Quel avenir pour l’industrie en France ? : La Rédactrice en chef d\'Industrie & Technologies Muriel de Véricourt vous présente son regard sur la technologie d\'hier, d\'aujourd\'hui et de demain.
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Quel avenir pour l’industrie en France ?

Edito | Mots clés:

Les chiffres sont vertigineux. L’industrie a perdu 550 000 emplois en France au cours des 10 dernières années. De quoi inquiéter au plus haut point les Politiques mais aussi les ingénieurs. L’accélération de cette évolution ces dernières années amène à s’interroger sur l’avenir de l’industrie dans l’Hexagone. Ce mouvement va-t-il se poursuivre inexorablement jusqu’à transformer la France en désert industriel ? Ou va-t-il s’inverser une fois la crise économique passée ?

La Société des Ingénieurs Arts & Métiers, qui regroupe les anciens élèves de l’Ensam, s’est penchée sur la question. Pour son Président Roland Vardanega, pas question de baisser les bras et de se résoudre au déclin industriel de la France. « Au contraire, il faut tenter par tous les moyens de redynamiser le secteur industriel ».

Mais quoi faire concrètement ? Selon les résultats des réflexions de la Société des Ingénieurs des Arts & Métiers, la stratégie de conquête passe par trois actions mobilisant l’ensemble des forces vives du pays. D’abord il faudrait moderniser l’image de l’industrie et du ”Made in France ” afin d’attirer les meilleurs talents. Car sans talents, pas de moyens d’innovation, et sans innovation, pas d’avenir.

Ensuite il faudrait revoir les formations d’ingénieurs pour les adapter aux besoins de demain. L’Education nationale doit anticiper l’évolution des métiers dans le secteur industriel. Il faut accepter la disparition de certains secteurs et miser sur le développement d’autres.

Enfin il faudrait renforcer les liens entre l’industrie et le système politique et social. Ce modèle a prouvé son efficacité dans le développement industriel, d’abord du Japon, puis de la Corée du Sud et aujourd’hui de la Chine.

Rien ne garantit que ces actions sont de nature à relancer l’industrie en France. Mais elles ont le mérite d’exister. Vu les enjeux économiques, elles valent le coup d’être essayées.



jan 25

La recherche européenne en quête de simplicité

Edito | Mots clés:

Une bonne nouvelle pour tous ceux qui souhaitent participer aux programmes européens de recherche. La Commission européenne vient de décider trois mesures de nature à simplifier les démarches d’accès et de financement. Ces mesures s’appliquent immédiatement au 7e PCRD (Programme cadre de recherche et développement) qui s’étale sur la période 2007-2013.

Il était temps. Depuis longtemps, le dispositif européen de recherche essuie les feux de critiques de toutes parts. Les candidats comme les participants se plaignent de la complexité, de la lourdeur et de l’incohérence du système d’accès et de financement. Trop de paperasse, trop de contraintes administratives. Les PME-PMI, en particulier, ont du mal à y voir clair. Au point qu’elles hésitent souvent à se lancer dans une démarche qui s’apparente à un véritable parcours du combattant.

A ce stade, les mesures de simplification portent sur la comptabilité des frais du personnel de recherche, la prise en compte des salaires des dirigeants et la suppression des incohérences dans l’application des règles entre les différentes agences européennes. C’est un bon début, mais ce n’est pas assez. Il faut aller plus loin pour rendre le système réellement accessible aux PME-PMI.

La Commission européenne en est consciente. Elle réfléchit d’ailleurs à des mesures plus radicales de simplification. Mais il faudra attendre le prochain PCRD, qui sera présenté à la fin de l’année 2011, pour qu’elles soient appliquées. Donc patience !



jan 18

Quand l’informatique s’enrhume

Edito | Mots clés:

Steve Jobs tousse et c’est toute l’informatique qui s’enrhume. Son départ en congé maladie suscite à nouveau des inquiétudes sur l’avenir d’Apple. En témoigne la baisse du titre de la firme à pomme, jusqu’à –10%, dans  des bourses européennes.

