Le succès à double tranchant d’Apple : Le Rédacteur en chef d\'Industrie & Technologies Ridha Loukil prend la parole vous présente son regard sur la technologie d\'hier, d\'aujourd\'hui et de demain.

Postes comportant le mot clé ‘Innovation’

mai 28

Le succès à double tranchant d’Apple

Edito | Mots clés:

Alors qu’Apple vient de lancer sa tablette iPad en France et dans d’autres pays européens, sa capitalisation boursière a dépassé celle de Microsoft pour atteindre plus de 225 milliards de dollars. La firme à la pomme se hisse ainsi à la première place des valeurs des technologies de l’information et à la deuxième tous secteurs confondus derrière le mastodonte pétrolier ExxonMobil. En dix ans, son action aura été multipliée par 10!

Rarement une société aura connu un succès aussi fulgurant. Est-il mérité ? D’une certaine façon oui. Car même si Apple n’a rien inventé en terme de produit, la firme de Steve Jobs a su créer un modèle qui a révolutionné la musique (avec le baladeur iPod et sa boutique en ligne iTunes) puis l’Internet mobile (avec l’iPhone et sa bibliothèque d’applications en ligne AppStore). Son écosystème associant produit et applications en ligne s’avère d’une efficacité industrielle redoutable. Ni Microsoft, ni Nokia, ni Sony n’ont réussi à le reproduire avec autant d’éclat et de succès. Sur le plan technique, Apple a su reprendre le meilleur de la technologie existante (écran tactile, interface, ergonomie, design…) pour simplifier à l’extrême les usages numériques comme aucun autre constructeur ne l’avait fait.

Apple a atteint une puissance telle qu’il se sent aujourd’hui en mesure d’imposer sa vision d’Internet et de la technologie. Une attitude qui fait craindre une main mise sur le Web. Certains n’hésitent pas y voir une tendance manifeste à l’arrogance, dont d’autres sociétés comme IBM, Microsoft, Intel ou Sony ont été victimes au temps de leur splendeur. Les critiques répétées de Steve Jobs envers Adobe et sa technologie Flash, utilisée dans l’animation graphique sur le Web mais écartée de l’iPad, en sont l’illustration. La firme à la pomme est surtout critiquée pour sa politique envers les développeurs d’applications à qui elle impose ses conditions pour faire partie de son écosystème.

Mais le succès éternel n’existe pas. Les exemples de Motorola, naguère numéro un dans les téléphones mobiles et aujourd’hui seulement huitième, ou de Sony, longtemps leader mondial dans les baladeurs et la télévision et aujourd’hui numéro trois, le montrent. L’arrogance rend aveugle et finit par tuer l’esprit d’innovation. Apple n’est pas à l’abri de ce risque.


mai 03

La recherche européenne se cherche encore!

Edito | Mots clés:

Les programmes européens de recherche collaborative existent depuis longtemps. On en est aujourd’hui au 7ème programme cadre de recherche et développement (PCRD) géré par la Commission européenne. Ceci n’empêche pas l’Europe des 27 de rester à la traîne en matière d’innovation par rapport aux Etats-Unis ou le Japon. Le dernier baromètre européen de l’innovation Scoreboard fait même état d’un creusement du retard en 2009.

Trop complexe, trop lourd et pas assez efficace. Le programme européen de la recherche est loin d’être parfait. C’est une jungle dans laquelle les entreprises et tout particulièrement les PME-PMI ont du mal à se retrouver. Et les résultats sont loin d’être à la hauteur des ambition de Europe 2020.

La Commission européenne semble prendre la mesure du problème, puisqu’elle vient d’annoncer un plan visant à simplifier l’accès aux projets et aux financements européens. L’idée sous-jacente est d’alléger les démarches administratives, de réduire la paperasse et de débloquer les fonds, non plus sur la preuve de dépenses, mais des résultats.

Le plan concocté par Maire Geoghegan-Quinn, commissaire en charge de la recherche, de l’innovation et des sciences, comprend trois volets : amélioration du système actuel des appels à propositions, simplification des procédures de contrôle et introduction progressive du principe du paiement au résultat.

Le programme de recherche européen actuel, le PC7, affiche à mi-parcours un beau succès : plus de 33 000 propositions soumises et près de 7000 projets financés. Mais au delà des chiffres, il faut regarder la réalité : la recherche européenne manque cruellement de visibilité. Qui peut énumérer deux ou trois innovations majeures issues de la recherche européenne ? Peu de monde. Et ça, c’est un gros problème.


avr 02

iPad, innovant ou pas ?

