Les mauvaises surprises de la TNT : Le Rédacteur en chef d\'Industrie & Technologies Ridha Loukil prend la parole vous présente son regard sur la technologie d\'hier, d\'aujourd\'hui et de demain.
nov 28

Les mauvaises surprises de la TNT

Edito | Mots clés:

 Une page se tourne dans la télévision. Le basculement vers la TNT, qui a commencé le 18 novembre 2009 avec le Nord-Cotentin, s’achève aujourd’hui avec l’extinction des derniers émetteurs analogiques en France, ceux en Languedoc-Roussillon. L’occasion de procéder à un bilan.

Globalement, le téléspectateur gagne avec l’accès à une meilleure qualité de réception et à une offre élargie à 18 chaines gratuites, dont quatre en haute définition : TF1, France 2, Arte et M6. Pour les industriels, l’opération a été une occasion d’un renouvellement du parc des téléviseurs avec la vente d’un nombre record de postes en 2010 : près de 8,5 millions d’unités, alors que du temps de la télévision analogique il se vendait 4 millions d’unités. Pour l’Etat, enfin, elle libère des fréquences qu’il pourra vendre à prix d’or aux opérateurs télécoms.

Le gouvernement ne manquera pas de se féliciter du succès du passage au tout numérique. Mais il ne faut pas oublier les victimes collatérales de l’opération : tous les foyers victimes de l’écran noir qui, pour des raisons de couverture ou de problèmes techniques, se trouvent privés de réception télé. La loi oblige les opérateurs TNT à assurer une couverture de 95 % de la population à la date du 30 novembre 2011. La couverture serait dans les faits meilleure. Elle atteindrait aujourd’hui 97,5 %. Mais au-delà de la couverture, le numérique fait émerger des problèmes inconnus en analogique. Le numérique fonctionne en tout ou rien. Soit la réception est impeccable, soit l’écran est noir. La réception peut être facilement stoppée par de simples problèmes de brouillage radio comme en ont été victimes plusieurs communes en Bretagne.

La sensibilité de la TNT au brouillage radio était connue. Mais c’est à la lumière des expérimentations  menées ici et là sur la prochaine génération de mobiles basée sur la technologie LTE que l’on découvre aujourd’hui l’ampleur du phénomène. Selon Bouygues Telecom, le problème pourrait toucher 20 % des foyers, avec des conséquences allant du blocage de l’image jusqu’à l’écran noir. Voilà de quoi donner du grain à moudre pour les adeptes du non changement.

Pourtant, la TNT s’appuie sur l’OFDM, une technologie de modulation radio, censée lui apporter une bonne résistance face aux perturbations à l’œuvre dans le spectre hertzien. D’ailleurs, cette technologie a été reprise dans des technologies de communication sans fil comme WiMax ou LTE. Mais les soucis révélés par la réalité de la TNT invitent les ingénieurs à réviser leurs certitudes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 



nov 21

Les effets pervers de l’Open Innovation

Edito | Mots clés:

Les patrons R&D des grandes entreprises ne jurent plus que par l’Open Innovation, un modèle de recherche et développement fondé sur la coopération avec des partenaires extérieurs. PSA Peugeot Citroën en est l’un des fervents pratiquants en France. Or le groupe automobile vient d’annoncer la suppression de 3 800 emplois, dont la moitié en R&D. Les syndicats crient à la délocalisation de la recherche. C’est faux. Délocaliser une activité, c’est la transférer dans un autre pays pour ensuite en rapatrier les résultats, avec à la clé une baisse des coûts. Comme tous les grands groupes français, PSA Peugeot Citroën procède plutôt à l’internationalisation de sa R&D, avec un renforcement tout particulier dans les pays émergents. Quoi de plus normal que de vouloir adapter ses produits à la demande locale ? D’autant que la Chine est en passe de devenir le premier marché mondial de l’automobile.

Il n’empêche que les constructeurs automobiles révisent globalement à la baisse leur R&D. C’est vrai pour Renault qui a enregistré deux diminutions consécutives de 24 % en 2009 et 11 % en en 2010. PSA Peugeot Citroën, qui n’a pas jusqu’ici beaucoup touché à ses investissements dans ce domaine, semble contraint aujourd’hui de suivre le mouvement général. Et la faute n’est pas à la délocalisation, mais à l’internationalisation et peut-être aussi à l’Open Innovation.