Rarement un dirigeant aura autant  marqué son entreprise. Le destin d’Apple est intimement lié à cet homme de 55 ans. Quand il reprend les rênes de l’entreprise en 1997, elle est en pleine déconfiture. En moins de 10 ans, il en fait la grande star des technologies de l’information avec aujourd’hui la troisième valorisation boursière au monde, derrière Exxon Mobil et Petrochina, mais devant Microsoft et Google. 

Visionnaire, Steve Jobs est incontestablement un génie exceptionnel. Il a compris très tôt le rôle primordial de l’interface utilisateur et du logiciel dans l’innovation. Il a su aussi saisir l’opportunité de la numérisation de l’électronique grand public pour créer des produits à grand succès : la baladeur iPod, le smartphone iPhone et la tablette iPad. Et pour imposer ses produits sur le marché, il a inventé un modèle industriel hyper astucieux associant matériels et applications en ligne.

Alors qu’Apple se prépare à lancer l’iPad 2 (une version plus petite de l’iPad) et l’iPhone 5, on peut s’interroger sur l’avenir de l’entreprise sur le long terme. Ce succès insolent va-t-il perdurer ? Cet incroyable esprit d’innovation va-t-il se perpétuer ? Après l’iPod, l’iPhone et l’iPad, quelle vont-être les prochaines surprises technologiques ? Difficile de répondre. Mais une chose est sûre : Apple sans Steve Jobs ne sera plus la même entreprise. On l’a vu déjà avec Sony. La perte en 1999 de son charismatique PDG-fondateur, Akio Morita, a été le point de départ du déclin d’une entreprise mythique qui a marqué l’électronique grand public.



jan 10

L’espionnage industriel, entre mythe et réalité

Edito | Mots clés:

C’est un sujet presque tabou. Rares sont les entreprises qui osent en parler. Et pourtant, l’espionnage industriel revient de façon récurrente sur la scène publique. Après Valeo en 2007 et l’histoire de la stagiaire chinoise, c’est au tour de Renault de défrayer la chronique. Alors ce problème est-il un mythe ou une réalité ? Sommes-nous victimes de manipulations par les industriels qui en parlent ? Il est difficile d’y voir clair.

Une chose est sûre : l’espionnage industriel n’est pas nouveau. Mais avec la mondialisation de l’économie, la fin de la guerre froide et la montée des pays émergents, la menace s’est globalisée et est devenue multiforme. Des futurs dragons industriels en Chine, en Corée du Sud, au Brésil ou en Russie sont en quête de secrets de tout genre qui les aideraient à se développer plus vite et moins cher. Dans des domaines aussi sensibles que la défense, l’aéronautique, l’automobile, le pétrole, la pharmacie ou la microélectronique, les grands groupes sont conscients de la menace. Tout en voulant se protéger vis-à-vis de l’extérieur, beaucoup pratiquent l’intelligence économique, une façon plus élégante de désigner l’activité d’espionnage. Et pour cela, tous les moyens sont bons : débauchage de collaborateurs clés, faux entretiens d’embauche, intrusion dans le système d’information, récupération du papier des poubelles, interception des communications des dirigeants, vol d’ordinateurs portables, etc.

A l’heure de la profusion des canaux de communication, à l’heure d’Internet et des réseaux sociaux, à l’heure de la globalisation des échanges, on peut aujourd’hui s’interroger sur l’efficacité des solutions de protection mises en œuvre aujourd’hui, qu’elles soient techniques, organisationnelles ou juridiques. Car souvent, on se rend compte que l’homme reste le maillon faible. On le voit avec Renault et Valeo. On le voit aussi avec les fuites de WikiLeaks. Même les informations les mieux gardées du monde ont du mal à résister à la volonté humaine de les subtiliser et de les transmettre à qui veut les exploiter.

Une question plus fondamentale se pose : la culture du secret, poussée jusqu’à la paranoïa à un certain moment chez Michelin ou Sagem, a-t-elle aujourd’hui un sens ? Pas vraiment. L’information scientifique et technologique finit toujours par se savoir. D’ailleurs, il est admis que tout le monde est aujourd’hui à un niveau comparable dans ce domaine. Cacher une innovation est un vieux réflexe compréhensible. Mais dans le monde d’aujourd’hui, il frise l’absurde. Mieux vaut la partager et la diffuser. Ceci profiterait à tout le monde. Et si l’innovation est stratégique au point de mériter une protection, il existe une parade : le brevet. Ceci ne l’empêche pas de devenir publique. Mais au moins, elle donnerait à son détenteur un répit avant qu’un autre ne fasse mieux.



jan 04

Quelles innovations à attendre en 2011 ?

