Les ratés technos de Kodak : Le Rédacteur en chef d\'Industrie & Technologies Ridha Loukil prend la parole vous présente son regard sur la technologie d\'hier, d\'aujourd\'hui et de demain.

Les ratés technos de Kodak

Le 24/01/2012 | Edito | Mots clés:

On s’y attendait. C’est maintenant officiel. Kodak a déposé le bilan en se plaçant sous la protection du chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites. C’est la conséquence logique d’une longue descente aux enfers qui a commencé dès l’avènement de la photo numérique au début des années 1990. Comment une marque aussi mythique, qui a joué un rôle majeur dans le développement de la photo, a pu en arriver là ? La réponse est loin d’être simple.

Dire que Kodak a raté le virage du numérique est réducteur. Le géant américain est l’inventeur de la photo numérique en 1975. Il dispose dans ce domaine du premier portefeuille de propriété intellectuelle riche de 1 100 brevets. Il a été à l’avant-garde technologique en lançant plusieurs premières mondiales : le Reflex numérique en 1991 ; l’appareil photo numérique grand public à 1 méga pixel en 1997 ; l’appareil à écran Oled en 2003 ; l’appareil capable d’envoyer des mails photo sans fil en 2005 ; le plus petit appareil doté d’un zoom 10x en 2006… Mais il a été victime d’une redistribution des cartes en faveur de fabricants issus de l’univers de l’électronique. D’ailleurs il n’est pas le seul dans ce cas. Minolta, Konica, Contax et Yashica, quatre marques mythiques de la photo au Japon, ont subi un revers de fortune similaire qui les a obligées à jeter l’éponge entre 2005 et 2006.

C’est que la photo numérique réclame davantage de compétences techniques que la photo argentique. En plus de l’optique, le métier historique des industriels de la photo, elle impose la maitrise de l’électronique et du traitement d’images. Ceci explique l’arrivée sur le marché d’électroniciens tels que Casio, Panasonic, Sony ou Samsung, avec souvent l’aide de spécialistes de l’optique tels que Carl Ziess, Leica ou Pentax.

Electronique et traitement d’image sont probablement les deux compétences qui ont manqué à Kodak pour s’imposer techniquement dans le numérique. Le géant de Rochester, dont l’effectif a atteint 80 000 personnes à l’apogée de sa puissance, est d’abord un spécialiste de la chimie et des matériaux, dont la prospérité reposait sur le développement et la production de films pour la photo, le cinéma ou le médical. Il a acquis de solides connaissances en optique à travers son activité d’appareils photo. Mais cette activité n’avait pour objectif que de banaliser la diffusion des appareils de prise de vue pour vendre toujours plus de films.

Kodak, qui ne compte plus aujourd’hui que 18 000 personnes, aurait pu compenser la disparition du film par au moins deux diversifications. La première est dans les capteurs d’images. Kodak était l’un des trois fabricants majeurs de capteurs CCD de qualité photo aux cotés de Sony et Fujifilm au Japon. Il a d’ailleurs beaucoup contribué au perfectionnement de ces composants clés utilisés comme Å“il électronique sur les appareils photo numérique. Mais face à la montée de la concurrence et à l’arrivée d’une autre technologie, celle des capteurs Cmos, le géant américain a dû se replier sur un segment haut de gamme très étroit.

L’autre diversification aurait pu être  les Oled. Kodak en est d’ailleurs l’inventeur en 1984. Les perspectives de cette technologie s’annoncent prometteuses tant dans les écrans plats que dans l’éclairage. Le groupe yankee a tenté de l’industrialiser dans les écrans plats en partenariat avec Sanyo. En 2006, les difficultés rencontrées par son partenaire japonais ont conduit à l’abandon du projet.

C’est facile de démontrer après coup les erreurs de stratégie d’un groupe. Mais une chose est sûre: faute de persévérance, d’investissements suffisants et de partenaires solides, Kodak n’a pas su valoriser son extraordinaire capital technologique sous forme industrielle. Pour se renflouer, il est aujourd’hui contraint de vendre ses brevets aux plus offrants. C’est mieux que rien. Mais c’est triste d’en être réduit à cela.

jan 16

Le hold-up asiatique sur les brevets américains

Edito | Mots clés:

Le classement des 50 entreprises déposant le plus de brevets outre-Atlantique, publié par le cabinet d’études IFS Claims Patent Services, fait ressortir une tendance inquiétante pour les Etats-Unis. Certes, IBM reste, pour la 19e année consécutive, en tête avec 6 180 brevets enregistrés en 2011. Mais les firmes asiatiques dominent largement et devancent de plus en plus leurs homologues yankees.