Dans un contexte de crise exacerbée du marché automobile, le recours à ce modèle s’explique par le souci d’améliorer l’efficacité de la R&D. L’idée est de faire plus avec moins, en partageant l’effort avec des partenaires. La conséquence est que vous pouvez assurer les mêmes résultats avec moins de moyens. Donc la réduction annoncée des effectifs de R&D chez PSA Peugeot Citroën ne signifie pas nécessairement une baisse de sa capacité d’innovation. Elle signifie le redéploiement des moyens au profit des marchés les plus porteurs, ceux de pays émergents comme la Chine. Elle se fait au détriment de la R&D interne, mais aussi des ingénieristes tels que Sogeti, Altran, Alten, Assystem, Segula Technologies…

Les constructeurs automobiles disposent de deux pistes pour améliorer l’efficacité de leur R&D. La première consiste à codévelopper et partager des plates-formes technologiques à plusieurs. Une voie qui offre les avantages de réduire les risques, de baisser les coûts et de favoriser la standardisation. C’est-ce que PSA Peugeot Citroën fait avec BMW sur le véhicule hybride et Mitsubishi Motors sur le véhicule électrique.

L’autre piste consiste à reporter la R&D sur les équipementiers. Mais pour que l’opération de transfert soit rentable, le constructeur doit partager les résultats avec d’autres, se privant ainsi du moyen de se différencier sur le marché. L’un des effets pervers est de remplacer les équipes de R&D chez les constructeurs sur le même sujet par une seule équipe chez l’équipementier. C’est efficace sur le plan économique. Mais c’est terriblement destructeur pour l’emploi en R&D. L’Open Innovation, c’est aussi cela.



nov 14

Les errements technos de HP

Edito | Mots clés:

C’est officiel. HP met en vente WebOS, la plate-forme logicielle mobile qu’il a héritée de l’acquisition, il y a un an, de Palm Computing.
Amazon, IBM, Intel, Oracle et Research in Motion,  constructeur du BlackBerry, feraient partie des candidats à la reprise de ce système d’exploitation. Mais il n’est pas sûr que le numéro un mondial de l’informatique récupère sa mise de 1,2 milliards de dollars.

WebOS, qui devait être le fer de lance de la stratégie de HP dans les tablettes numériques et Smartphones, n’aura été finalement qu’une parenthèse. Devant la domination de l’iOS, le système d’exploitation d’Apple, et d’Android, le système d’exploitation de Google, Léo Apotheker, l’ancien PDG de HP, envisageait, l’été dernier, de se séparer de l’activité grand public, pour se recentrer sur le logiciel et les services à destinations des entreprises. Le nouveau PDG, Meg Whitman, a décidé de revenir sur ce projet et de maintenir cette activité qui représente le tiers du chiffre d’affaires du groupe.

L’abandon de WebOS est en revanche confirmé. Plus question en effet de jouer la carte propriétaire d‘un écosystème fermé. La priorité est plutôt à l’ouverture. Le choix s’est porté sur Windows 8, le futur système d’exploitation de Microsoft. Un choix qui offre l’avantage de la compatibilité pour les professionnels avec ce qu’ils utilisent au bureau.

Les errements technos de HP ressemblent fort à ceux de Nokia. Après avoir joué la carte propriétaire de Symbian sur le segment des Smartphones, le roi des téléphones mobiles a tenté une ouverture en adoptant également MeeGo, un système d’exploitation à base de Linux développé en partenariat avec Intel. Mais face à l’ascension fulgurante de l’iPhone et d’Android, le constructeur doit aujourd’hui se replier sur Windows Phone de Microsoft.

HP a les moyens de prendre la place qu’il mérite sur le marché de l’informatique nomade. D’autant plus que la tablette, aujourd’hui un produit surtout grand public, commence à se développer aussi dans monde professionnel. Et sur ce créneau, Windows pourrait s’avérer être le bon choix. A condition d’éviter de changer de stratégie tous les trois mois !



nov 07

L’avenir des écrans plasma en question

Edito | Mots clés:
C’est une triste nouvelle pour tous les amateurs de vidéo.