Edito | Mots clés:

L’iPad et la télévision 3D ont été incontestablement les deux innovations phares de 2010. Quelles seront celles de 2011 ? Les pronostics sont ouverts. Cloud Computing, Smart Grid, réalité augmentée, capteurs autonomes en énergie, biomatériaux, éco-conception… On connaît les grandes tendances technologiques. Elles vont se poursuivre au delà de 2011.

La voiture électrique pourrait constituer le grand événement de 2011, avec des lancements prévus en France par Renault et Bolloré. Des percées technologiques sont attendues notamment dans les batteries au lithium en termes d’autonomie, de coût et de sécurité. Mais l’innovation pourrait résider aussi dans l’invention de modèles économiques qui rendraient l’usage du véhicule électrique pas plus cher que celui du véhicule thermique.

Dans l’imagerie 3D, la vision en relief est assurée aujourd’hui en général par des lunettes. 2011 pourrait voir le développement des technologies sans lunettes. Toshiba commercialise déjà au Japon deux petits téléviseurs LCD (12 et 20 pouces) offrant cette fonction. Ces produits pourraient débarquer en Europe pour des tailles plus grandes. Une chose est sûre : l’avenir de la télévision 3D est dans les technologies sans lunettes. La 3D par hologramme pourrait sortir du labo et rendre les réunions virtuelles plus réalistes.

Autre domaine : les écrans plats. Depuis longtemps, on parle de technologies alternatives à celles des LCD et plasma utilisées aujourd’hui dans les écrans de télévision. Les écrans Oled, dont un seul spécimen (un 15 pouces de LG) est aujourd’hui commercialisé, vont-ils enfin percer et s’étendre aux grandes tailles? De même les écrans souples que l’on peut plier ou enrouler arriveront-ils? L’année 2011 sera décisive.



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L’industrie, un métier à valoriser

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La France risque t’elle d’être dépassée technologiquement ? Non par manque d’investissements, mais par la baisse du nombre de ses talents. Alors que la destruction de l’emploi bat son plein dans l’industrie, amplifiée par la crise économique, la question peut paraitre saugrenue. Mais les syndicats professionnels des filières mécanique et électrique s’en préoccupent au plus haut point. Et pour cause : le nombre d’élèves inscrits dans les filières professionnelles techniques diminue d’année en année. Une évolution dangereuse qui fait planer le spectre d’une pénurie de main d’œuvre qualifiée pour l’industrie.

De fait, l’industrie et ses métiers techniques n’attirent plus les jeunes. Le contexte économique, avec les fermetures d’usines et les délocalisations de la production, explique cette perte d’attractivité. Les conséquences à long terme pourraient être catastrophiques. Sans talents, pas d’innovation. Et sans innovation, pas d’avenir pour l’industrie en France.

Le problème est à la fois national et industriel. Le pays tout en entier doit se mobiliser pour redonner confiance dans son industrie. A travers, non seulement une politique adaptée d’éducation, mais aussi des grands projets, porteurs de défis technologiques, comme l’ont été en leur temps l’Airbus, le TGV, la fusée Ariane ou les centrales nucléaires. L’industrie doit aussi tout mettre en œuvre pour séduire les jeunes.

Certains syndicats professionnels comme ceux des filières mécanique et électrique l’ont bien compris. Leur initiative ‘’Classe en entreprise’’ mérite d’être saluée. Le concept consiste à immerger une classe en entreprise industrielle pour lui en faire découvrir les rouages et les personnels. L’objectif étant de valoriser les métiers techniques qui la font tourner.

Expérimenté depuis mars 2009, ce dispositif est en cours de déploiement national. Espérons qu’il portera ses fruits.



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Les tribulations du brevet européen

Edito | Mots clés:

L’Union européenne a une monnaie, une banque centrale, une cour de justice et bien d’autres instruments dignes d’un Etat fédéral. Mais pas encore de brevet qu’on déposerait une seule fois et qui serait valable dans les 27 Etats membres.