Dans le dernier classement, les entreprises américaines n’occupent plus que 17 places, contre 25 pour leurs homologues asiatiques. IBM et Microsoft sont les deux seules firmes yankees à figurer au Top 10, les huit autres places étant détenues par des sociétés japonaises, coréennes ou taïwanaises. La domination asiatique est encore plus flagrante dans les brevets protégeant des applications, avec 28 places occupées, contre seulement 14 pour les américains.

Deux entreprises symbolisent cette montée en puissance de l’Asie : Samsung Electronics et Hon Hai Precision Industry. Avec 4 894 brevets obtenus en 2011, Samsung Electronics arrive en deuxième place, derrière IBM. Mais sur le terrain des applications, le géant coréen de l’électronique devance Big Blue depuis 2010, avec près de 5 600 brevets, contre environ 5 000 pour son homologue américain.

Bien qu’il soit numéro Un mondial dans les puces mémoires, les écrans LCD ou la télévision, Samsung Electronics n’est pas encore un bailleur de technologies. Sa prospérité repose sur des inventions réalisées essentiellement aux Etats-Unis et au Japon. Son appétit pour les brevets s’explique par le souci de minimiser le coût de licences qui dépasse le milliard de dollars par an. Sans compter les frais judiciaires, car Samsung Electronics est probablement l’entreprise la plus attaquée au monde pour contrefaçon de brevets. Disposer d’un portefeuille de brevets bien garni constitue un atout pour s’en sortir à moindre frais en négociant un accord de licence croisée, comme il l’a fait avec Panasonic dans les écrans plasma, ou avec Sharp dans les écrans LCD.

Le cas de Hon Hai Precision Industry est énigmatique. L’entreprise taïwanaise, connue aussi sous le nom de Foxconn Electronics, occupe la dixième place avec 1 514 brevets enregistrés en 2011. C’est la plus grande firme de sous-traitance électronique au monde. Elle fabrique en particulier la tablette iPad d’Apple et la grande majorité des téléviseurs Bravia de Sony. Son effort en propriété industrielle se justifie s’il porte sur des procédés de fabrication. Mais il y a fort à parier que le géant taïwanais veut, au-delà de la sous-traitance, se positionner dans l’avenir comme un fournisseur de produits comme ont su le faire ses compatriotes Asus, Inventec ou BenQ.



jan 10

L’heure de la télévision Oled a-t-elle sonné ?

Edito | Mots clés:

Au CES, le salon d’électronique grand public, qui a ouvert ses portes à Las Vegas le 10 janvier, LG  présente un téléviseur à écran Oled de 55 pouces. Samsung  expose un poste similaire. A la différence des éditions précédentes, il s’agit, non pas de prototypes de démonstration destinés à étonner les visiteurs, mais de produits finalisés susceptibles d’être commercialisés dès cette année. Alors l’heure de la télévision Oled grand format a-t-elle sonné ? L’histoire des écrans plats incite à la prudence.

On se souvient des écrans SED de Canon aux promesses techniques alléchantes. Avec des pixels qui se présentaient comme des tubes cathodiques miniatures, ils devaient rendre les téléviseurs encore plus plats, plus sobres et surtout plus performants en termes de qualité d’image. Leur commercialisation a été sans cesse repoussée jusqu’en 2007. Le numéro Un mondial de la bureautique s’est allié en 2003 à Toshiba pour lancer la production. En 2008, c’est la déception. Le projet est purement et simplement abandonné.

Tout aussi prometteurs, les écrans FED de Sony ont connu le même sort. Présentés avec fierté à plusieurs éditions du Ceatec, le salon de l’électronique japonais, ils devaient entrer en production de masse en 2008, d’abord pour des moniteurs professionnels puis pour des téléviseurs de 26 pouces et plus. Il n’en sera rien. Sony se sépare en 2009 de cette activité en créant la société Field Emission Technology, rachetée début 2010 par AU Optronics, numéro un taïwanais des écrans LCD.

La télévision à écran Oled pointe le nez avec deux sérieux handicaps. Le premier est lié à une question de timing. Les technologies LCD et plasma bénéficient d’une courbe d’expérience de 17 ans. Depuis leur introduction en 1995 dans la télévision, ils ont énormément progressé tant en performances qu’en prix. Si bien qu’aujourd’hui, le plus apporté par les écrans Oled paraît minime, alors que le surcoût est considérablement amplifié. On les aurait lancés 5 ou 10 ans plus tôt, le contexte aurait été radicalement différent.

