Nano : le goût du risque : Le Rédacteur en chef d\'Industrie & Technologies Ridha Loukil prend la parole vous présente son regard sur la technologie d\'hier, d\'aujourd\'hui et de demain.

Postes pour la categorie ‘Analyse’

mar 30

Nano : le goût du risque

Analyse Edito | Mots clés:

Salle-blanche-Leti-2Le risque nanotechnologies vaut-il le coup d’être couru ? En fin de compte, cette question est la seule qui vaille. Celle que nous devrions nous poser sereinement avant de condamner ou d’encenser cette nouvelle source d’innovations. L’extrémisme, dans l’un ou l’autre sens, ne fait qu’alimenter le moteur de la peur. Celle qu’ont rencontrée parfois nos journalistes au cours de leurs enquêtes dédiées aux nanomatériaux. Certains industriels rechignaient même à se livrer de crainte d’associer leur marque de trop près à ce préfixe.

Il faut démystifier le sujet. Oui, les nanoparticules ne sont pas sans impact sur nos organismes ou sur l’environnement. Oui, les risques qu’elles génèrent doivent être sérieusement évalués au regard des bénéfices attendus, comme le souligne l’Agence française de sécurité sanitaire. Les industriels doivent avouer sans crainte qu’ils ne saisissent pas encore tous les ressorts de cette découverte prometteuse. Il est d’ailleurs étonnant de voir que les process de production ne sont pas totalement bien compris.

Cela ne veut pas dire que tout ce qui est nano n’est pas bon pour nous. Pour ne parler que du domaine des matériaux, l’infiniment petit devrait contribuer à apaiser notre faim de matière première sur une Terre où la ressource s’épuise. Mais, pour rendre tangibles ces promesses, il faut donner sa chance à cette technologie. Et faire confiance aux chercheurs. Leur seule ambition, après tout, est de résoudre les problèmes que leur pose notre société notamment en matière d’environnement ou d’énergie. Et dans ces domaines, les pistes les plus prometteuses se cachent dans le nanomonde.

Pour en savoir plus sur les nanotechnologies, surfez sur notre site et consultez notre dossier “Matériaux : la Nano Révolution” dans notre du mois d’avril.

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mar 19

L’Allemagne, c’est plus fort que toi

Analyse | Mots clés:

audia5coupéSi l’on en croit la ministre Christine Lagarde, l’Allemagne n’aurait pas l’esprit d’équipe. En limitant son déficit, en exportant massivement et en contenant son évolution salariale, elle aurait, selon elle, joué contre ses voisins européens. Drôle de critique lorsque l’on sait que l’Allemagne est un des pays d’Europe affichant les meilleurs indicateurs économiques de la zone euro, surtout de la part de notre pays. Les bons résultats de notre voisin sont dus bien sûr à la politique de rigueur (notamment la réduction du déficit et la limitation des salaires) mené outre-Rhin depuis les années Schröder. Mais pas seulement. Pour faire mieux que ses voisins, l’Allemagne peut aussi compter sur de nombreux autres atouts. Dans le domaine industriel, je citerai trois avantages qui ont contribué au succès allemand.

1. L’une des forces de l’Allemagne, c’est l’ex-Allemagne de l’est. Quoique coûteuse et douloureuse, la réunification RFA-RDA a permis à notre voisin de se doter d’une sorte de zone de production low-cost maison (ceci expliquant peut-être pourquoi le coût du travail est resté stable). Aujourd’hui encore, les salaires pratiqués dans l’ex-RDA sont inférieurs à ceux de l’ouest… Et les industriels comme Siemens ou BMW en profitent à plein.

2. Le Made in Germany est une marque. Ce label est même devenu synonyme de qualité, de fiabilité et de performance (malgré un coût d’acquisition souvent plus élevé). Mais le monde entier accepte de casser sa tirelire pour les produits allemands -surtout les machines-outils ou l’automobile. Dans ces deux domaines, ils sont souvent considérés comme les meilleurs du monde.

3. Pour soutenir et promouvoir l’industrie nationale, l’Allemagne dispose d’un nombre de salons dont l’aura est réellement internationale. Peu importe le nombre de visiteurs grand public (mètre étalon en France du succès d’un salon), ce qui compte c’est les affaires, les contrats noués sur place. Ces évènements servent aussi de show-room géant à la technologie allemande.


mar 15

L’innovation libère la femme

Analyse | Mots clés:

homme-femmeVous n’avez pas encore entendu parler de la ”Wominnovation” ?

Vous feriez bien de vous intéresser sérieusement à ce mouvement qui est en train de modifier, doucement mais sûrement, le visage de pays émergents en Asie (Inde notamment) ou en Afrique.

