Mobiles : jusqu’où ira la course aux hauts débits ? : Le Rédacteur en chef d\'Industrie & Technologies Ridha Loukil prend la parole vous présente son regard sur la technologie d\'hier, d\'aujourd\'hui et de demain.
jui 17

Mobiles : jusqu’où ira la course aux hauts débits ?

Edito | Mots clés:

Le gouvernement français vient de donner le coup d’envoi à la procédure d’attribution des fréquences de téléphonie mobile de prochaine génération 4G. Ces services, basés sur la technologie LTE (Long Term Evolution), devraient voir le jour à partir de 2012 (ils existent déjà en Suède, Norvège, Japon et Etats-Unis). De quoi assouvir les besoins d’applications mobiles de plus en plus voraces en bande passante.

Les équipementiers télécoms ont fondé leurs “business models” sur une évolution technologique permanente des réseaux. En augmentant les débits, ils ouvrent la voie à de nouvelles applications qui à leur tour réclament plus de bande passante. Les opérateurs télécoms sont ainsi obligés de mettre régulièrement leurs réseaux à niveau pour éviter l’asphyxie.

Jusqu’où ce modèle pourra-t-il continuer ? Nul ne le sait. Depuis le lancement de la deuxième génération de mobiles GSM en 1992, le débit a explosé, grimpant de 9,6 Kbit/s à quelques Mbit/s aujourd’hui avec la version la plus évoluée de la 3G. Et on devrait monter à 100 Mbit/s puis 1 Gbit/s avec la 4G. Cette évolution est indispensable pour accompagner la révolution des terminaux. Avec le développement des Smartphones, le téléphone mobile devient un terminal d’Internet mobile.

Le problème c’est que les communications mobiles resteront toujours à la traine sur les communications filaires. La raison en est simple : les radiocommunications sont bien plus complexes à maitriser que les liaisons à fibre optique par exemple. Ceci met une pression constante sur les ingénieurs pour booster les performances du sans fil. Sachant que la fibre optique offre virtuellement un débit illimité, le défi à relever dans l’avenir paraît énorme. Sauront-ils le relever ? Suspense.



jui 10

Copier les autres, et alors ?

Edito | Mots clés:

Depuis l’annonce de ses nouveautés le 6 juin dernier, Apple fait l’objet d’un déchainement de critiques sur Internet, l’accusant de puiser son inspiration chez ses concurrents. On lui reproche par exemple de reprendre dans son nouveau système d’exploitation iOS5, qui équipera la prochaine génération d’iPhone et d’iPad, des fonctions comme la synchronisation de données par Wi-Fi ou l’intégration de Twitter, déjà disponibles sur Windows Phone 7, le système d’exploitation pour Smartphones de Microsoft. Certains vont jusqu’à s’interroger si le futur iPhone ne sera pas un clone des mobiles à base d’Android, le système d’exploitation de Google.

Qu’on se le dise : Apple n’a inventé aucun des produits qui font aujourd’hui sa fortune. Le baladeur musical, le Smartphone et la tablette existaient avant l’iPod, l’iPhone et l’iPad. La firme, dirigée par Steve Jobs, a su les réinventer en leur apportant, ergonomie, élégance du design et sens de l’usage, avec quelque chose d’inédit, un écosystème associant au produit du contenu numérique en ligne.

A supposer qu’Apple soit un copieur, est-ce un mal ? Pas vraiment. Au contraire, ignorer ce que les concurrents font de bien serait une erreur. S’inspirer de leurs réussites pour mieux innover est un réflexe fondé. Il participe au cercle vertueux de l’innovation. Tout le monde le fait. Les industriels japonais ont fait leur apprentissage technologique en copiant les produits occidentaux. Les coréens en copiant les japonais. Et aujourd’hui les chinois en copiant tout le monde. Rappelons-nous Microsoft. Son système d’exploitation Windows s’inspire de celui du Macintosh. Tout comme son moteur de recherche Bing de Google.

Mais copier ne signifie pas spolier les autres en contrefaisant leurs brevets. Il faut savoir le faire intelligemment, à l’instar de Samsung. C’est là toute la question.



jui 06

Succès-stories françaises : pourquoi tombent-elles dans le giron étranger ?

Edito | Mots clés:

Meetic, la société de rencontre en ligne, une icône de l’Internet français, va probablement changer de main. Son concurrent américain Match.com a déposé une offre publique d’achat en vue de son acquisition. On verra ainsi l’une des plus belles réussites françaises dans les technologies de l’information passer sous pavillon étranger. Ceci d’ailleurs sans émouvoir grand monde.