Les écrans plasma, qui se sont fait marginaliser par les écrans LCD dans la télévision, viennent de subir un coup dur qui risque de leur être fatal. Après avoir défendu contre vent et marée cette technologie, Panasonic fait aujourd’hui marche arrière. Le géant japonais de l’électronique a décidé de fermer l’usine d’écrans plasma, qu’il a ouverte en 2007 au prix d’un investissement de 2 milliards de dollars. La production d’écrans plasma et de télévision sera consolidée dans une seule usine au lieu de trois jusqu’ici. Et plus aucun nouvel investissement ne sera consenti dans cette activité.

Les écrans plasma étaient pourtant parés de tous les atouts pour s’imposer sur le marché : une qualité d’image irréprochable, proche de celle du bon vieux tube cathodique ; une génération efficace de la luminosité puisqu’ils produisent leur propre lumière sans système de rétro-éclairage ; et des coûts de production plus bas que ceux des écrans LCD dans les grandes tailles. Tous les fabricants de téléviseurs y croyaient, ce qui n’était pas le cas pour les écrans LCD, une option que seul Sharp défendait jusqu’au début des années 2000.

Mais le marché en a décidé autrement. Selon le cabinet d’étude Displaysearch, il s’est vendu seulement 4,2 millions de téléviseurs plasma au deuxième trimestre 2011, contre 44,5 millions de téléviseurs LCD. Le rapport entre les deux technologies est de 1 à 10 en faveur des écrans LCD.

Alors pourquoi une telle débâcle des écrans plasma ? La première raison réside dans le manque de maturité de cette technologie qui n’existe que depuis 1995, alors que le développement commercial des écrans LCD remonte aux années 1970. Les écrans plasma ont énormément progressé en multipliant par dix leur rendement lumineux en 10 ans. Mais ils conservent encore un grand gisement de progrès, tandis que les écrans LCD semblent aujourd’hui avoir épuisé leur marge de progression.

La deuxième raison tient dans l’infrastructure industrielle. Les écrans LCD bénéficient d’un grand nombre de fabricants – une dizaine dans le monde-, avec des usines immenses, conçues pour réduire au maximum les coûts de production. Les écrans plasma ne disposent, eux, que de trois producteurs : Panasonic, au Japon, LG et Samsung, en Corée du Sud. Mais comme les deux fabricants coréens ont arrêté en 2009 d’investir dans cette technologie, seul Panasonic en était le véritable moteur. Enfin des aléas inexplicables du marché ont fait le reste.

Les écrans plasma ne sont d’ailleurs ni la première ni la dernière technologie à perdre la bataille face à une technologie concurrente considérée objectivement comme moins bonne. On se souvient de la bataille de la cassette vidéo entre le format VHS de JVC et Betamax de Sony. C’est le format VHS qui l’avait emporté alors que le Betamax était considéré comme meilleur du point de vue technique.

Les écrans plasma ont le potentiel de s’améliorer sensiblement en termes de rendement lumineux et de consommation, et reprendre dans les années à venir une place plus importante sur le marché. Le problème c’est que ces progrès ne peuvent venir sans investissement, ce que Panasonic, LG et Samsung refusent de faire. Un cercle vicieux qui risque de les marginaliser encore plus sur le marché. Et c’est bien dommage !



oct 24

Le compteur Linky, entre promesses et interrogations

Edito | Mots clés:

On croyait la polémique autour du compteur Linky close. La voilà repartie de plus belle. Alors qu’Eric Besson, Ministre chargé de l’Industrie, de l’Energie et de l’Economie numérique, a donné, le 28 septembre dernier, le coup d’envoi à la généralisation du compteur controversé, un grain de sable imprévu risque de bloquer la machine. Denis Baupin, maire-adjoint de Paris chargé du développement durable, a déposé au Conseil de Paris une requête contre l’adoption de Linky dans la capitale.

Depuis son entrée en test par ERDF, il a plus d’un an, Linky fait couler beaucoup d’encre. Trop cher, trop intrusif dans la vie privée, inopérant, inutile… On a tout entendu. Devant la masse de critiques, ERDF a dû revoir ses ambitions à baisse. Au départ, Linky devait aider l’utilisateur à maitriser ses consommations d’électriques en lui affichant en temps réel le montant de sa facture. Mais qui ira voir l’écran d’un compteur caché au fond d’un placard, voire situé à l’extérieur du logement ? Il devait aussi lui donner accès à une multitude de services d’optimisation énergétique. Aujourd’hui, l’objectif se réduit à la télérelève automatique, afin de facturer, non pas les consommations estimées comme cela se fait aujourd’hui, mais les consommations réelles, comme l’exige la réglementation européenne.

