Jusqu’où ira Apple ? : Le Rédacteur en chef d\'Industrie & Technologies Ridha Loukil prend la parole vous présente son regard sur la technologie d\'hier, d\'aujourd\'hui et de demain.
avr 22

Jusqu’où ira Apple ?

Edito | Mots clés:

La nouvelle a fait l’effet d’une bombe. Elle a de quoi faire réfléchir tous les industriels. Apple serait devenu le numéro Un mondial des téléphones mobiles, un titre solidement détenu depuis 1998 par Nokia. Selon le cabinet Strategy Analytics, ses ventes d’iPhone ont atteint près de 12 milliards de dollars au premier trimestre 2011, contre 9,4 milliards de dollars pour les ventes du constructeur finlandais. En volume, Nokia reste en tête en vendant presque trois fois plus d’appareils que son concurrent américain. Mais en recettes, il lui cède sa couronne.

L’ascension fulgurante d’Apple a de quoi faire rêver. En seulement 4 ans, et avec un seul produit (l’iPhone), la firme de Steve Jobs a réussi à se hisser au sommet et à détrôner des fabricants historiques que l’on croyait indétrônables. Alors jusqu’où ira la firme à la pomme ? Quelle sera la prochaine étape de son succès ? C’est difficile de le prévoir. Mais une chose est sûre : Apple a encore un avenir brillant. Il maîtrise à merveille le marketing et sait associer la technologie, le design et l’ergonomie dans une combinaison attrayante pour le consommateur. Il est entré dans un cycle vertueux où la valeur de la marque lui donne l’avantage de mieux vendre ses produits que ses concurrents, même s’ils sont plus chers et moins performants.

Mais tout succès a une fin. Et quand on atteint le sommet, on ne peut ensuite qu’y rester un certain temps puis en descendre. Nokia est en train de vivre la phase descendante de ce cycle. A l’instar de ce qui est arrivé déjà à IBM dans l’informatique, Toshiba dans les mémoires Dram, Sony dans la télévision ou encore Sharp dans les écrans LCD. Tôt ou tard, l’étoile Apple finira par pâlir au profit d’autres étoiles. D’ailleurs, son baladeur iPod, qui a été son premier grand succès, commence à montrer des signes d’essoufflement, avec des ventes deux fois plus faibles en volume au premier trimestre 2011 qu’au premier trimestre 2010.

De l’iPod à l’iPad, en passant par l’iPhone, Apple aura marqué profondément ce début du 21e siècle. Il nous réserve certainement d’autres belles surprises de nature à bouleverser nos rapports avec la technologie et à banaliser encore davantage les usages numériques. Mais le compte à rebours du déclin ne va pas tarder à s’enclencher. C’est juste une question de temps.



avr 19

Les déboires de Philips dans la télévision

Edito | Mots clés:

C’est une triste nouvelle. Philips, une marque mythique de l’électronique grand public et dernier industriel européen encore présent sur le marché des téléviseurs, jette l’éponge. Le contrôle de son activité de télévision sera transféré à la société de Hong Kong TPV. Une société commune sera créée pour assurer les activités de conception, de production et de commercialisation. Elle sera détenue à 70% par TPV et à 30% par Philips. La célèbre marque néerlandaise sera utilisée par la nouvelle société pendant les 5 ans à venir.

Depuis des années, Philips se débat avec une activité de télévision lourdement déficitaire. Rien que pour le premier trimestre 2011, les pertes s’élèvent à 106 millions d’euros. Pourtant, le groupe néerlandais a tout tenté pour sortir du rouge : optimisations des approvisionnements, partenariat avec Sharp, arrêt de la production à Dreux et Bruges, et externalisation massive de la fabrication. En vain. Il a du se résoudre à sortir du marché.

La débâcle de Philips dans la télévision est symptomatique des bouleversements que connait l’électronique grand public depuis 10 ans. Le passage au numérique a banalisé les technologies de la télévision, privant les marques établies (Sony, Panasonic, Philips…) de leur savoir-faire historique dans le domaine analogique. D’où l’émergence spectaculaire de fabricants coréens, taiwanais et chinois. Comme dans la micro-informatique, la baisse des prix est devenue la plaie de cette industrie. Elle atteint 20 à 30% par an. Trop rapide pour être compensée par des gains de productivité.

