Innover pour chasser les nuages : La Rédactrice en chef d\'Industrie & Technologies Muriel de Véricourt vous présente son regard sur la technologie d\'hier, d\'aujourd\'hui et de demain.

Postes comportant le mot clé ‘bataille techno’

avr 10

Innover pour chasser les nuages

Analyse Edito | Mots clés:

Soleil noir pour le photovoltaïque allemand. Considérée comme une entreprise d’avenir dans un passé pas si lointain, Q-cells, numéro un du marché solaire outre-Rhin, un temps premier fabricant de panneaux dans le monde, a déposé le bilan la semaine dernière. Le nom de l’entreprise vient ainsi allonger la liste noire sur laquelle figurent depuis quelques mois plusieurs de ses concurrents, également en dépôt de bilan ou menacés de disparition. Paradoxe : ces difficultés touchent une industrie qui est en train de devenir compétitive.

Au-delà du seul secteur d’activités qui est le théâtre de cette débâcle, l’évènement est l’occasion de se remémorer quelques principes de bon sens. Première loi d’airain : ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Miser sur des gisements industriels connexes – dans le cas du photovoltaïque, la transmission et la transformation de l’électricité, par exemple – est une stratégie gagnante. Le développement de technologies dédiées à l’énergie éolienne permet d’ailleurs à un autre acteur allemand du photovoltaïque, Juwi, d’être relativement préservé du marasme ambiant. Deuxième rappel : ne pas s’adosser excessivement aux aides publiques. La réduction progressive des subventions accordées, en Allemagne, aux producteurs d’énergie solaire est en effet largement responsable des difficultés actuelles des industriels, qui ont tardé à plancher sur la réduction de leurs coûts.

Dernier impératif : se rendre inimitable. Produits technologiques peu sophistiqués, les cellules photovoltaïques sont faciles à copier et subissent donc de plein fouet la concurrence des pays à bas coût. Pour faire la différence dans un marché qui se contracte, une seule solution : miser sur l’innovation rentable. Ces trois règles d’or peuvent apparaître comme de simples évidences…L’exemple de Q-cells prouve qu’il ne fait pas bon les oublier.


nov 07

L’avenir des écrans plasma en question

Edito | Mots clés:
C’est une triste nouvelle pour tous les amateurs de vidéo.

Les écrans plasma, qui se sont fait marginaliser par les écrans LCD dans la télévision, viennent de subir un coup dur qui risque de leur être fatal. Après avoir défendu contre vent et marée cette technologie, Panasonic fait aujourd’hui marche arrière. Le géant japonais de l’électronique a décidé de fermer l’usine d’écrans plasma, qu’il a ouverte en 2007 au prix d’un investissement de 2 milliards de dollars. La production d’écrans plasma et de télévision sera consolidée dans une seule usine au lieu de trois jusqu’ici. Et plus aucun nouvel investissement ne sera consenti dans cette activité.

Les écrans plasma étaient pourtant parés de tous les atouts pour s’imposer sur le marché : une qualité d’image irréprochable, proche de celle du bon vieux tube cathodique ; une génération efficace de la luminosité puisqu’ils produisent leur propre lumière sans système de rétro-éclairage ; et des coûts de production plus bas que ceux des écrans LCD dans les grandes tailles. Tous les fabricants de téléviseurs y croyaient, ce qui n’était pas le cas pour les écrans LCD, une option que seul Sharp défendait jusqu’au début des années 2000.

Mais le marché en a décidé autrement. Selon le cabinet d’étude Displaysearch, il s’est vendu seulement 4,2 millions de téléviseurs plasma au deuxième trimestre 2011, contre 44,5 millions de téléviseurs LCD. Le rapport entre les deux technologies est de 1 à 10 en faveur des écrans LCD.

Alors pourquoi une telle débâcle des écrans plasma ? La première raison réside dans le manque de maturité de cette technologie qui n’existe que depuis 1995, alors que le développement commercial des écrans LCD remonte aux années 1970. Les écrans plasma ont énormément progressé en multipliant par dix leur rendement lumineux en 10 ans. Mais ils conservent encore un grand gisement de progrès, tandis que les écrans LCD semblent aujourd’hui avoir épuisé leur marge de progression.

La deuxième raison tient dans l’infrastructure industrielle. Les écrans LCD bénéficient d’un grand nombre de fabricants – une dizaine dans le monde-, avec des usines immenses, conçues pour réduire au maximum les coûts de production. Les écrans plasma ne disposent, eux, que de trois producteurs : Panasonic, au Japon, LG et Samsung, en Corée du Sud. Mais comme les deux fabricants coréens ont arrêté en 2009 d’investir dans cette technologie, seul Panasonic en était le véritable moteur. Enfin des aléas inexplicables du marché ont fait le reste.

Les écrans plasma ne sont d’ailleurs ni la première ni la dernière technologie à perdre la bataille face à une technologie concurrente considérée objectivement comme moins bonne. On se souvient de la bataille de la cassette vidéo entre le format VHS de JVC et Betamax de Sony. C’est le format VHS qui l’avait emporté alors que le Betamax était considéré comme meilleur du point de vue technique.

Les écrans plasma ont le potentiel de s’améliorer sensiblement en termes de rendement lumineux et de consommation, et reprendre dans les années à venir une place plus importante sur le marché. Le problème c’est que ces progrès ne peuvent venir sans investissement, ce que Panasonic, LG et Samsung refusent de faire. Un cercle vicieux qui risque de les marginaliser encore plus sur le marché. Et c’est bien dommage !