De quoi parle-t-on ? Pour résumer, la ”Wominnovation” (Wom pour Women) rassemble sous sa dénomination toutes les technologies qui ont permis aux femmes de s’émanciper des hommes et  de faire progresser le rôle qu’elles jouaient dans leur société.

Une étude récente du Centre de recherche international sur la femme (ICRW) analyse ainsi huit innovations ayant amélioré le bien-être, la santé, la nutrition, les revenus, la durée de vie ou la liberté du sexe faible. Des produits comme la pilule contraceptive ont contribué à libérer la gente féminine de la tutelle masculine mais pas seulement. D’autres produits moins évidents (moins sexués pourrait-on dire) ont réussi à faire beaucoup plus très récemment. Le téléphone portable, le scooter ou les micro-emprunts ont contribué à faire de la femme ”un homme d’affaire comme les autres”, souligne l’étude.

Ce travail de recherche –le premier du genre- n’est pas seulement instructif pour les pays en voie de développement. Il se révèle aussi pertinent pour nos pays développés. Il permet notamment de prendre conscience que, pour la plupart des produits dits unisexes, les besoins féminins sont rarement pris en compte. Les femmes sont d’ailleurs rarement présentes lors des phases de conception des innovations.

C’est une carence, juge évidemment l’étude qui plaide pour une présence accrue de la gente féminine dans la R&D. Que l’on ne se méprenne pas. Il ne s’agit pas de transformer les bureaux d’études en section féministe ! Juste d’accorder un peu plus de places à des clients trop longtemps ignorés : les femmes.

En résumé le message est limpide :  si l’innovation libère la femme, la femme contribue aussi à libérer l’innovation !


23

Climategate : c’est la science qu’on assassine

Analyse | Mots clés:

Global WarmingLe réchauffement climatique occupe à nouveau le devant de la scène. Non pour ses présages apocalyptiques cette fois mais pour avoir -selon ses détracteurs- travesti la réalité des chiffres et des faits au profit de sa cause. Je ne trancherais pas ici ce débat ni ne prendrais parti pour l’un ou l’autre camp. Je constate simplement que cette controverse scientifique érode un peu plus la confiance qu’accorde l’opinion publique à la science et à ses porte-paroles.

Face aux analyses (pas toujours indépendantes des chercheurs-experts), la défiance est devenue l’une des valeurs de notre société. Chaque propos tenu, chaque avis rendu est jugé a priori suspect. A juste titre. Si l’on en revient au réchauffement climatique, il est bien difficile de savoir à quel scientifique se vouer… Doit-on porter plus de crédits à ce chercheur du MIT qui dit “oui la terre se réchauffe” ou à son confrère de la même université qui dit que le climat évolue comme il l’a toujours fait depuis des millions d’années.

Pour tous les non-spécialistes de la question –dont je me revendique-, ce réchauffement est de plus en plus mystérieux. Et, au final, faute de voix scientifiques crédibles ou d’efforts de pédagogie dignes de ce nom de la part des scientifiques, on nous demande de croire sur parole, d’avoir foi en l’une ou l’autre thèse.

Il est temps que les scientifiques et les ingénieurs se réveillent et qu’ils investissent à nouveau les débats (à fort contenu technologique) qui animent notre société que ce soit le réchauffement ou les nanotechnologies. Ils ne peuvent être abandonnés aux seuls lobbys, qu’ils soient écologiques ou industriels. En la matière, le devoir des chercheurs n’est pas seulement de produire des articles dans des revues à comité de lecture mais aussi de vulgariser auprès du grand public leur savoir. La chose n’est pas aisée peut-être, mais elle est impérieuse si nous voulons que la science poursuive sa marche en avant.


15

Eco-innovation ou greenwashing ?

Analyse | Mots clés:

greenwashing

Ils sont beaux et ils sont verts nos brevets ! C’est en somme l’incantation qu’a voulu lancer l’Institut national de la propriété industrielle (INPI) la semaine dernière en affirmant que 37 % des brevets déposés en France en 2009 étaient des “éco-innovations”. 

Hourra ! Bravo ! Cocorico ! En somme, tel Monsieur Jourdain qui fit de la prose sans le savoir, nos industriels auraient innové écologique depuis des années sans y prêter attention.

 Le détournement est bien mené mais, en se plongeant dans le détail de l’étude de l’INPI, il tombe rapidement. On se rend alors compte rapidement que la réalité n’est pas aussi verte que l’Institut aime à le dire.