D’ailleurs, Philips n’est pas le seul à en souffrir. Sony connaît depuis des années des difficultés similaires. Pioneer, qui a marqué le développement de la télévision à écran plasma, a abandonné la partie. JVC et Hitachi ont considérablement réduit leur activité de télévision. Et on s’achemine petit à petit vers le modèle industriel de la micro-informatique fondée entièrement sur la sous-traitance. Avec ses avantages en termes de prix mais aussi ses écueils en matière de qualité.



avr 08

L’industrie en mal de féminisation

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La parité homme-femme est à la mode. Mais dans l’industrie, plus qu’ailleurs, elle est encore loin d’être une réalité. Selon les statistiques officielles, les femmes ne représenteraient que 15% des effectifs industriels aux niveaux ingénieur et technicien.

Depuis quelques années, l’industrie cherche à séduire les femmes par la richesse des métiers techniques qu’elle offre et par les nouvelles perspectives ouvertes par les énergies renouvelables, l’environnement ou les transports durables. Cette opération s’inscrit dans la quête générale de la parité dans les secteurs, les métiers et les fonctions à responsabilité. Mais pas seulement. L’industrie a tout à gagner à féminiser  sa population d’ingénieurs et de techniciens. Ceci est de nature à enrichir le regard de l’entreprise sur ses produits, ses méthodes de travail et son management, et à stimuler sa créativité.

Mais inciter davantage de femmes à s’orienter vers l’industrie n’est pas une tâche aisée. A l’heure des délocalisations, des fermetures d’usines et de disparitions de pans entiers de l’industrie, les métiers techniques n’ont guère bonne presse auprès des jeunes. La préférence va depuis des années à des métiers plus à la mode dans la finance et les services.

Pourtant, les femmes qui exercent dans l’industrie semblent comblées. Selon l’enquête « Un regard féminin sur l’industrie », qui vient d’être réalisée par l’association « Elles bougent », elles sont 95% à être satisfaites de leur parcours professionnel et 76% à croire à l’évolution de leur propre carrière. Pour 97% d’entre elles, la mixité dans les métiers industriels est importante.

Utiliser leur témoignage de réussite comme vitrine suffira t-il à réconcilier les jeunes filles avec l’industrie ? Ce n’est pas sûr.



avr 01

Le casse-tête de la traçabilité des pièces importées du Japon

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Conséquence de la peur suscitée par l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima, au Japon, la paranoïa est-elle en train de s’emparer de l’industrie ? En tout cas, les industriels sont de plus en plus nombreux à instaurer des contrôles systématiques de la radioactivité des pièces importées du Japon. Comme le font Toyota à Onnaing ou Nissan à Taïwan. En France, les laboratoires d’essais sont assaillis de demandes de test. Les autorités françaises imposent aux compagnies aériennes de vérifier la radioactivité du fret en provenance du pays  du soleil levant.

Ces mesures de précaution s’imposent. Compte tenu de la gravité de l’accident, il faut éviter à tout prix une dissémination insidieuse de la radioactivité par la chaîne industrielle. Il en va de la sécurité des travailleurs appelés à manipuler ces pièces, et de celle des utilisateurs susceptibles d’être en contact avec elles. Mais jusqu’où faut-il pousser les contrôles dans la chaine industrielle ? Car si ceci semble applicable à des composants simples comme une pièce détachée automobile, une puce électronique, un écran plat ou une diode LED, elle l’est moins pour des systèmes complexes.

Prenons l’exemple d’un calculateur industriel destiné à être embarqué dans un commutateur télécoms, une commande de robot ou un banc de mesure. Il a de fortes chances d’intégrer des composants électroniques et des semiconducteurs issus du Japon. En toute logique, il faudrait le contrôler car ces composants peuvent avoir été contaminés par la radioactivité émise par la centrale de Fukushima. Encore faut-il disposer d’une traçabilité complète du système, ce qui est loin d’être garanti dans tous les cas.

Autre exemple : celui des PC portables et tablettes numériques. Bien qu’ils soient signés Apple, Dell ou HP, des marques américaines, leurs batteries ont de fortes chances de provenir de Sanyo, Sony ou Panasonic. Même si elles sont assemblées en Chine, elles utilisent des cellules électrochimiques fabriquées au Japon. Logiquement, il faudrait aussi les contrôler. On peut ainsi multiplier les exemples à l’infini, tellement l’imbrication industrielle est aujourd’hui forte avec le Japon.

Ce problème va pousser les industriels à mettre en place une traçabilité plus rigoureuse de leurs approvisionnements. Une tâche complexe et couteuse qui se limite aujourd’hui à des secteurs sensibles comme l’aéronautique, l’automobile, le médical ou le ferroviaire. La sécurité est peut-être à ce prix.



mar 29

Quels enseignements industriels tirer du séisme au Japon ?