La société créée en 2001 par Marc Simoncini n’est pas la première sucess story à échapper au contrôle français. Souvenons-nous de Gemplus, l’ancien numéro un mondial de la carte à puce. Sa prise de contrôle par le fonds d’investissement américain TPG en 1999 avait fait couler beaucoup d’encre. La société, qui comptait des milliers d’employés et réalisait un chiffre d’affaires de plus de 1,2 milliards d’euros, faisait la fierté de la France dans un domaine clé pour la banque, la sécurité ou la téléphonie mobile.

Autre exemple : Ilog, une société issue de l’Inria et devenue rapidement le leader mondial des logiciels d’optimisation des process en entreprises (BPM pour Business Process Management). Depuis 2008, elle est dans le giron d’IBM. Business Objects est un autre fleuron du logiciel français à avoir changé de nationalité. Leader des logiciels d’intelligence économique, de benchmarking et de gestion des données, il est tombé la même année dans l’escarcelle de SAP, éditeur allemand de logiciels d’ERP.

On peut aussi citer Rossignol dans les skis, Péchiney dans l’aluminium, Arcelor dans l’acier, Amora Maille dans l’alimentaire ou plus récemment Rhodia dans la chimie qui vient d’être absorbé par le groupe belge Solvay.

Alors pourquoi les pépites françaises finissent-elles toujours par tomber dans le giron étranger ? Les spécialistes financiers nous diront parce qu’elles ne trouvent pas en France les fonds nécessaires à leur développement. C’est probablement vrai. Mais alors pourquoi le FSI, fonds stratégique d’investissement, n’intervient pas. Pourtant, il a été créé en 2008 par Nicolas Sarkozy justement pour éviter que des entreprises stratégiques ne passent sous contrôle étranger. La vérité c’est que sa mission a changé et il est devenu un fonds d’investissement comme un autre.

Meetic est victime de son succès. Elle ne sera probablement pas la dernière réussite française à filer à l’étranger. Et c’est bien dommage.



mai 27

Internet : la France n’a pas à rougir

Edito | Mots clés:

Vingt ans après l’avènement du Web, Paris a été le centre mondial de la Toile en accueillant le e-G8, le premier sommet de l’Internet, en parallèle du traditionnel sommet G8 réunissant les huit pays les plus puissants de la planète. L’occasion de s’interroger sur la place de la France dans le monde du Net.

A première vue, Internet est dominé par Google, eBay, Amazon, Facebook et autre Twitter. Toutes des sociétés américaines qui n’existaient pas il y a 20 ans. Normal ! Les Etats-Unis sont le berceau du réseau des réseaux. C’est aussi le pays de l’informatique avec des géants comme IBM, HP ou Microsoft. Mais la France n’a pas à rougir. Loin s’en faut. Notre pays affiche de belles réussites.

Prenons l’exemple des passerelles domestiques d’accès à Internet, les fameuses Box. Aujourd’hui, elles se présentent comme une banalité. Mais, il y a dix ans, il fallait y penser. Free a été le premier à mettre dans la même « boîte » Internet, le téléphone et la télévision, ouvrant la voie à diffusion rapide d’Internet dans les foyers. Son modèle a été ensuite repris par tous les fournisseurs d’accès au Web. Free a été créé en 1999.

Autre exemple, autre réussite : Meetic, le site de rencontre en ligne. Créé en 2010, il figure aujourd’hui parmi les deux leaders mondiaux du secteur aux cotés de l’américain Match. Son fondateur, Marc Simoncini, était présent au eG8, aux cotés de Xavier Niel, le géniteur d’Iliad, la maison-mère de Free.

Moins connu du grand public : le moteur de recherche Exalead. Peu utilisé pour la recherche sur le Web, il rencontre un vif succès en entreprises où il sert de base à des applications d’extraction des données. Son potentiel est tel qu’il a été racheté cette année par Dassault Systèmes, le leader mondial des logiciels de CAO mécanique et de PLM.

L’Histoire d’Internet n’est pas encore finie d’écrire. Son évolution continuera à faire naître des nouveaux champions. Aux Etats-Unis bien sûr, mais aussi, à n’en pas douter, en France.



mai 24

Quel leadership de l’Europe dans les télécoms ?

Edito | Mots clés:

A partir du 25 mai 2011, les particuliers et entreprises de l’Union européenne bénéficient d’un nouveau cadre réglementaire dans la téléphonie fixe, la téléphonie mobile et Internet. Adopté fin 2009, ce dispositif, connu en France sous le nom du Paquet Télécom, promet un renforcement du droit des consommateurs, de la concurrence et de la protection des données personnelles en ligne.