Edito | Mots clés:

display_20100127L’innovation, ce n’est pas que de la technologie ! N’en déplaise aux techno-addict, les produits qui révolutionnent leur marché ne sont pas toujours ceux qui embarquent le plus de nouveautés techniques. Prenons l’iPad d’Apple. Peut-on dire qu’il est innovant alors qu’il n’utilise que des technos bien maîtrisées ? “Non, me répondront les puristes. C’est un artefact marketing. Un iPhone -ou plutôt un iTouch géant-, rien de plus.” Et ils n’auront pas vraiment tort… si l’on ne se concentre que sur le produit et ses composants. Mais regarder l’iPad seulement sous cet angle, c’est justement faire abstraction du cœur du sujet, de toute la partie innovante de l’iPad : l’ergonomie, l’écosystème, le business-modèle.

 

1. L’ergonomie : la science de l’usage. Elle est devenue la marque de fabrique d’Apple depuis ses débuts. La firme à la pomme ne possède aucun brevet sérieux sur des technologies pures et dures. La plupart de sa propriété industrielle est consacrée aux interfaces. But du jeu : que les technos soient vraiment utiles à l’utilisateur final. Pas seulement “good to have” mais “good to use”. Concrètement, elles ne sont utilisées que lorsqu’elles peuvent devenir totalement indolores. L’iPad profite à plein de cette science de l’usage mise au point la première fois pour l’iPhone. l’interface y est extrêmement intuitive, l’écran tactile demeure le plus performant du marché et l’accès aux fonctionnalités se fait de manière très facile. Question en forme de bémol : les applications proposées réussiront-elles à jouer à fond cette carte de l’ergonomie ?

 

2. L’écosystème : seul, l’iPad n’est rien. Imaginer un produit seul sans prendre en compte son environnement, c’est justement ce qu’Apple ne veut plus faire. Dès le départ, la firme à la pomme a pensé son produit dans un écosystème… et a suscité le développement d’un écosystème autour de son produit. Pas question de se lancer seul dans ce chantier dantesque. Elle s’appuie sur son réseau de fans -sérieusement étendus par le succès de l’iPhone- pour développer des applications spécifiques pour iPad. Penser que faire un copier-coller de celles développées pour l’iPhone suffira est une erreur. L’iPad lance un challenge à l’imagination comme le dit David Barroux des Echos. Les développeurs devront reconcevoir totalement les applis qu’ils proposent. 10 000 seraient d’ailleurs disponibles dès son lancement. Et une foule de créateurs de contenus -des journaux, des éditeurs de livres ou de jeux vidéo, des nouveaux entrants- se disent prêts à s’embarquer sur l’iPad. Ils n’y vont pas pour profiter du buzz marketing mais pour tirer profit du marché que créera cette tablette. Du moins l’espère-t-il en écoutant les prophéties de Morgan Stanley qui promet 6 millions d’iPad vendus dès cette année.

 

3. Le business-modèle : les petites applis font de gros revenus. Comment Apple gagne-t-il de l’argent et réussit-il à en faire gagner aux autres ? En revisitant complètement le business-modèle des marchés où ils tentent de pénétrer. Ce n’est plus seulement le produit -le hardware- qui crée la marge mais le service qui lui est associé. Avec l’iPod, Apple a ainsi expliqué que l’on pouvait vendre de la musique sur Internet. Et il a développé pour cela la plate-forme iTunes qui rend totalement indolore le fait d’acheter les morceaux qui nous plaisent. Avec l’iPhone, il a recyclé cette tactique en inventant les applis. Vendus quelques euros à des centaines de milliers voire des millions d’exemplaires, elles permettent de générer beaucoup de revenus. Le marché est estimé à 6,2 milliards de dollars cette année. Apple réussira-t-il à rééditer son exploit avec l’iPad ? On peut le penser notamment pour le monde de la presse. Pour la première fois, les éditeurs de journaux ont peut-être les moyens de remettre en cause le mythe de l’information gratuite… en vendant beaucoup d’applications à petit prix.


mar 15

L’innovation libère la femme

Analyse | Mots clés:

homme-femmeVous n’avez pas encore entendu parler de la ”Wominnovation” ?

Vous feriez bien de vous intéresser sérieusement à ce mouvement qui est en train de modifier, doucement mais sûrement, le visage de pays émergents en Asie (Inde notamment) ou en Afrique.

