Le projet Andromède de Cloud Computing à la française est-il en train de capoter ? Beaucoup le craignent. Dassault Systèmes, l’un des quatre partenaires impliqués, vient en effet de claquer la porte. Pire : il ambitionne de lancer son propre projet. De quoi créer une bataille tout aussi inutile que nuisible.
Andromède est initié en 2009 par l’Etat avec l’objectif de créer une plate-forme de Cloud Computing respectant les impératifs de sécurité et de souveraineté du gouvernement français. Le projet franchit une étape importante avec la signature en août 2011 d’un accord de principe entre la Caisse des Dépôts et Consignations (représentant l’Etat), Orange, Thales et Dassault Systèmes. Il représente un investissement de 285 millions d’euros, dont 135 millions d’euros de financement public.
Cette plate-forme, basée sur des datacenters en France, vise à fournir des services d’informatique dématérialisés sécurisés au gouvernement, aux administrations et aux entreprises françaises sensibles. Il est censé offrir une alternative française aux services de Google, Amazon, IBM, Microsoft, Salesforce et autre HP, tous américains. Avec deux avantages : une localisation des données traitées et stockées en France, et la certitude d’être à l’abri des risques d’intrusion du gouvernement américain sous prétexte de lutte contre le terrorisme.
Le projet semblait tenir la route. Orange apportait son expertise des réseaux, Thales celle de la sécurité et Dassault Systèmes son expérience de l’utilisation par les industriels de logiciels de PLM pour créer, gérer, manipuler et archiver des volumes de données énormes. Mais Dassault Systèmes et Orange ont eu du mal à s’entendre, notamment sur les futurs tarifs, et Dassault Systèmes a claqué la porte en se retirant de la structure fin 2011.
Bernard Charlès, le directeur général de Dassault Systèmes a même dévoilé la semaine dernière au Sommet de Davos qu’il avait présenté au Ministère de l’industrie un nouveau projet concurrent avec d’autres industriels français de renoms, dont l’offre serait cette fois compétitive et rentable, par rapport aux offres étrangères. La balle semble donc dans le camp des pouvoirs publics.
Mais ces projets ont-il un sens dans un domaine où l’avance américaine est écrasante ? On se souvient du plan Calcul de De Gaulle censé doter la France une industrie informatique digne de nom. Près de 5 milliards d’euros engloutis pour rien. Parmi les géants américains, nombreux sont ceux qui investissent dans des datacenters en Europe pour remplir les exigences de localisation de données de la réglementation européenne. IBM en fait partie. Particulièrement irrité par le projet Andromède, Big Blue s’estime injustement exclu du marché, alors qu’il a lourdement investi dans des datacenters en France et prétend offrir toutes les garanties de sécurité exigées par le gouvernement.
Une chose est sûre : IBM a un grand savoir-faire dans le Cloud. C’est bien dommage de chercher à s’en passer.