Il n’empêche que Linky soulève encore deux grandes questions. La première est celle du financement. Selon ERDF, le déploiement auprès des 25 millions de foyers en France couterait 4,3 milliards d’euros. Mais la fédération des collectivités locales évalue le coût réel entre 8 et 9 milliards d’euros. Qui doit l’assumer? La question est à l’étude au comité de suivi du déploiement mis en place par Eric Besson. Mais les associations de consommateurs et de responsables de copropriété refusent d’ores et déjà de supporter ce coût.

La seconde question est relative à la vie privée. Connaître votre consommation électrique en temps réel, c’est identifier vos habitudes, savoir la fréquence d’utilisation de votre machine à laver, le temps que vous consacrez à la télévision, etc. Autant d’informations personnelles convoitées par les sociétés de marketing. Rien ne garantit leur protection contre les risques de viol, sans parler de la tentation de ceux qui les gèrent de les monnayer, comme cela se fait parfois pour Internet.

Linky est une belle idée. Il simplifie la vie du consommateur en le libérant des contraintes des relevés traditionnels. Pour l’exploitant, plus besoin de faire déplacer des agents chez les clients. Ces agents peuvent être affectés à des tâches à plus grande valeur ajoutée. Mais les questions de financement et de protection de la vie privée demeurent. Espérons que le comité de suivi du déploiement trouvera les réponses adéquates.



oct 18

Télévision: l’avenir de la TNT en suspens

Edito | Mots clés:

Quel sera la TNT dans le futur ? La question reste entière. Contrairement aux recommandations du rapport de Michel Boyon, président du Conseil supérieur de l’audiovisuel, François Fillon n’a décidé, ni la généralisation du format de compression Mpeg-4, ni le passage à la technologie de diffusion DVB-T2. Au contraire, le Premier ministre a choisi le statu quo technologique, tout en laissant les portes ouvertes pour une transition en douceur vers la TNT de prochaine génération.

Aujourd’hui, la TNT s’appuie sur la technologie de diffusion DVB-T et utilise deux formats de compression numérique : Mpeg-2 pour les chaines gratuites et Mpeg-4 pour les chaines payantes ou à haute définition. Le format Mpeg-4 divise par deux le besoin de bande passante, tandis que la technologie DVB-T2 améliore l’efficacité spectrale de 50% par rapport à la technologie DVB-T. La migration vers le tout Mpeg-4 et la technologie DVB-T2, comme le recommande le rapport de Michel Boyon, rendrait possible à la fois la génération de la télévision à haute définition et l’augmentation du nombre de chaines sur la TNT. Mais pour accéder aux nouveaux services, le téléspectateur doit acheter soit un nouveau téléviseur compatible, soit un adaptateur TNT nouvelle génération.

Le Premier ministre semble avoir entendu les protestations des consommateurs qui ne souhaitent être forcés d’acheter de nouveaux matériels. Il a également pris en compte les contraintes des fabricants d’électronique grand public qui ont besoin de plus de 18 mois pour mettre sur le marché des produits compatibles avec la technologie DVB-T2.

La prudence du gouvernement a peut-être du bon. Car deux évolutions technologiques encore plus performantes sont en préparation. D’un côté, le format de compression HEVC (High efficiency video coding). Il divise par deux le besoin de débit par rapport au Mpeg-4. De l’autre, la technologie de diffusion DVB-NGH. Elle est 50 % plus efficace sur le plan spectral que la DVB-T2. Ces deux évolutions ont toutes les chances d’être au point autour de 2013. Si transition il y a, autant choisir les technologies les plus évoluées. C’est dans l’intérêt de tout le monde. Du consommateur qui éviterait de changer deux fois de matériel. Des industriels qui auraient ainsi du temps pour s’y préparer. Et de l’Etat qui pourrait satisfaire les besoins d’évolution de la TNT vers la haute définition, la 3D et la diversité de l’offre, tout en libérant des fréquences utiles au monde des télécoms.



oct 05

Electronique grand public : l’innovation en péril ?