Edito | Mots clés:

Les conséquences du séisme au Japon vont se faire sentir sur l’industrie du monde entier. L’électronique est particulièrement concernée. Mais pas la seule. Car elle est aujourd’hui présente presque partout, des équipements militaires au jouet, en passant par l’aéronautique, l’automobile, la machine-outil, les automatismes, le médical ou l’électroménager.

Le Japon représente plus de 20 % de la production électronique dans le monde. Il est actif sur toute la chaine de valeur, depuis les matériaux semiconducteurs jusqu’aux équipements nécessaires à la fabrication des puces, des écrans plats ou des cellules solaires. L’usine de Shin-Etsu Handotai à Shirakawa, à l’arrêt depuis le tremblement de terre le 11 mars dernier, fournit 20 % des besoins de l’industrie électronique mondiale en tranches de silicium de 300 mm. Soitec, le spécialiste français du silicium sur isolant, en dépend pour une grande partie de son usine à Bernin, près de Grenoble. STMicroelectronics, Infineon Technologies, Qimonda, NXP, Altis… Tous les industriels des semiconducteurs européens sont touchés. Les équipementiers aussi : Nokia, Philips, Siemens, Bosch… Tout comme les sous-traitants de l’électronique.

Cette crise met en lumière la fragilité d’un modèle industriel reposant pour ses approvisionnements stratégiques sur une seule région du monde. La concentration de la production électronique en Asie crée une situation dangereuse. En Europe, les politiques industrielles n’ont pas réussi à maintenir une fabrication locale suffisante pour garantir la sécurité d’approvisionnement des industriels européens. Selon le syndicat de la sous-traitance électronique, moins de 10 % des composants assemblés sur une carte électronique sont fabriqués sur le Vieux Continent.  

Il semble difficile de reconstruire une industrie électronique européenne. En revanche, il est possible d’inciter les fabricants asiatiques à localiser une partie de leur production en Europe.  Des gros clients européens comme Nokia, Philips ou Siemens peuvent faire pression sur leurs fournisseurs pour qu’ils aillent dans ce sens.

L’autre interrogation concerne l’organisation industrielle initiée par les industriels japonais et aujourd’hui appliquée partout dans le monde. Avec la production au plus juste (Lean Manufacturing), le juste à temps est devenu la règle. Les stocks, synonymes de coût et de dépreciation, sont bannis. On voit les limites du système lors d’évènements imprévus. Il faudrait peut-être assouplir le dispositif, du moins pour les composants stratégiques. Là encore, les gros clients ont leur mot à dire et peuvent imposer à leurs fournisseurs clés un stock de sécurité.

Une chose est sûre : après un évènement de cette ampleur, l’industrie ne pourra plus continuer à fonctionner comme avant. Elle doit inventer un autre modèle.



mar 22

Des nuages planent sur l’iPad 2

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Les ambitions d’Apple dans les tablettes numériques vont-ils souffrir des conséquences industrielles du tremblement de terre au Japon ? C’est probable. Officiellement, la firme à la pomme maintient le lancement de l’iPad 2 le 25 mars 2011 en France, en Australie, au Canada, au Royaume-Uni  et en Allemagne. Seul au Japon, l’un des six plus gros marchés d’Apple, la commercialisation est reportée. Mais même si le lancement se déroule comme prévu, il faudra s’attendre à des problèmes de rupture de stocks et d’indisponibilité.

Car selon le cabinet d’étude iSuppli, l’iPad renferme pas moins de cinq composants clés provenant du pays du soleil levant : la mémoire flash NAND de Toshiba, la mémoire Dram d’Elpida Memory, la boussole électronique d’AKM Semiconductor, le verre de l’écran tactile d’Asahi Glass et la batterie d’Apple Japan. Or toutes les usines de semiconducteurs au Japon sont à l’arrêt depuis le début du tremblement de terre, le 11 mars dernier. Même si elles reprennent en avril la production, comme l’espère Toshiba, elles ne pourront pas retrouver le plein régime de sitôt à cause des perturbations logistiques.

Les concurrents d’Apple ont-ils à se réjouir de ces difficultés ? Pas sûr. D’autant plus qu’ils sont logés à la même enseigne. Même s’ils ont opté pour des sources alternatives d’approvisionnement en composants clés en Corée du Sud, en Chine ou à Taïwan, ils sont, eux aussi, victimes des perturbations de la chaîne logistique dans les semiconducteurs.