De quoi parle-t-on ? Pour résumer, la ”Wominnovation” (Wom pour Women) rassemble sous sa dénomination toutes les technologies qui ont permis aux femmes de s’émanciper des hommes et  de faire progresser le rôle qu’elles jouaient dans leur société.

Une étude récente du Centre de recherche international sur la femme (ICRW) analyse ainsi huit innovations ayant amélioré le bien-être, la santé, la nutrition, les revenus, la durée de vie ou la liberté du sexe faible. Des produits comme la pilule contraceptive ont contribué à libérer la gente féminine de la tutelle masculine mais pas seulement. D’autres produits moins évidents (moins sexués pourrait-on dire) ont réussi à faire beaucoup plus très récemment. Le téléphone portable, le scooter ou les micro-emprunts ont contribué à faire de la femme ”un homme d’affaire comme les autres”, souligne l’étude.

Ce travail de recherche –le premier du genre- n’est pas seulement instructif pour les pays en voie de développement. Il se révèle aussi pertinent pour nos pays développés. Il permet notamment de prendre conscience que, pour la plupart des produits dits unisexes, les besoins féminins sont rarement pris en compte. Les femmes sont d’ailleurs rarement présentes lors des phases de conception des innovations.

C’est une carence, juge évidemment l’étude qui plaide pour une présence accrue de la gente féminine dans la R&D. Que l’on ne se méprenne pas. Il ne s’agit pas de transformer les bureaux d’études en section féministe ! Juste d’accorder un peu plus de places à des clients trop longtemps ignorés : les femmes.

En résumé le message est limpide :  si l’innovation libère la femme, la femme contribue aussi à libérer l’innovation !


mar 04

Etats-généraux : tout ça pour ça ?

Edito | Mots clés:

photo_video_prLe soldat Sarkozy avait promis de sauver à l’industrie. Tout le secteur attendait impatiemment son discours de clôture des Etats-généraux de l’Industrie (qui ont mobilisé comme jamais la France des usines !). 5 000 participants,  200 ateliers régionaux et 11 groupes de travail nationaux… toute cette dynamique inédite risque bien d’accoucher d’une souris. Celui qui se définit comme le président des usines a déjà débloqué plus de 7,5 milliards d’euros pour mettre sous perfusion les sites de production français et il n’ira, pour l’instant pas beaucoup plus loin.

Malgré toute la conviction que le président a montrée, la déception est à la hauteur des attentes suscitées. En guise de politique industrielle, Nicolas Sarkozy a présenté une salve de « mesurettes » corrigeant des anomalies juridiques et a multiplié les déclarations de bonnes intentions et parfois d’amour en direction de l’industrie. Prenons l’innovation. Chacun s’était pris à rêver à une politique volontariste dans ce domaine et à l’avènement d’un crédit d’impôt spécifique. Il n’en sera rien. Seul le crédit d’impôt recherche (qui marche fort) verra son remboursement anticipé pérennisé pour les PME.

In fine, au soir des Etats-généraux, la moisson semble bien maigre au regard des nombreuses doléances exprimées. Le discours de Marignane ne restera pas comme celui où la France industrielle s’est relevée. Espérons qu’il ne crée pas trop de frustration.


jan 31

Qui a peur de la technologie ?

Edito | Mots clés:

Ce n’est pas encore un procès en sorcellerie mais quelque part cela y ressemble. On retrouve dans le débat national organisé pour démystifier les nanotechnologies autant d’irrationnel dans les accusations portées contre l’infiniment petit que dans celles lancées au Moyen-âge contre des femmes qualifiées hâtivement de sorcières. Aujourd’hui les nanos sont cloués au pilori, hier c’était les OGM, et demain c’est la technologie tout entière qui pourrait être suspectée de porter ”le mal”.

Ce retournement est inquiétant. Après avoir bénéficié pendant près d’un siècle d’une aura unique, la technologie et la science se retrouvent au banc des accusés. On fait d’elles les symboles d’une société folle où la machine aurait pris le pas sur l’homme. Ces jugements, teintés de peur, sont biaisés. Ils érigent la technologie en idéologie. C’est lui faire beaucoup d’honneur !

Les technologies sont avant tout des objets et ne portent pas en elles de projets de société. Elles n’imposent pas de mode de gouvernement. Mais, selon leur application, leur usage et la place qu’on veut bien leur donner, elles impactent le ”vivre ensemble”. Avec plus ou moins de bonheur. Si la mise en place des e-mails a facilité la communication, elle l’a aussi dépersonnalisé. Le développement du téléphone portable constitue un fil à la patte mais contribue à sauver des vies par sa capacité à être utilisé n’importe où (ou presque…).