Edito | Mots clés:

Comme la dernière édition de l’IFA à Berlin, le Ceatec, le salon de l’électronique à Tokyo, qui s’est terminé le 8 octobre 2011, n’aura pas marqué l’histoire de l’électronique grand public. Considéré comme le lieu de premières technologiques mondiales, il s’est contenté d’exhiber cette année des nouveautés pour la plupart déjà dévoilées à la grand messe berlinoise : le téléviseur 3D sans lunettes de 55 pouces de Toshiba, l’écran LCD de 60 pouces de Sharp à résolution 4Kx2K quatre fois celle de la haute définition actuelle , le casque d’immersion 3D de Sony… Le système d’holographie 3D d’Hitachi, l’une des grandes attractions de cette édition, n’est qu’une amélioration des versions présentées les années précédentes.

Les téléviseurs à écran Oled de 30 pouces et plus, promis par Panasonic en 2010, ne sont pas au rendez-vous. Les micro-piles à combustible, en développement chez NEC, Hitachi ou Toshiba, non plus. Et aucun fabricant n’évoque de successeur au Blu-ray, alors que des écrans LCD et plasma offrant une résolution d’image quatre fois supérieure (4Kx2K pour 3840 x 2160 pixels) apparaissent chez Sharp, Panasonic, LG, Samsung…

Alors l’innovation dans l’électronique grand public est-elle en train de se tarir ? Une chose est sûre : la priorité des fabricants est ailleurs. La baisse vertigineuse des prix ces dernières années les a rendus exsangues. La priorité est donc à la réduction des coûts et aux gains de productivité. Les marques japonaises, qui constituaient le principal pourvoyeur de nouveautés dans ce domaine, sont particulièrement touchées par cette crise. Tout comme Philips qui a dû cette année jeter l’éponge dans la télévision. L’inventivité est un état d’esprit. Mais elle a besoin de moyens pour se concrétiser par des produits de rupture. Et aujourd’hui, ces moyens font défaut chez Sony, Panasonic, Hitachi ou Pioneer.

Il existe des marques qui parviennent à tirer leur épingle du jeu. C’est le cas pour Apple, Samsung et LG. Faut-il compter sur ces nouvelles stars de l’électronique grand public pour prendre le relais en matière d’innovation? C’est loin d’être assuré.



oct 03

Du rififi dans les télécoms

Edito | Mots clés:

Une mauvaise nouvelle pour les opérateurs télécoms historiques européens comme France Télécom. La Commission européenne veut les inciter à accélérer leurs investissements dans la fibre optique pour développer le très haut débit. Seulement voilà : pour ce faire, elle n’a rien trouvé de mieux que de réduire les revenus qu’ils tirent aujourd’hui de la location de leurs lignes d’accès en cuivre aux opérateurs alternatifs. C’est le sens de l’une des deux consultations publiques que Bruxelles vient de lancer.

L’objectif du projet est en effet de revoir le mode de calcul des prix de gros payés par les opérateurs alternatifs pour l’utilisation du réseau d’accès en cuivre de l’opérateur historique. En filigrane, la Commission européenne pense que les prix pratiqués aujourd’hui sont trop élevés pour inciter les opérateurs historiques pour investir dans la fibre optique. Pourquoi se défaire d’une activité fort lucrative, alors que le retour sur investissement dans la fibre optique est pour le moins incertain ?

Le développement du très haut débit est crucial pour les projets de société de l’information dans la santé, l’éducation ou l’environnement. Mais la migration est une question complexe. Rien qu’en France, un réseau d’accès à fibre optique équivalent au réseau actuel en cuivre nécessiterait un investissement de 25 milliards d’euros selon l’Arcep, l’autorité de régulation des communications électroniques et postales. Trop cher pour les opérateurs télécoms. Le risque est donc grand de voir la fibre optique se limiter aux agglomérations urbaines, avec comme conséquence une fracture numérique du territoire.

Dans les Investissements d’avenir, le gouvernement a prévu de consacrer 2 milliards d’euros pour favoriser le déploiement du très haut débit dans les zones peu denses. Il n’est pas sûr que ceci suffise.