Et si Samsung, actuellement numéro deux sur le marché des semiconducteurs, rattrapait Intel pour lui ravir la place de numéro un ? Cette hypothèse, inimaginable il y a 5 ou 10 ans, n’est plus une idée saugrenue. Selon le cabinet d’études de marché américain IC Insights, qui a analysé le différentiel de croissance des deux géants de l’électronique, elle pourrait devenir une réalité en 2014 ou 2015.
Cette information a fait l’effet d’une bombe outre-Atlantique, et on peut le comprendre. Intel symbolise le retour des américains dans les semiconducteurs après une décennie de suprématie japonaise dans le domaine. Grâce à sa position dominante dans les microprocesseurs, des puces à haute valeur ajoutée au cœur des ordinateurs, la firme de San José, fondée par Gordon Moore et Andy Grove, détient la première place dans les semiconducteurs depuis 1992.
Mais voilà que Samsung vient jouer le trublion. Le géant coréen de l’électronique apparaît comme un rouleau-compresseur auquel rien ne résiste. Il a déjà raflé la première place à Toshiba dans les mémoires Dram et Flash, à Sharp dans les écrans LCD, à Sony dans la télévision… Ses ambitions semblent sans limites. Le chiffre d’affaires visé pour 2020 donne le vertige : pas moins de 300 milliards de dollars, ce qui le mettrait au niveau de majors du pétrole comme Exxon Mobil ou Petrochina. Pour atteindre cet objectif, il a identifié plusieurs moteurs stratégiques de croissance dont les batteries automobiles, les panneaux solaires et les LED, domaines où il est aujourd’hui peu présent. Dans les semiconducteurs, il veut effacer son image de fabricant de « commoditités » que sont les mémoires Dram, Sram et flash. Déjà numéro deux mondial dans les microcontrôleurs, derrière le japonais NEC Renesas, et numéro trois dans les capteurs d’image Cmos, derrière Sony et Panasonic, il met le turbo dans les puces de communication sans fil et autres types de processeurs.
De son coté, Intel cumule les échecs de ses tentatives de diversification. En dehors de l’informatique, il n’a jamais réussi à imposer ses microprocesseurs dans l’automobile, l’électronique grand public ou les téléphones portables. Et ce malgré un énorme effort d’investissement. Dans ces marchés de l’embarqué, son processeur dédié Atom soutient difficilement la comparaison avec ceux de son concurrent britannique ARM. Même si Intel ne s’avoue pas définitivement vaincu et continue à explorer de nouveaux marchés en dehors de l’informatique, la priorité semble aujourd’hui résider dans l’intégration verticale sur le modèle d’IBM. L’heure est à la maitrise d’une grande part de la chaîne de valeur, depuis les processeurs jusqu’aux logiciels applicatifs en passant par les systèmes d’exploitation ou encore les interlogiciels. D’où le rachat de Wind River, éditeur de logiciels embarqués, et récemment de McAfee, éditeur de logiciels de sécurité informatique.
Samsung et Intel suivent, chacun à sa façon, une stratégie active de diversification. Intel réussira t-il pour autant à conserver son avance ? L’avenir le dira.