Au contraire, Apple pourrait profiter de cette crise pour créer la buzz autour de l’iPad 2 en jouant jusqu’au bout le suspense du lancement, comme savent le faire Sony et Nintendo avant le lancement de chaque nouvelle console de jeu.



mar 10

Menaces sur France Télécom

Edito | Mots clés:

La pression monte contre France Télécom. Pour la première fois, la possibilité de scinder l’opérateur historique en deux, d’un côté les activités de services, de l’autre le réseau d’accès aux abonnés (la boucle locale), est évoquée. L’idée est de faire du réseau d’accès une société indépendante à l’instar de RTE pour le réseau de transport de l’électricité ou de RFF pour le réseau de chemins de fer.

Pour le moment, il ne s’agit que d’une possibilité à l’étude à l’ARCEP, l’Autorité de régulation des communications électroniques et postales, à la demande de l’Autorité de la concurrence. Elle est d’ailleurs prévue par le paquet télécoms des directives européennes à transposer dans le droit français d’ici cet été. Mais c’est une mesure extrême qui ne sera appliquée que si le système de régulation actuel s’avère inefficient.

Quels pourraient en être les avantages ? Aujourd’hui, France Télécom, SFR et Free sont en train d’investir des milliards d’euros dans un réseau d’accès à fibre optique, avec pour chacun une topologie différente. La mutualisation du réseau conduirait à une rationalisation évidente des investissements. Mais elle priverait les opérateurs de se différencier par la qualité de leurs réseaux et les délais de déploiement.  Sans compter qu’elle aurait un impact négatif sur les équipementiers (Alcatel-Lucent, Nexans, Draka…) qui ne vendraient ainsi qu’un seul réseau au lieu de plusieurs.

La séparation du réseau des services présente des risques encore plus sérieux liés à la dilution des responsabilités. Faute de moyens suffisants, la société gestionnaire du réseau serait dans l’incapacité d’investir ce qu’il faut dans la maintenance. Avec la fâcheuse conséquence de connaître les mêmes déboires que ceux déplorés aujourd’hui dans le réseau ferré ou le réseau électrique.

Dans la course au très haut débit, France Télécom, de par sa taille et ses moyens, est avantagé. Mais il reste jusqu’ici prudent dans le déploiement de la fibre optique. Avant d’investir lourdement, il attend la clarification du cadre réglementaire. Il ne veut pas être contraint demain de louer son réseau à fibre optique, comme il l’est aujourd’hui pour son réseau en cuivre via l’obligation du dégroupage.

France Télécom se trouve face à un vrai dilemme : jouer pleinement la carte de la concurrence au risque de favoriser ses compétiteurs ou tenter de résister au risque de perdre la maitrise de son réseau d’accès. Dans les deux cas, les menaces sont sérieuses.



mar 07

La seconde bataille du dividende numérique

Edito | Mots clés:

La télévision analogique hertzienne vient de s’éteindre en Ile de France pour ne laisser la place qu’à la TNT. C’est la quatorzième région à connaitre cette transition. Le basculement sur la télédiffusion numérique s’achèvera en France le 29 novembre 2011. Mais d’ores et déjà, une autre révolution se prépare : le passage dans quelques mois à la norme de télédiffusion DVB-T2 .

Par rapport à la norme actuelle DVB-T, cette technologie, finalisée en 2006 par le consortium DVB, se caractérise par une meilleure efficacité spectrale. Pour transmettre le même flux d’information, elle nécessite en effet 30 à 50% moins de fréquences. Le passage au DVB-T2 à l’instar d’autres pays européens comme le Royaume-Uni, les Pays-Bas ou l’Autriche devrait libérer des bandes de fréquences. A quoi servira ce second dividende numérique (le premier étant celui découlant du passage à la TNT) ? C’est toute la question.

Les protagonistes ne manqueront pas de se positionner sur le sujet. Car ces fréquences, de par leurs propriétés de propagation et de pénétration dans le bâtiment, valent de l’or. Par rapport aux fréquences dédiés jusqu’ici aux télécoms, elles offrent l’avantage de réduire le nombre d’émetteurs pour assurer la même couverture. Les acteurs de la télévision, soutenus par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, feront valoir leur droit naturel sur ses fréquences. Ils aimeraient en garder la propriété pour passer à la super haute définition et développer la télédiffusion 3D.

Les acteurs des télécoms, soutenus par l’Autorité de régulation des communications électroniques et postales, voudraient récupérer une part du gâteau pour développer l’Internet mobile, notamment dans les zones qui, pour des raisons de coût, ne seront jamais desservies par la fibre optique. C’est le souci d’éviter la fracture numérique du territoire qui a conduit le gouvernement à trancher en leur faveur lors de la première bataille du dividende numérique. Le fera- t-il cette fois-ci ? A voir.