 Le caractère écologique des brevets est ainsi bien vite acquis. On trouve ainsi dans les “éco-innovations” sélectionnées, en majorité, des brevets liés à l’automobile et à l’aéronautique… Ce ne sont pas les moyens de transport les plus respectueux de la planète.

En creusant, on découvre que ce sceau écolo est apposé sans modération sur la seule foi d’une réduction potentielle des émissions de CO2. Résultat : un tiers des ‘’brevets verts’’ dans l’énergie porte sur le nucléaire et, les transports, 80 % concernent la maîtrise de la consommation des automobiles.

Exit les critères liés à la pollution, aux déchets, aux ressources naturelles… qui seraient pourtant des critères légitimes pour affirmer qu’une technologie est “environnementalement correcte”.

Au final, en relisant cette étude, le lecteur a vraiment le sentiment d’assister à un “greenwashing” en règle. Dommage. Une mesure juste de la part de l’INPI aurait permis de prendre conscience du chemin qu’il reste à parcourir pour rendre plus vertes nos innovations.


jan 25

Nanotechnologies : débat ou combat ?

Analyse | Mots clés:

ActuHP_debnanotech2_151009Débattre ce n’est pas combattre. Débattre, c’est partager son point de vue, comprendre celui de son interlocuteur, entendre les nuances, apprivoiser la complexité d’un sujet sans a priori. Sans se donner un ordre du jour à respecter ou un objectif à atteindre. Mais, force est de constater que ces principes de dialogue ont tout simplement été battus en brèche lors du grand débat national organisé autour des nanotechnologies. Par trois fois au moins, la consultation a tourné court à Grenoble, Rennes ou Lyon. Sans chercher à imputer à une partie ou l’autre la responsabilité de ces pugilats, trois leçons sont à retenir de cet échec.

1. La culture du consensus n’existe toujours pas en France. S’il y a débat, il doit y avoir forcément un vainqueur. C’est-à-dire un parti qui impose ses vues de manière unilatérale à l’autre. Les scientifiques, drapés dans leur connaissance, sourient souvent face aux arguments de citoyens forcément amateurs en matière d’infiniment petit mais légitimement inquiets. Quant aux associations, comme les amis de la Terre ou le collectif Pièces et mains d’œuvre, elles surfent sur les peurs et en profitent pour exiger un moratoire sur ces technologies, jugées dangereuses a priori.

 2. Un débat ne saurait être téléguidé… comme ce fut le cas pour ce débat autour des nanotechnologies. Les consultations organisées en région ont été systématiquement encadrées par un ordre du jour précis, mettant généralement en valeur le savoir-faire nanotechnologique de la région hôte. En apparence, tout le monde avait voix au chapitre, mais, dans les faits la parole a été très canalisée… en laissant de côté les appréhensions des concitoyens face aux promesses de l’infiniment petit.

3. L’aversion au risque, enfin, ne cesse de croître dans notre pays. Pour la première fois en France, le débat sur les nanos nous donnait l’occasion d’appliquer vraiment le principe de précaution en décidant sereinement et collectivement des risques que nous acceptions de prendre au regard des opportunités que recelait la technologie. Mal compris et mal appliqué, le principe a, au contraire, laissé penser à un nombre croissant de personnes qu’en cas de doute sur une technologie il valait mieux s’abstenir et cesser là toute recherche. Ce malentendu pourrait s’avérer extrêmement coûteux à terme pour la capacité d’innovation de notre pays.


jan 19

Affaire Renault : les failles cachées de nos usines

Analyse | Mots clés:
Carlos Ghosn Président-Directeur Général de Renault - Assemblée Générale des actionnaires le 6 mai 2009 à Paris.

Carlos Ghosn Président-Directeur Général de Renault - Assemblée Générale des actionnaires le 6 mai 2009 à Paris.

Gesticulations et effets de manche auront duré toute la semaine. Pour, au final, se solder par de bien faibles avancées. La polémique, « l’Affaire Renault » comme la nomme certains éditorialistes, a finalement débouché sur de bien piètres concessions au sortir du week-end. De la controverse née de la volonté du constructeur français de confier à son site turc la production de sa Clio quatrième génération, Carlos Ghosn, le président de la marque au losange, s’en sera sorti au prix d’engagements bien vagues… en concédant que la Clio IV serait aussi produite sur le site de Flins, sans préciser quelle sera l’ampleur de la production.

Cette agitation médiatique -si elle a le mérite de placer l’industrie au cœur des débats- masque aussi les failles cachées de l’appareil industriel français. Le constat est peut être dur mais véridique : les usines françaises de nos deux constructeurs nationaux sont déclassées. Machines désuètes, bâtiments décrépis, investissement au compte-goutte… Les sites français font pâle figure face aux sites étrangers des autres constructeurs (allemands notamment) mais pas seulement. Dans leur propre groupe, ils ne soutiennent plus la comparaison. Chez Renault, la meilleure usine du groupe en termes de qualité est celle de Bursa en Turquie, celle-là même qui devrait produire la Clio IV. Chez PSA, c’est la slovaque Trnava qui joue les leaders.