Le second handicap est le prix. On murmure que le téléviseur de LG pourrait se vendre aux alentours de 6 000 euros, alors que son équivalent LCD ou plasma se négocie aujourd’hui à partir de 1 000 euros. Certes, la technologie offre des améliorations en termes de minceur, de poids et de consommation par rapport aux écrans plasma, et de contraste, de temps de réponse et d’angle de vue par rapport aux écrans LCD, mais ce n’est pas la révolution. Le consommateur accepte de payer cher une nouvelle technologie quand elle apporte un changement radical comme l’a été le passage du tube cathodique à l’écran plat. Mais pas quand on passe d’un écran plat à un écran juste plus plat. Il faudra beaucoup de temps avant que la courbe des prix des téléviseurs Oled rejoigne celle des téléviseurs LCD et plasma.

Toutefois, le fait que LG et Samsung jouent les pionniers dans la télévision Oled est un changement profond dans le paysage de l’électronique grand public. Jusqu’ici, les fabricants coréens avaient pour habitude de laisser les autres défricher le marché et de ne faire leur entrée qu’une fois que la technologie commence à rencontrer du succès. Pour la première fois, ils acceptent de prendre des risques. Le succès dépendra cette-fois de leur capacité à baisser rapidement les coûts, comme ils ont su le faire avec brio dans les technologies LCD et plasma.

Ceci étant, il existe un créneau où les écrans Oled présentent une valeur ajoutée suffisamment différenciatrice pour rencontrer un succès: celui des écrans souples enroulables. Le consommateur acceptera de payer le surcoût pour des usages où l’écran enroulable ou souple est plus adapté que les écrans LCD et plasma. Ce marché niche constitue peut-être le débouché de départ en attendant la maturation de la technologie et la baisse des prix, les deux conditions nécessaires avant le développement d’un marché de masse dans la télévision.



jan 03

Bonne année 2012

Edito | Mots clés:

L’ensemble de la rédaction d’Industrie & Technologies vous présente ses meilleurs voeux pour 2012.

Que cette année soit une réussite, tant dans votre vie privée que professionnelle.

Bien à vous



dé 12

Radio numérique : le casse-tête des normes

Edito | Mots clés:

Au point mort depuis 5 ans, la radio numérique terrestre (RNT) va-t-elle être relancée ? Une chose est sûre : les conditions techniques ont toutes les chances de changer. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) envisage l’adoption de la norme de radiodiffusion numérique DAB+ pour les bandes de fréquences III (174 – 230 Mhz) et L (1452-1492 Mhz). La décision devrait être officialisée cette semaine par une demande auprès d’Eric Besson, ministre en charge de l’Industrie, de l’Energie et de l’Economie numérique.

Si cette proposition est confirmée, elle lèvera un obstacle majeur au démarrage de la RNT. En 2007, le gouvernement a opté pour la norme T-DMB dans les bandes III et L pour remplacer les radios analogiques actuelles dans la bande FM. La radio numérique devait arriver en 2009. Mais jusqu’à ce jour, il n’y a rien. La cause : la guerre des standards.

T-DMB et DAB+ découlent pourtant de la même technologie de radiodiffusion numérique : la DAB (Digital Audio Brodcasting) développée dans le projet européen Eureka 147 et normalisée en 2005 par l’ETSI, l’organisme de standardisation des télécoms en Europe. La version T-DMB est une évolution multimédia adaptée à la diffusion, non seulement de la radio, mais aussi de la télévision mobile codée en Mpeg-4. Cette transition technique est l’œuvre notamment de la société Robert Bosch, en Allemagne. La version DAB+ se contente d’améliorer la qualité du son en adoptant le même format de codage audio que le T-DMB, le HE-AAC V2, au lieu et place du format MP3 dans la version DAB.