C’est l’occasion de s’interroger sur le leadership de l’Europe dans les télécoms. Historiquement, l’Europe a joué un rôle moteur dans le développement des télécoms . C’est particulièrement vrai dans la commutation numérique, les transmissions optiques et dans les communications mobiles. Ce leadership a été favorisé par la présence d’une industrie forte dans le secteur : Alcatel et Sagem en France, Siemens et Robert Bosch en Allemagne, Ericsson en Suède, Marconi en Grande-Bretagne, Nokia en Finlande, etc.

Dans la téléphonie mobile, le standard européen GSM correspondant à la deuxième génération (la première numérique) a été un grand succès mondial. Il a été adopté dans plus de 100 pays, dont les Etats-Unis où la société Qualcomm défend pourtant un standard concurent, le CDMA One. Ce succès explique l’ascension de Nokia au premier rang mondial dans les téléphones portables.

Mais le développement d’Internet change la donne en faisant entrer les télécoms dans la sphère de l’informatique. Avec la troisième génération de mobiles, les positions se sont équilibrées au profit de l’Asie et des Etats-Unis. Le mouvement semble s’accentuer avec la prochaine génération. D’autant plus qu’avec l’explosion des Smartphones, le téléphone mobile s’est transformé en terminal d’accès mobile à Internet. Nokia n’est plus le roi incontesté des terminaux. La grande star s’appelle maintenant Apple.

Que peuvent faire l’Europe et les pouvoirs publics pour inverser la tendance ? Accélérer l’attribution des fréquences et des licences pour le déploiement de réseaux mobiles 4G ? C’est nécessaire pour ne pas prendre du retard dans les usages. Mais ce n’est pas sûr que cela suffise.



mai 13

Apple et Samsung, deux amis ennemis

Edito | Mots clés:

Décidément, rien ne va plus entre Apple et Samsung. Les deux géants de l’électronique s’accusent mutuellement de contrefaçon de brevets. Et Apple, grand client de Samsung dans les semi-conducteurs, envisage de s’orienter vers d’autres sources d’approvisionnement : Elpida Memory, Hynix et Micron Technology pour les mémoires Dram ; Toshiba, Hynix et Micron Technology pour les mémoires Flash ; et le fondeur TSMC pour la fabrication des processeurs A4 et A5 équipant ses iPhone et iPad. Intel est également cité comme un fondeur possible pour ses processeurs. Si ce basculement s’opérait complètement, il représenterait pour Samsung une perte sèche de 17 % de son chiffre d’affaires dans les semi-conducteurs.

Alors pourquoi en sont-ils arrivés à cette situation ? La réponse tient dans un mot : concurrence. Les deux groupes, qui entretiennent des relations anciennes de client -fournisseur, sont aussi concurrents dans les micro-ordinateurs, les baladeurs, les Smartphones et les tablettes numériques. Apple reproche à Samsung de copier son design, l’une des forces clés de ses produits.

La firme de Steve Jobs perçoit aussi le géant coréen comme une menace croissante pour son leadership sur ses segments de marché. Non sans raison. Samsung est une machine de conquête redoutable. Et il l’a démontré dans les puces mémoires, les écrans LCD ou la télévision où il devenu le numéro un mondial au détriment de Toshiba, Sharp et Sony.

Dans l’industrie, les relations sont rarement définies en noir ou blanc. On peut être concurrent et collaborer, comme le font Sony et Samsung dans les écrans LCD de télévision, LG et Hitachi dans le stockage optique ou encore PSA et Renault dans les moteurs automobiles. La collaboration fonctionne tant que les deux partenaires y trouvent chacun son intérêt. La concurrence est respectée tant qu’elle ne franchit pas une certaine limite jugée dangereuse par l’une des parties. C’est cette limite qui semble avoir été franchie dans les relations entre Apple et Samsung. Et la bataille de propriété intellectuelle dans laquelle ils s’engagent n’en est que la partie émergée.



mai 09

Sony, victime d’une malédiction ?