Est-ce que cela veut dire que nous devons refuser toute innovation sous prétexte qu’elle bouscule nos schémas de pensée, nos modes de vie ? Est-ce que nous devons passer sous silence tous les bénéfices attendus des avancées scientifiques ? Non, bien au contraire. Nous devons nous servir de la technologie comme d’un aiguillon pour questionner les valeurs qui font le socle de notre société. Abusons d’elle en mettant la technologie au coeur de nos débats. Mais ne l’accusons pas des maux que nous nous forgeons.


jan 25

Nanotechnologies : débat ou combat ?

Analyse | Mots clés:

ActuHP_debnanotech2_151009Débattre ce n’est pas combattre. Débattre, c’est partager son point de vue, comprendre celui de son interlocuteur, entendre les nuances, apprivoiser la complexité d’un sujet sans a priori. Sans se donner un ordre du jour à respecter ou un objectif à atteindre. Mais, force est de constater que ces principes de dialogue ont tout simplement été battus en brèche lors du grand débat national organisé autour des nanotechnologies. Par trois fois au moins, la consultation a tourné court à Grenoble, Rennes ou Lyon. Sans chercher à imputer à une partie ou l’autre la responsabilité de ces pugilats, trois leçons sont à retenir de cet échec.

1. La culture du consensus n’existe toujours pas en France. S’il y a débat, il doit y avoir forcément un vainqueur. C’est-à-dire un parti qui impose ses vues de manière unilatérale à l’autre. Les scientifiques, drapés dans leur connaissance, sourient souvent face aux arguments de citoyens forcément amateurs en matière d’infiniment petit mais légitimement inquiets. Quant aux associations, comme les amis de la Terre ou le collectif Pièces et mains d’œuvre, elles surfent sur les peurs et en profitent pour exiger un moratoire sur ces technologies, jugées dangereuses a priori.

 2. Un débat ne saurait être téléguidé… comme ce fut le cas pour ce débat autour des nanotechnologies. Les consultations organisées en région ont été systématiquement encadrées par un ordre du jour précis, mettant généralement en valeur le savoir-faire nanotechnologique de la région hôte. En apparence, tout le monde avait voix au chapitre, mais, dans les faits la parole a été très canalisée… en laissant de côté les appréhensions des concitoyens face aux promesses de l’infiniment petit.

3. L’aversion au risque, enfin, ne cesse de croître dans notre pays. Pour la première fois en France, le débat sur les nanos nous donnait l’occasion d’appliquer vraiment le principe de précaution en décidant sereinement et collectivement des risques que nous acceptions de prendre au regard des opportunités que recelait la technologie. Mal compris et mal appliqué, le principe a, au contraire, laissé penser à un nombre croissant de personnes qu’en cas de doute sur une technologie il valait mieux s’abstenir et cesser là toute recherche. Ce malentendu pourrait s’avérer extrêmement coûteux à terme pour la capacité d’innovation de notre pays.


nov 16

CO2 = innovation

Edito | Mots clés:

GES_1Sans juger de la réalité du réchauffement climatique -et apporter de l’eau au moulin de la polémique-, la montée en puissance du dioxyde de carbone comme nouvel Alpha et Omega de notre société est incontestable. Le bonus-malus automobile, les taxes carbones, l’empreinte écologique de nos activités… tout est jaugé en fonction du nombre de gramme de CO2 que nous rejetons.

Si l’on peut contester ce choix et se dire qu’il est trop réducteur (il passe notamment sous silence tout un ensemble d’émissions polluantes nocives pour la santé), le CO2 est en passe de s’imposer comme le nouveau mètre étalon. Il change déjà complètement les habitudes des bureaux d’études en leur permettant de concrétiser le principe d’éco-conception après laquelle courent les équipes R&D depuis des années.

Alors, même si nous ne croyons pas au rôle de l’homme dans le réchauffement climatique, ne gâchons pas l’élan de créativité qu’impulse le dioxyde de carbone. C’est une occasion unique pour les entreprises de revoir de fond en comble leur méthode de travail, des bureaux aux usines. Oui, le CO2 doit devenir le nouvel aiguillon des ingénieurs. Il leur permettra de changer leur regard qu’il porte sur les produits. Il les poussera à les industrialiser autrement. En un mot, à innover !