En choisissant la norme T-DMB, le gouvernement voulait favoriser l’émergence de services ambitieux avec des informations associées sous forme non seulement de texte mais aussi d’images. Ainsi, l’auditeur peut voir sur l’écran de son récepteur des cartes de prévisions météo au même temps qu’il écoute les commentaires audio. Mais ceci a un coût : la diffusion en T-DMB revient près de 2 fois plus chère qu’en DAB+. A ce jour, cette norme est adoptée principalement en Asie par des pays comme la Corée du Sud, la Chine et l’Inde, d’ailleurs plus pour la télévision mobile que pour la radio. En Europe, seule la France l’a retenue, alors que les pays, où la radio numérique se déploie déjà comme la Grande-Bretagne ou la Suisse, font appel à la norme DAB+. Cette exception française prive le marché national des gains d’échelle déjà réalisés dans les récepteurs. En clair, les récepteurs de RNT seraient plus chers en France qu’en Grande-Bretagne ou en Suisse.

Le CSA ne propose pas de revenir sur le choix de 2007. Il veut retenir la norme DAB+ en plus de la norme T-DMB. Ensuite libre aux chaines radio d’adopter celle qui leur convient le mieux. Conséquence : il y aurait dans l’offre radiophonique en France non pas une seule norme, comme c’est le cas dans la télévision numérique ou le téléphone mobile, mais plusieurs. Si on ajoute la norme DMR pour la réception de la radio numérique en bandes AM, il faudrait des récepteurs combinant trois standards. On serait loin de la rationalisation industrielle. La concrétisation de la RNT est peut-être à ce prix.



dé 05

Que feriez-vous des données publiques ?

Edito | Mots clés:

La France entre de plain-pied dans l’ère de l’Open Data. Et c’est le gouvernement qui donne l’exemple en ouvrant, conformément à l’annonce de François Fillon lors des assises du numérique le 30 novembre 2011, le portail data.gouv.fr. Plus de 350 000 jeux de données publiques sont ainsi mis à disposition gratuitement. Les données proviennent des ministères, des collectivités territoriales et d’organismes publics tels que l’Insee, l’Arcep ou le CSA.

Que faire de cet immense trésor d’information ? Au-delà de la démarche de transparence, le gouvernement veut donner un coup de fouet à l’économie numérique en favorisant l’émergence de nouveaux services. Les données publiques peuvent être exploitées par des chercheurs et des entrepreneurs pour créer des applications sur Internet ou à destination de terminaux mobiles tels que les smartphones. Les entreprises gagnent aussi à les utiliser pour affiner leur stratégie de marketing et d’innovation. D’autant que des logiciels d’analyse de grandes masses de données sont déjà disponibles chez IBM, Oracle, Talend ou Informatica.

Mais l’ouverture de l’accès aux données publique n’est que le premier acte de l’Open Data. Les entreprises suivront-elles en mettant à disposition toute ou partie de leurs données ? L’enjeu est de taille. Des entreprises en contact avec le public comme EDF, France Telecom, la SNCF ou La Poste réfléchissent sur la question. Idem pour les groupes en relation avec les collectivités locales comme Veolia Environnement. Pour les industriels, la démarche Open Data est riche de promesses. Mais elle soulève encore des interrogations. Quelles données faut-il ouvrir ? Vers qui ? Dans quelles conditions ? Chaque entreprise doit trouver son propre modèle.  Mais une chose est sûre : la stratégie basée exclusivement sur la confidentialité des données semble condamnée. Pour une raison toute simple : elle va à l’encontre de l’Open Innovation.

 



nov 28

Les mauvaises surprises de la TNT

Edito | Mots clés:

 Une page se tourne dans la télévision. Le basculement vers la TNT, qui a commencé le 18 novembre 2009 avec le Nord-Cotentin, s’achève aujourd’hui avec l’extinction des derniers émetteurs analogiques en France, ceux en Languedoc-Roussillon. L’occasion de procéder à un bilan.

Globalement, le téléspectateur gagne avec l’accès à une meilleure qualité de réception et à une offre élargie à 18 chaines gratuites, dont quatre en haute définition : TF1, France 2, Arte et M6. Pour les industriels, l’opération a été une occasion d’un renouvellement du parc des téléviseurs avec la vente d’un nombre record de postes en 2010 : près de 8,5 millions d’unités, alors que du temps de la télévision analogique il se vendait 4 millions d’unités. Pour l’Etat, enfin, elle libère des fréquences qu’il pourra vendre à prix d’or aux opérateurs télécoms.