Edito | Mots clés:

Qu’est-ce qui arrive à Sony ? Malmenée par Samsung et LG dans la télévision, écrasée par Apple dans les baladeurs, distancée par Canon dans la photo numérique, marginalisée dans la téléphonie mobile, l’ancienne star de l’électronique grand public accumule les déboires. Le piratage de son réseau PSN de distribution en ligne de contenu numérique en est le dernier épisode. Il constitue un coup d’autant plus dur qu’il frappe sa console de jeux vidéo Play Station, la seule activité du groupe encore rentable. Plus de 77 millions de comptes utilisateurs  de consoles de jeux Play Station ont été impliqués avec le vol de noms, adresses, identifiants et même coordonnées bancaires. Non seulement Sony n’a pas su protéger les données personnelles de ses clients, le groupe japonais a mis des jours pour se rendre compte de l’attaque et le reconnaitre. Ses excuses ne changeront rien à l’impact négatif qu’aura ce malheureux épisode sur son image.

Sur le plan financier, l’affaire pourrait se révéler aussi désastreuse que celle des batteries en 2006 quand le groupe nippon a été contraint de rappeler des millions et des millions de batteries au lithium de PC portables à cause d’un risque d’explosion dû à un défaut de fabrication. L’opération lui aurait coûté plus d’argent que cette activité ne lui en a rapporté depuis qu’elle existe.

Pour compenser son déclin dans les produits électroniques et restaurer ses marges, Sony misait sur la distribution de contenu numérique en ligne en tentant de construire un écosystème vertueux similaire à celui d’Apple. L’attaque de son réseau PSN risque de contrecarrer ce rêve. A croire qu’une malédiction poursuit Sony depuis le passage de l’électronique grand public au numérique et l’avènement des écrans plats. Non seulement il n’a pas anticipé le développement de la télévision à écran LCD, le groupe de Tokyo a perdu sa capacité à créer des produits à succès comme l’ont été par le passé ses téléviseurs Trinitron, ses baladeurs Walkman ou ses caméscopes Handycam.

Après avoir tenté de cultiver sa différence, Sony est en passe de devenir une société comme les autres, préoccupée d’abord et avant tout par la gestion des coûts. La qualité, qui a fait sa force par le passé, n’est plus une priorité pour une raison toute simple : le groupe n’en a plus les moyens. Fermeture d’usines, vente de sites industriels, sous-traitance de la production, externalisation de la conception… Le groupe créé par Akio Morita est engagé dans une cure industrielle qui le dépossède de tout un savoir-faire qui faisait jadis sa fierté et sa force. Certains diront qu’il est en train de perdre son âme et c’est bien triste.



avr 29

Panasonic, samouraï aux pieds d’argile ?

Edito | Mots clés:

Il est loin le temps où Panasonic était le numéro Un mondial de l’électronique grand public. Depuis dix ans, le groupe d’Osaka est englué dans des difficultés dont il a du mal à sortir. La catastrophe, qui a frappé le Japon en mars dernier, n’est pas près d’arranger sa situation. Bien au contraire. Ses comptes financiers ont toutes les chances de se dégrader, ce qui le pousse à mettre en œuvre un énième plan de restructuration avec la suppression de 17 600 emplois en deux ans. Ceci suffira-t-il à le sauver ? Ce n’est pas sûr.

Ce géant japonais de l’électronique aux 350 000 employés dans le monde se révèle être dans la réalité un samouraï aux pieds d’argiles. Certes, la crise économique et le contexte concurrentiel particulièrement difficile sur le marché de l’électronique grand public, expliquent ses déboires. Mais seulement en partie. Ses erreurs comptent tout autant sinon plus.

Panasonic, d’ailleurs comme Sony, n’a pas anticipé l’arrivée des écrans plats dans la télévision. Et quand il a pris le virage, il a misé à fond sur les écrans plasma, en investissant des milliards de dollars dans des usines de production qui se sont révélées surdimensionnées. Cette technologie est aujourd’hui marginale sur le marché. En France, il se vend 20 fois plus de téléviseurs LCD que de téléviseurs plasma. Et l’écart en faveur de la technologie LCD ne fait que se creuser. D’ailleurs, NEC, Fujitsu, Pioneer et Hitachi ont tour à tour abandonné la fabrication des écrans plasma, tandis que Samsung et LG ont considérablement réduit leur voilure dans ce domaine.

Le mal est en fait plus profond. La culture japonaise de Panasonic, qui a été sa force dans les années 1980 et 1990, devient aujourd’hui son sérieux handicap. Elle bride sa capacité d’innovation et le prive d’une réactivité indispensable face à des groupes aussi agiles que les coréens Samsung et LG. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si d’autres groupes japonais comme Sony, Hitachi ou JVC traversent les mêmes difficultés.

Pour que Panasonic se redresse et retrouve la voie du succès, il faudrait un changement de culture, non seulement au sein du groupe, mais aussi dans la société japonaise toute entière. Ce n’est pas demain la veille !