
- La Clio, quatrième génération. L’objet du scandale.
La sémantique des industriels a ses secrets que nos politiques ignorent… C’est en tout cas ce qu’illustre la polémique née autour du choix possible du site turc de Renault pour assembler la nouvelle Clio. Si le ministre de l’Industrie, Christian Estrosi, s’époumone face à ce qu’il voit comme une décision bien peu patriotique au regard des subsides étatiques accordés aux constructeurs (200 millions d’euros notamment accordés à Flins pour produire des batteries et des voitures électriques), il oublie un peu vite que Renault et, dans une moindre mesure, PSA n’ont pas attendu cette crise pour “localiser” (pour reprendre leur expression) leurs sites de production dans une Europe élargie comme le prouve ce petit inventaire des pays de naissance des voitures françaises vendues en Europe :
Twingo : slovène
107 et C1 : tchèque
C3 Picasso : slovaque
C3 : française ou espagnole
206+ : française
207 : française, espagnole ou slovaque
Clio : française, espagnole ou turque
Mégane : espagnole ou française
C4, 307, 308 : française
Scénic : espagnole ou française
C4 Picasso : espagnole
Berlingo et Partner : portugaise ou turque
Boxer et Jumper : italienne
Expert et Jumpy : française
C8 et 807 : française
Nos constructeurs ont de longue date déporté leur centre de gravité industriel hors de France. La Renault Mégane lancée à Palencia (Espagne), la C4 Picasso et les utilitaires Berlingo ou Partner assemblés à Vigo, la Twingo sous pavillon slovène, la Clio break qui opte pour la Turquie, la Peugeot 107 en République tchèque, la 207 en partie produite en Slovaquie… L’essentiel des nouveaux modèles, lancés par les trois marques françaises depuis trois ans, est assemblé dans des usines étrangères (à l’exception de la 308, des berlines C5 et de Laguna III). 76,5% des véhicules de Renault et 55% chez PSA sortent de sites basés hors de France. La tendance ne va pas s’inverser. Les sites français, très anciens pour la plupart, soutiennent mal la comparaison face aux installations flambant neuves et très performantes en termes de qualité, de productivité et de coût du travail des pays émergents. Chez Renault, on reconnaît volontiers que la meilleure usine du groupe est celle de Bursa en Turquie. Chez PSA, on ne cesse de citer en exemple Trnava, la slovaque.
Si l’harangue du ministre est sincère, elle semble -dans ce contexte- totalement anachronique. La lame de fond des délocalisations a déjà terassé un certain nombre d’usines françaises… et bon nombre de sous-traitants. Des sites, comme celui de Renault à Flins, de Citroën à Aulnay, ne peuvent espérer au mieux récupérer que des petites séries : voiture premium ou électrique. La marge réalisée sur des petites voitures produites est bien trop faible pour se permettre de les produire massivement dans notre pays. Alors évitons de faire de la Clio IV une question d’identité nationale pour notre industrie… Cela revient à se battre contre des moulins…
tdejaegher