Le gouvernement ne manquera pas de se féliciter du succès du passage au tout numérique. Mais il ne faut pas oublier les victimes collatérales de l’opération : tous les foyers victimes de l’écran noir qui, pour des raisons de couverture ou de problèmes techniques, se trouvent privés de réception télé. La loi oblige les opérateurs TNT à assurer une couverture de 95 % de la population à la date du 30 novembre 2011. La couverture serait dans les faits meilleure. Elle atteindrait aujourd’hui 97,5 %. Mais au-delà de la couverture, le numérique fait émerger des problèmes inconnus en analogique. Le numérique fonctionne en tout ou rien. Soit la réception est impeccable, soit l’écran est noir. La réception peut être facilement stoppée par de simples problèmes de brouillage radio comme en ont été victimes plusieurs communes en Bretagne.

La sensibilité de la TNT au brouillage radio était connue. Mais c’est à la lumière des expérimentations  menées ici et là sur la prochaine génération de mobiles basée sur la technologie LTE que l’on découvre aujourd’hui l’ampleur du phénomène. Selon Bouygues Telecom, le problème pourrait toucher 20 % des foyers, avec des conséquences allant du blocage de l’image jusqu’à l’écran noir. Voilà de quoi donner du grain à moudre pour les adeptes du non changement.

Pourtant, la TNT s’appuie sur l’OFDM, une technologie de modulation radio, censée lui apporter une bonne résistance face aux perturbations à l’œuvre dans le spectre hertzien. D’ailleurs, cette technologie a été reprise dans des technologies de communication sans fil comme WiMax ou LTE. Mais les soucis révélés par la réalité de la TNT invitent les ingénieurs à réviser leurs certitudes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 



nov 21

Les effets pervers de l’Open Innovation

Edito | Mots clés:

Les patrons R&D des grandes entreprises ne jurent plus que par l’Open Innovation, un modèle de recherche et développement fondé sur la coopération avec des partenaires extérieurs. PSA Peugeot Citroën en est l’un des fervents pratiquants en France. Or le groupe automobile vient d’annoncer la suppression de 3 800 emplois, dont la moitié en R&D. Les syndicats crient à la délocalisation de la recherche. C’est faux. Délocaliser une activité, c’est la transférer dans un autre pays pour ensuite en rapatrier les résultats, avec à la clé une baisse des coûts. Comme tous les grands groupes français, PSA Peugeot Citroën procède plutôt à l’internationalisation de sa R&D, avec un renforcement tout particulier dans les pays émergents. Quoi de plus normal que de vouloir adapter ses produits à la demande locale ? D’autant que la Chine est en passe de devenir le premier marché mondial de l’automobile.

Il n’empêche que les constructeurs automobiles révisent globalement à la baisse leur R&D. C’est vrai pour Renault qui a enregistré deux diminutions consécutives de 24 % en 2009 et 11 % en en 2010. PSA Peugeot Citroën, qui n’a pas jusqu’ici beaucoup touché à ses investissements dans ce domaine, semble contraint aujourd’hui de suivre le mouvement général. Et la faute n’est pas à la délocalisation, mais à l’internationalisation et peut-être aussi à l’Open Innovation.

Dans un contexte de crise exacerbée du marché automobile, le recours à ce modèle s’explique par le souci d’améliorer l’efficacité de la R&D. L’idée est de faire plus avec moins, en partageant l’effort avec des partenaires. La conséquence est que vous pouvez assurer les mêmes résultats avec moins de moyens. Donc la réduction annoncée des effectifs de R&D chez PSA Peugeot Citroën ne signifie pas nécessairement une baisse de sa capacité d’innovation. Elle signifie le redéploiement des moyens au profit des marchés les plus porteurs, ceux de pays émergents comme la Chine. Elle se fait au détriment de la R&D interne, mais aussi des ingénieristes tels que Sogeti, Altran, Alten, Assystem, Segula Technologies…

Les constructeurs automobiles disposent de deux pistes pour améliorer l’efficacité de leur R&D. La première consiste à codévelopper et partager des plates-formes technologiques à plusieurs. Une voie qui offre les avantages de réduire les risques, de baisser les coûts et de favoriser la standardisation. C’est-ce que PSA Peugeot Citroën fait avec BMW sur le véhicule hybride et Mitsubishi Motors sur le véhicule électrique.

L’autre piste consiste à reporter la R&D sur les équipementiers. Mais pour que l’opération de transfert soit rentable, le constructeur doit partager les résultats avec d’autres, se privant ainsi du moyen de se différencier sur le marché. L’un des effets pervers est de remplacer les équipes de R&D chez les constructeurs sur le même sujet par une seule équipe chez l’équipementier. C’est efficace sur le plan économique. Mais c’est terriblement destructeur pour l’emploi en R&D. L’Open Innovation, c’est aussi cela.