L’innovation libère la femme : La Rédactrice en chef d\'Industrie & Technologies Muriel de Véricourt vous présente son regard sur la technologie d\'hier, d\'aujourd\'hui et de demain.

Postes comportant le mot clé ‘Innovation’

mar 15

L’innovation libère la femme

Analyse | Mots clés:

homme-femmeVous n’avez pas encore entendu parler de la ”Wominnovation” ?

Vous feriez bien de vous intéresser sérieusement à ce mouvement qui est en train de modifier, doucement mais sûrement, le visage de pays émergents en Asie (Inde notamment) ou en Afrique.

De quoi parle-t-on ? Pour résumer, la ”Wominnovation” (Wom pour Women) rassemble sous sa dénomination toutes les technologies qui ont permis aux femmes de s’émanciper des hommes et  de faire progresser le rôle qu’elles jouaient dans leur société.

Une étude récente du Centre de recherche international sur la femme (ICRW) analyse ainsi huit innovations ayant amélioré le bien-être, la santé, la nutrition, les revenus, la durée de vie ou la liberté du sexe faible. Des produits comme la pilule contraceptive ont contribué à libérer la gente féminine de la tutelle masculine mais pas seulement. D’autres produits moins évidents (moins sexués pourrait-on dire) ont réussi à faire beaucoup plus très récemment. Le téléphone portable, le scooter ou les micro-emprunts ont contribué à faire de la femme ”un homme d’affaire comme les autres”, souligne l’étude.

Ce travail de recherche –le premier du genre- n’est pas seulement instructif pour les pays en voie de développement. Il se révèle aussi pertinent pour nos pays développés. Il permet notamment de prendre conscience que, pour la plupart des produits dits unisexes, les besoins féminins sont rarement pris en compte. Les femmes sont d’ailleurs rarement présentes lors des phases de conception des innovations.

C’est une carence, juge évidemment l’étude qui plaide pour une présence accrue de la gente féminine dans la R&D. Que l’on ne se méprenne pas. Il ne s’agit pas de transformer les bureaux d’études en section féministe ! Juste d’accorder un peu plus de places à des clients trop longtemps ignorés : les femmes.

En résumé le message est limpide :  si l’innovation libère la femme, la femme contribue aussi à libérer l’innovation !


mar 04

Etats-généraux : tout ça pour ça ?

Edito | Mots clés:

photo_video_prLe soldat Sarkozy avait promis de sauver à l’industrie. Tout le secteur attendait impatiemment son discours de clôture des Etats-généraux de l’Industrie (qui ont mobilisé comme jamais la France des usines !). 5 000 participants,  200 ateliers régionaux et 11 groupes de travail nationaux… toute cette dynamique inédite risque bien d’accoucher d’une souris. Celui qui se définit comme le président des usines a déjà débloqué plus de 7,5 milliards d’euros pour mettre sous perfusion les sites de production français et il n’ira, pour l’instant pas beaucoup plus loin.

Malgré toute la conviction que le président a montrée, la déception est à la hauteur des attentes suscitées. En guise de politique industrielle, Nicolas Sarkozy a présenté une salve de « mesurettes » corrigeant des anomalies juridiques et a multiplié les déclarations de bonnes intentions et parfois d’amour en direction de l’industrie. Prenons l’innovation. Chacun s’était pris à rêver à une politique volontariste dans ce domaine et à l’avènement d’un crédit d’impôt spécifique. Il n’en sera rien. Seul le crédit d’impôt recherche (qui marche fort) verra son remboursement anticipé pérennisé pour les PME.

In fine, au soir des Etats-généraux, la moisson semble bien maigre au regard des nombreuses doléances exprimées. Le discours de Marignane ne restera pas comme celui où la France industrielle s’est relevée. Espérons qu’il ne crée pas trop de frustration.


jan 31

Qui a peur de la technologie ?

Edito | Mots clés:

Ce n’est pas encore un procès en sorcellerie mais quelque part cela y ressemble. On retrouve dans le débat national organisé pour démystifier les nanotechnologies autant d’irrationnel dans les accusations portées contre l’infiniment petit que dans celles lancées au Moyen-âge contre des femmes qualifiées hâtivement de sorcières. Aujourd’hui les nanos sont cloués au pilori, hier c’était les OGM, et demain c’est la technologie tout entière qui pourrait être suspectée de porter ”le mal”.

Ce retournement est inquiétant. Après avoir bénéficié pendant près d’un siècle d’une aura unique, la technologie et la science se retrouvent au banc des accusés. On fait d’elles les symboles d’une société folle où la machine aurait pris le pas sur l’homme. Ces jugements, teintés de peur, sont biaisés. Ils érigent la technologie en idéologie. C’est lui faire beaucoup d’honneur !

