Le brevet à nouveau en question : Le Rédacteur en chef d\'Industrie & Technologies Ridha Loukil prend la parole vous présente son regard sur la technologie d\'hier, d\'aujourd\'hui et de demain.

Postes comportant le mot clé ‘brevet’

jui 18

Le brevet à nouveau en question

Edito | Mots clés:

Le brevet protège t-il efficacement l’invention ? La guerre des capsules de café, qui oppose depuis des semaines Nestlé à Sara Lee et Casino relance le débat. Jusqu’ici commerciale, elle s’étend maintenant à la propriété intellectuelle puisque Nestlé vient d’attaquer en justice Sara Lee et Casino pour contrefaçon de ses brevets.

Nestlé est le propriétaire de la marque Nespresso, l’une des réussites industrielles les plus remarquables de ces dernières années. Le modèle est particulièrement efficace. Il associe une machine à café domestique à une capsule de café propriétaire. Comme pour les cartouches d’imprimantes, ces capsules, vendues seulement par Nespresso dans des magasins spécialisés, font, depuis 1986, année d’introduction de l’invention sur le marché, la fortune du géant suisse de l’agroalimentaire. En france, la marque revendique 8 millions de clients captifs pour lesquels elle prévoit de vendre 6 milliards de capsules en 2010.

Par une politique habile de propriété intellectuelle, Nestlé a réussi pendant près de 15 ans à se protéger de la concurrence et à verrouiller efficacement son marché. Mais depuis peu, un autre industriel de l’agroalimentaire, l’américain Sara Lee, a décidé de le titiller en proposant dans la grande distribution des capsules compatibles 25% moins chères. ECC, une petite société française, fondée par un ancien dirigeant de Nestlé, en fait de même via Casino. Ces nouveaux intrus ont-ils trouvé la faille dans le système de protection de Nestlé ? C’est possible. Il appartient à la Justice d’en décider. Une chose est sûre : la situation ne reviendra jamais comme avant.

Nespresso est pourtant présenté comme un cas exemplaire en matière de propriété intellectuelle. Nestlé a protégé son invention dans les moindres détails. Il a opté pour une stratégie de grappe de brevets protégeant chacun un détail particulier. Chaque détail, pris isolément, est facile à contourner. Mais pas l’ensemble. Cette stratégie, courante dans l’industrie, a pour effet de multiplier les barrières d’entrée aux concurrents. Elle explique le nombre élevé de brevets revendiqués par Nespresso : près de 1700. Nestlé a eu aussi l’habilité de faire évoluer en permanence son invention et de breveter à chaque fois les modifications apportées. Une façon de prolonger la durée de vie des brevets au delà des 20 ans garantis par les brevets initiaux.

Cette stratégie est coûteuse parce qu’il faut entretenir un portefeuille important de brevets. Mais elle s’est révélée particulièrement rentable. Pendant près de 15 ans, Nestlé, seul sur son marché, a bénéficié d’une paix royale. Le bénéficie l’emporte largement sur les coûts. Que serait-il passé sans cette protection ? Les concurrents se seraient engouffrés dans la brèche dès que la Nespresso a commencé à montrer des signes de succès. Bien sûr, le brevet ne garantit pas une protection indéfinie et à 100%. Mais il offre au moins un répit. Le temps d’amortir l’investissement en R&D et de créer une autre invention.


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Eco-innovation ou greenwashing ?

Analyse | Mots clés:

greenwashing

Ils sont beaux et ils sont verts nos brevets ! C’est en somme l’incantation qu’a voulu lancer l’Institut national de la propriété industrielle (INPI) la semaine dernière en affirmant que 37 % des brevets déposés en France en 2009 étaient des “éco-innovations”. 

Hourra ! Bravo ! Cocorico ! En somme, tel Monsieur Jourdain qui fit de la prose sans le savoir, nos industriels auraient innové écologique depuis des années sans y prêter attention.

 Le détournement est bien mené mais, en se plongeant dans le détail de l’étude de l’INPI, il tombe rapidement. On se rend alors compte rapidement que la réalité n’est pas aussi verte que l’Institut aime à le dire.

 Le caractère écologique des brevets est ainsi bien vite acquis. On trouve ainsi dans les “éco-innovations” sélectionnées, en majorité, des brevets liés à l’automobile et à l’aéronautique… Ce ne sont pas les moyens de transport les plus respectueux de la planète.

En creusant, on découvre que ce sceau écolo est apposé sans modération sur la seule foi d’une réduction potentielle des émissions de CO2. Résultat : un tiers des ‘’brevets verts’’ dans l’énergie porte sur le nucléaire et, les transports, 80 % concernent la maîtrise de la consommation des automobiles.

Exit les critères liés à la pollution, aux déchets, aux ressources naturelles… qui seraient pourtant des critères légitimes pour affirmer qu’une technologie est “environnementalement correcte”.

Au final, en relisant cette étude, le lecteur a vraiment le sentiment d’assister à un “greenwashing” en règle. Dommage. Une mesure juste de la part de l’INPI aurait permis de prendre conscience du chemin qu’il reste à parcourir pour rendre plus vertes nos innovations.