Une initiative, signée par dix Etats membres, dont la France, relance le projet de brevet communautaire devenu brevet de l’Union européenne. Ses principes ont fait l’objet d’un accord politique unanime lors du Conseil européen du 4 décembre 2009. Reste à définir le régime linguistique à appliquer. Les dix pays signataires donnent leur accord à la proposition de la Commission européenne de retenir le régime linguistique actuel de l’Office européen des brevets fondé sur l’utilisation de l’une des ses trois langues officielles : l’anglais, le français et l’allemand. Finies les traductions nécessaires pour valider le brevet dans chaque Etat membre.

Aux Etats-Unis, quand on dépose un brevet en Californie, au Texas ou en Louisiane, il est valable dans les 50 Etats américains. Rien de tel en Europe où il faut demander la validation du brevet pays par pays avec pour chacun une traduction dans sa langue. L’Office européen des brevets, basé à Munich, ne joue qu’un rôle de centralisation et de simplification. Ceci explique la différence de coût du brevet dans un rapport de 1 à 10 entre les Etats-Unis et l’Union européenne.

Les industriels réclament depuis longtemps pour l’Europe l’équivalent du brevet américain. Mais des grands pays comme l’Italie, l’Espagne ou la Pologne, sont-il prêts à se soumettre à des langues qui ne sont pas les leurs. Le problème linguistique, qui constitue la principale pierre d’achoppement, reste entier. Sans compter que les traductions multiples constituent un véritable “business” pour les traducteurs et les conseils en propriété intellectuelle.

Le brevet européen a certainement des impacts négatifs pour les tous les métiers qui gravitent autour des multiples brevets nationaux. Il pose aussi des problèmes d’incertitudes juridiques liés aux traductions linguistiques. Mais garder le système en l’état actuel n’est guère mieux. Le brevet est l’instrument de valorisation de l’innovation par excellence. En simplifier l’accès serait bénéfique pour l’industrie et toute l’économie.



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Le métier d’ingénieur : loin de la parité

Edito | Mots clés:

On sait que le métier d’ingénieur est profondément masculin. Mais les dernières tendances ne vont pas manquer de faire grincer davantage les dents des défenseurs de la parité. Selon l’étude Mutationelles, qui vient d’être réalisée par Global Contact pour le compte d’Orange, la féminisation de cette fonction essentielle à l’industrie régresse. Pour la première fois depuis plus de 20 ans, le nombre d’ingénieures diminue en France, passant de 118 740 en 2008 à 117 400 en 2009. Les femmes ne représentent plus que 16,7 % de la population d’ingénieurs diplômés en 2009, en baisse d’un point par rapport à 2007.

Poids des préjugés, méconnaissance des métiers d’ingénieur, manque de visibilité sur les opportunités d’emploi… Les raisons, qui expliquent cette évolution, sont multiples. Les femmes font ressortir, d’une façon plus marquée, une tendance générale de désaffection des plus jeunes pour les métiers scientifiques et techniques. Avec les délocalisations, les fermetures d’usines et la détérioration du marché de l’emploi des ingénieurs, l’industrie a perdu de son attrait. La financiarisation de l’économie, avec ses Gloden Boys, grassement rémunérés, y est aussi pour quelque chose.

Dans ce tableau noir, l’étude révèle toutefois une évolution positive : le clivage entre les filières dites ”masculines” et ”féminines” tend à s’estomper. Les effectifs des femmes ingénieurs diminuent dans leurs trois secteurs préférés d’emploi que sont l’agroalimentaire, la chimie et les sciences de la vie. En revanche, ils augmentent dans les secteurs plutôt masculins de la mécanique, du BTP, de l’électrotechnique ou de la production.

Reste à voir si cette régression de la parité est juste un accident de parcours lié à la crise économique. Une chose est sûre : l’industrie devra se mobiliser pour encourager les jeunes, et plus particulièrement les filles, qui représentent 40% des élèves en terminales scientifiques, à s’orienter vers le métier d’ingénieur. Car c’est son avenir qui est en jeu.