Les technologies sont avant tout des objets et ne portent pas en elles de projets de société. Elles n’imposent pas de mode de gouvernement. Mais, selon leur application, leur usage et la place qu’on veut bien leur donner, elles impactent le ”vivre ensemble”. Avec plus ou moins de bonheur. Si la mise en place des e-mails a facilité la communication, elle l’a aussi dépersonnalisé. Le développement du téléphone portable constitue un fil à la patte mais contribue à sauver des vies par sa capacité à être utilisé n’importe où (ou presque…).

Est-ce que cela veut dire que nous devons refuser toute innovation sous prétexte qu’elle bouscule nos schémas de pensée, nos modes de vie ? Est-ce que nous devons passer sous silence tous les bénéfices attendus des avancées scientifiques ? Non, bien au contraire. Nous devons nous servir de la technologie comme d’un aiguillon pour questionner les valeurs qui font le socle de notre société. Abusons d’elle en mettant la technologie au coeur de nos débats. Mais ne l’accusons pas des maux que nous nous forgeons.


jan 25

Nanotechnologies : débat ou combat ?

Analyse | Mots clés:

ActuHP_debnanotech2_151009Débattre ce n’est pas combattre. Débattre, c’est partager son point de vue, comprendre celui de son interlocuteur, entendre les nuances, apprivoiser la complexité d’un sujet sans a priori. Sans se donner un ordre du jour à respecter ou un objectif à atteindre. Mais, force est de constater que ces principes de dialogue ont tout simplement été battus en brèche lors du grand débat national organisé autour des nanotechnologies. Par trois fois au moins, la consultation a tourné court à Grenoble, Rennes ou Lyon. Sans chercher à imputer à une partie ou l’autre la responsabilité de ces pugilats, trois leçons sont à retenir de cet échec.

1. La culture du consensus n’existe toujours pas en France. S’il y a débat, il doit y avoir forcément un vainqueur. C’est-à-dire un parti qui impose ses vues de manière unilatérale à l’autre. Les scientifiques, drapés dans leur connaissance, sourient souvent face aux arguments de citoyens forcément amateurs en matière d’infiniment petit mais légitimement inquiets. Quant aux associations, comme les amis de la Terre ou le collectif Pièces et mains d’Å“uvre, elles surfent sur les peurs et en profitent pour exiger un moratoire sur ces technologies, jugées dangereuses a priori.

 2. Un débat ne saurait être téléguidé… comme ce fut le cas pour ce débat autour des nanotechnologies. Les consultations organisées en région ont été systématiquement encadrées par un ordre du jour précis, mettant généralement en valeur le savoir-faire nanotechnologique de la région hôte. En apparence, tout le monde avait voix au chapitre, mais, dans les faits la parole a été très canalisée… en laissant de côté les appréhensions des concitoyens face aux promesses de l’infiniment petit.

3. L’aversion au risque, enfin, ne cesse de croître dans notre pays. Pour la première fois en France, le débat sur les nanos nous donnait l’occasion d’appliquer vraiment le principe de précaution en décidant sereinement et collectivement des risques que nous acceptions de prendre au regard des opportunités que recelait la technologie. Mal compris et mal appliqué, le principe a, au contraire, laissé penser à un nombre croissant de personnes qu’en cas de doute sur une technologie il valait mieux s’abstenir et cesser là toute recherche. Ce malentendu pourrait s’avérer extrêmement coûteux à terme pour la capacité d’innovation de notre pays.


nov 16

CO2 = innovation

Edito | Mots clés:

GES_1Sans juger de la réalité du réchauffement climatique -et apporter de l’eau au moulin de la polémique-, la montée en puissance du dioxyde de carbone comme nouvel Alpha et Omega de notre société est incontestable. Le bonus-malus automobile, les taxes carbones, l’empreinte écologique de nos activités… tout est jaugé en fonction du nombre de gramme de CO2 que nous rejetons.

Si l’on peut contester ce choix et se dire qu’il est trop réducteur (il passe notamment sous silence tout un ensemble d’émissions polluantes nocives pour la santé), le CO2 est en passe de s’imposer comme le nouveau mètre étalon. Il change déjà complètement les habitudes des bureaux d’études en leur permettant de concrétiser le principe d’éco-conception après laquelle courent les équipes R&D depuis des années.

Alors, même si nous ne croyons pas au rôle de l’homme dans le réchauffement climatique, ne gâchons pas l’élan de créativité qu’impulse le dioxyde de carbone. C’est une occasion unique pour les entreprises de revoir de fond en comble leur méthode de travail, des bureaux aux usines. Oui, le CO2 doit devenir le nouvel aiguillon des ingénieurs. Il leur permettra de changer leur regard qu’il porte sur les produits. Il les poussera à les industrialiser autrement. En un mot, à innover !


sep 29

L’alliance fait la force

Analyse | Mots clés:

People's mandala - 12 handsLa recherche française est peut être en train de vivre une révolution silencieuse. On la disait scléroser par ses vieux organismes de recherche comme le CNRS, prisonnière de disciplines qui refusaient de chercher ensemble ? Elle se transforme en jouant sans complexe la carte du collectif. Ces derniers mois, sans caméra ni discours provocateurs, Valérie Pécresse, la ministre de la Recherche et de l’Enseignement supérieur, a présidé à la naissance d’alliances de recherche thématiques. Trois ont déjà vu le jour dans les domaines des sciences de la vie et de la santé, des sciences de l’énergie et des sciences de la mer.

