes à un million de kilomètres au-dessus de nos têtes dans l’univers. On profite de musique dématérialisée grâce au MP3. Nos écrans télé sont si fins qu’ils peuvent s’accrocher aux murs comme des tableaux de maître… Mais tout cela n’étonne plus personne. Tout cela n’intéresse plus grand monde. Qui soupçonne tout le travail pour la mise au point de ces produits ? Du nombre d’ingénieurs mobilisés ou des connaissances scientifiques qu’il faut pour sans cesse miniaturiser, réduire les coûts et la complexité de toutes ces innovations ? Peu de personnes, en vérité.




