Il y a dix ans, jour pour jour (le 2 juillet 1999), Renault rachetait la marque roumaine Dacia. Orchestré par Louis Schweitzer, cette opération fut d’abord vue comme un pari risqué, puis comme un achat malin dans la perspective d’un développement des économies de l’ex-bloc communiste. A l’époque, nul ne soupçonnait ce qui se tramait en coulisse chez le constructeur français. Nul ne pouvait dire à quoi servirait cette usine dotée d’équipements complètement dépassés et qui demander 489 millions d’euros pour être remise à niveau.
Ce n’est qu’en juin 2004, avec la révélation de la Dacia Logan, que les observateurs avertis comprirent le coup de maître que Louis Schweitzer avait patiemment mis en place. Il allait faire de Dacia, le fer de lance du retour aux sources du groupe Renault. Comme toutes les grandes innovations de l’histoire industrielle (notamment celle de la 2CV), c’est la conviction d’un homme alliée un cahier des charges ultra-simples qui a permis de créer l’un des plus beaux succès automobiles de ces dernières années. Lors d’un voyage en Russie, Louis Schweitzer découvrit que les vieilles Lada se vendaient toujours très bien grâce à un prix battant toute concurrence. A son retour, il suggéra à ses ingénieurs puis leur imposa -face à leur résistance- de concevoir une voiture à moins de 5000 euros. Dans le contexte de l’époque, le pari semblait fou. Les centres R&D des constructeurs étaient plus tournées vers la recherche de performance et de confort que vers la quête du moindre coût.
Rompant avec cette loi tacite, le dirigeant ne bouleversait pas fondamentalement les gènes de Renault. Conceptrice depuis toujours de voiture populaire (on dirait « low-cost » aujourd’hui) comme la 4L ou la R5, la marque au losange renouait avec sa tradition… Un temps oublié pour se rêver en créateur d’automobile.
Pour développer cette voiture bas-de-gamme, Renault ne s’est pas contenté de réexploiter des composants déjà éprouvés sur ses anciennes gloires. Pas seulement en tout cas. Il a aussi demandé à ses ingénieurs et à ses fournisseurs de rivaliser d’ingéniosité pour abaisser le prix de revient au strict minimum. Les vitres galbées, jugées trop chère, ont été remplacées par des panneaux droits. La carrosserie, elle, ne fait aucun effet de style inutile pour ne pas compliquer l’assemblage. Quand à l’électronique embarquée, elle a exploité toutes les ressources des capteurs pour en limiter le nombre.
La moralité de l’épopée de la Dacia Logan ? On n’innove jamais bien en reniant ses racines. Chercher à les réinventer constitue en revanche une bonne piste pour faire de ses produits des best-sellers. 250 000 exemplaires de la Logan se sont vendus l’an dernier.
tdejaegher