L’intérêt de ces regroupements n’est pas seulement d’atteindre une taille critique (indispensable pour s’imposer sur la scène mondiale). Ils permettent aussi de décloisonner des organismes trop centrés sur les disciplines. Ainsi, l’alliance pour les sciences de la vie réunit sous sa bannière l’Inserm, l’Institut Pasteur, le CNRS ou le CEA… mais pas seulement ! L’Inra, l’Inria (le CNRS de l’informatique), l’IRD (spécialiste des pays tropicaux) et la conférence des présidents d’université ont, eux-aussi, adhéré à l’initiative.

Cette transversalité est essentielle car les innovations les plus marquantes, dites de rupture, voient souvent le jour aux confins de plusieurs disciplines scientifiques. Ces alliances, qui mêlent biologiste et informaticien ou énergéticien et électronicien, devraient donc contribuer à révolutionner la manière de chercher en France…


sep 07

Taxer, emprunter… innover !

Edito | Mots clés:

j0439264Taxe ou emprunt, l’écologie ne serait finalement qu’une affaire d’argent. Ces derniers jours et semaines en tout cas, le débat autour de ces questions s’est concentré autour de deux idées forces. A quelle hauteur sera facturée la tonne de carbone ? Et combien d’argent, l’Etat pourra-t-il emprunter pour réussir à financer son plan de relance/innovation faisant la part belle aux green techs ?

Les experts s’affrontent, alignent les chiffres… C’est un peu vite oublier que les changements climatiques en cours imposent d’abord de changer notre regard et nos fondamentaux. Taxer les tonnes de carbone émises ne servira à rien si nous ne re-concevons pas la plupart de nos produits pour les rendre moins gourmands. Le grand emprunt sera vain si nous ne réussissons pas à réduire la consommation des milliards d’objets en circulation (je pense notamment au parc automobile composé de véhicules âgés de 8 ans en moyenne).

Le défi technologique est énorme. Pour les bureaux d’études et les ingénieurs -en première ligne dans ce combat-, il ne s’agit pas seulement de réussir à développer des objets toujours plus sobres en énergie mais de réussir à transformer les plus gourmands en parangons écologiques.

Thibaut de Jaeger


aoà 31

La France ? C’est l’Amérique !

Analyse | Mots clés:
Le plateau de Saclay qui accueille l'école Polytechnique.

Le plateau de Saclay qui accueille l'école Polytechnique.

L’air de rien, notre bonne vieille France avec ses universités pluriséculaires, est en train de changer de visage. A Paris, plus exactement au niveau du plateau de Saclay autour de l’école Polytechnique, ou à Valenciennes autour de son université du Hainaut-Cambrésis, des projets sont en passe de transformer des hectares de terrain (en friche depuis des années) en campus à l’américaine. Prenons l’exemple de l’X, après maintes hésitations, une salve d’écoles, de labos  et d’infrastructures de recherche sont en passes de s’implanter dans cette Silicon Valley à la française. L’Institut d’Optique, l’Ensta, Sup’elec et Centrale vont s’implanter dans cette zone riche en cerveau. Les centres R&D de Thalès et Danone y sont déjà. Et, demain peut être, le laser le plus puissant du monde Å“uvrera, sous la conduite de Gérard Mourou, pour repousser les limites de la connaissance (voir IT n°912 de juin 2009).

Ces initiatives sont de vrais projets (avec un vrai budget !) qui ont pour but de créer de véritable terreau de l’innovation en rassemblant sur un même espace universités, écoles d’ingénieurs, infrastructures de recherche (comme l’institut de la lumière extrême), laboratoires publics et centres R&D privés.

Ce modèle, qui fait le succès de la Silicon Valley en Californie, est enfin appliqué en France. Trop tard diront les cassandres ? Je ne le crois pas. De tels investissements constituent une bonne nouvelle et une heureuse initiative pour au moins trois raisons (liste non-exhaustive) :

 

  1. Du point de vue de la science, ces regroupements génèrent une saine émulation. Les chercheurs s’entraînant les uns les autres dans une quête de savoir sans fin.
  2. Ce mélange des genres permet aussi de faire surgir des innovations aux frontières de plusieurs disciplines en brassant les idées et les compétences des cerveaux de multiples structures.
  3. Cette taille critique permettra (à condition de mener une stratégie de marque commune) de mieux positionner les établissements français dans les classements internationaux. Si ces palmarès sont toujours sujets à soupçon dans notre pays, ils constituent l’une des rares bases de comparaison pour les étudiants étrangers en quête d’un campus à l’étranger.