Cette érosion de la qualité de nos usines a été insidieuse et lente. Les charges -trop lourdes et les « impôts imbéciles »- ont pesé sur le développement de nos sites. La taxe professionnelle, qui grevait l’investissement, a sans aucun doute été un boulet au pied de beaucoup de sites de production français. Mais l’argument des seules charges (jusqu’à 10% du prix final d’une voiture quand même) est un peu court. L’autre grand handicap des sites français trouve sa source dans le déficit d’innovation technologique. Concentrés sur l’innovation produit, ils n’ont pas vu qu’une partie de la bataille se gagnait aussi en usine, sur les lignes de fabrication, en développant de nouvelles machines, de nouveaux process, de nouveaux systèmes de contrôle qualité.

Ce retard se paye cash aujourd’hui. Mais il n’est pas irrattrapable. L’Etat pourrait aider les constructeurs à remonter la pente, à se désintoxiquer de la production et des achats en pays low-cost. Mais, pour cela, il faudra, bien plus que des effets de manche et la Une des journaux. Il faudra des actes. Les Etats-Généraux de l’Industrie peuvent en être la première pierre.


jan 13

Automobile : la Clio, une question d’identité nationale ?

Analyse | Mots clés:

 

La Clio, quatrième génération. L'objet du scandale.
La Clio, quatrième génération. L’objet du scandale.

La sémantique des industriels a ses secrets que nos politiques ignorent… C’est en tout cas ce qu’illustre la polémique née autour du choix possible du site turc de Renault pour assembler la nouvelle Clio. Si le ministre de l’Industrie, Christian Estrosi, s’époumone face à ce qu’il voit comme une décision bien peu patriotique au regard des subsides étatiques accordés aux constructeurs (200 millions d’euros notamment accordés à Flins pour produire des batteries et des voitures électriques), il oublie un peu vite que Renault et, dans une moindre mesure, PSA n’ont pas attendu cette crise pour “localiser” (pour reprendre leur expression) leurs sites de production dans une Europe élargie comme le prouve ce petit inventaire des pays de naissance des voitures françaises vendues en Europe :

 

 

Twingo : slovène

 107 et C1 : tchèque

C3 Picasso : slovaque

C3 : française ou espagnole

206+ : française

207 : française, espagnole ou slovaque

Clio : française, espagnole ou turque

 Mégane : espagnole ou française

C4, 307, 308 : française

Scénic : espagnole ou française

C4 Picasso : espagnole

Berlingo et Partner : portugaise ou turque

Boxer et Jumper : italienne

Expert et Jumpy : française

C8 et 807 : française

  

Nos constructeurs ont de longue date déporté leur centre de gravité industriel hors de France. La Renault Mégane lancée à Palencia (Espagne), la C4 Picasso et les utilitaires Berlingo ou Partner assemblés à Vigo, la Twingo sous pavillon slovène, la Clio break qui opte pour la Turquie, la Peugeot 107 en République tchèque, la 207 en partie produite en Slovaquie… L’essentiel des nouveaux modèles, lancés par les trois marques françaises depuis trois ans, est assemblé dans des usines étrangères (à l’exception de la 308, des berlines C5 et de Laguna III). 76,5% des véhicules de Renault et 55% chez PSA sortent de sites basés hors de France. La tendance ne va pas s’inverser. Les sites français, très anciens pour la plupart, soutiennent mal la comparaison face aux installations flambant neuves et très performantes en termes de qualité, de productivité et de coût du travail des pays émergents. Chez Renault, on reconnaît volontiers que la meilleure usine du groupe est celle de Bursa en Turquie. Chez PSA, on ne cesse de citer en exemple Trnava, la slovaque.
Si l’harangue du ministre est sincère, elle semble -dans ce contexte- totalement anachronique. La lame de fond des délocalisations a déjà terassé un certain nombre d’usines françaises… et bon nombre de sous-traitants. Des sites, comme celui de Renault à Flins, de Citroën à Aulnay, ne peuvent espérer au mieux récupérer que des petites séries : voiture premium ou électrique. La marge réalisée sur des petites voitures produites est bien trop faible pour se permettre de les produire massivement dans notre pays. Alors évitons de faire de la Clio IV une question d’identité nationale pour notre industrie… Cela revient à se battre contre des moulins…