Une page se tourne dans la télévision. Le basculement vers la TNT, qui a commencé le 18 novembre 2009 avec le Nord-Cotentin, s’achève aujourd’hui avec l’extinction des derniers émetteurs analogiques en France, ceux en Languedoc-Roussillon. L’occasion de procéder à un bilan.
Globalement, le téléspectateur gagne avec l’accès à une meilleure qualité de réception et à une offre élargie à 18 chaines gratuites, dont quatre en haute définition : TF1, France 2, Arte et M6. Pour les industriels, l’opération a été une occasion d’un renouvellement du parc des téléviseurs avec la vente d’un nombre record de postes en 2010 : près de 8,5 millions d’unités, alors que du temps de la télévision analogique il se vendait 4 millions d’unités. Pour l’Etat, enfin, elle libère des fréquences qu’il pourra vendre à prix d’or aux opérateurs télécoms.
Le gouvernement ne manquera pas de se féliciter du succès du passage au tout numérique. Mais il ne faut pas oublier les victimes collatérales de l’opération : tous les foyers victimes de l’écran noir qui, pour des raisons de couverture ou de problèmes techniques, se trouvent privés de réception télé. La loi oblige les opérateurs TNT à assurer une couverture de 95 % de la population à la date du 30 novembre 2011. La couverture serait dans les faits meilleure. Elle atteindrait aujourd’hui 97,5 %. Mais au-delà de la couverture, le numérique fait émerger des problèmes inconnus en analogique. Le numérique fonctionne en tout ou rien. Soit la réception est impeccable, soit l’écran est noir. La réception peut être facilement stoppée par de simples problèmes de brouillage radio comme en ont été victimes plusieurs communes en Bretagne.
La sensibilité de la TNT au brouillage radio était connue. Mais c’est à la lumière des expérimentations menées ici et là sur la prochaine génération de mobiles basée sur la technologie LTE que l’on découvre aujourd’hui l’ampleur du phénomène. Selon Bouygues Telecom, le problème pourrait toucher 20 % des foyers, avec des conséquences allant du blocage de l’image jusqu’à l’écran noir. Voilà de quoi donner du grain à moudre pour les adeptes du non changement.
Pourtant, la TNT s’appuie sur l’OFDM, une technologie de modulation radio, censée lui apporter une bonne résistance face aux perturbations à l’œuvre dans le spectre hertzien. D’ailleurs, cette technologie a été reprise dans des technologies de communication sans fil comme WiMax ou LTE. Mais les soucis révélés par la réalité de la TNT invitent les ingénieurs à réviser leurs certitudes.
Ridha Loukil








